Entreprises et organisations publiques sont à la manoeuvre pour reprendre en main leur indépendance numérique. Dernier exemple en date, la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) qui a choisi l’éditeur français Chapsvision pour succéder à Palantir dans le cadre de ses opérations de surveillance à grande échelle de la population. La DGSI s’était tournée vers la solution américaine depuis 2016, à une période où la France avait été marquée en 2015 par une série d’attentats (Charlie Hebdo, Hyper Cacher et Bataclan). Le contrat de l’époque signé entre la DGSI et Palantir n’avait pas vocation à perdurer : depuis 2022, un autre appel d’offre avait en effet été lancé, dénommé outil de traitement de données hétérogènes (OTDH) visant à remplacer la solution américaine par une alternative française. En 2023, l’appel d’offres s’était resserré autour de trois fournisseurs (contre 9 au départ) : Athea (alliance entre Atos et Thales), Blueway et Chapsvision. « Ça [l’outil] marche plutôt bien. On avance en tout cas, en partenariat avec eux [les services de renseignement] et on pourra succéder, je l'espère, un jour au logiciel américain de manière totalement opérationnelle. On touche au but », indiquait à l’époque Cédric Pelegry, directeur des affaires publiques de Chapsvision, à France Info.
Deux ans et demi plus tard, c’est désormais confirmé, Chapsvision a remporté la mise. Dans le détail le fournisseur français a glané deux lots : un premier fin 2024 « dédié à la préparation de la donnée » et un second gagné ce mois de juin, « consistant à rendre la connaissance exploitable via la modélisation, la sécurisation et la visualisation ». Contacté pour des précisions, Chapsvision n’a pas voulu répondre à notre demande de compléments d’informations se contentant de renvoyer la rédaction vers le communiqué de presse publié ce jour. La solution mise en place par la DGSI s’appelle Argonos. « Entièrement paramétrable et modulaire, la plateforme collecte, prépare, traite et analyse des quantités massives de données, quel que soit leur format ou leur source. Elle établit des liens entre les informations analysées et peut également alimenter des agents IA, capables d’assister les collaborateurs au quotidien, de résoudre des problématiques complexes ou encore d’automatiser certains processus », peut-on lire dans le communiqué. La feuille de route du déploiement d’Argonos au sein de la DGSI n’a pas été précisé, pas plus que la date de décommissionnement de Palantir. Surtout que ce dernier a reconduit son contrat avec la DGSI pour trois ans en décembre dernier. La bascule prendra du temps, admet les services du Premier ministre à nos confrères de BFM, « cette phase permettra le temps nécessaire de former les équipes et préparer la migration vers la solution de ChapsVision »
Du renseignement dopé à aux agents IA
Construit sur des ontologies métiers, Argonos révèle des signaux faibles, exécute des corrélations et détecte des anomalies pour soutenir, automatiser et enrichir le processus de décision. Embarquant des assistants GenAI et des agents IA, la solution s’appuie sur des connecteurs et des API multi-sources et dispose de nombreuses fonctions : extraction automatisée d’informations à partir de documents, images et médias, enrichissement OSINT et détection d’anomalies à grande échelle, recherche et investigation pour révéler des tendances ou schémas dissimulés... La plateforme a récemment séduit les services secrets allemands qui a écarté Palantir.
Créé en 2019 par Olivier Dellenbach (ex fondateur d'eFront vendu en mai 2019), Chapsvision a multiplié ces dernières années les acquisitions. Après Coheris (CRM), Elektron (data intelligence) ou encore Bertin IT (veille en cybersécurité) et Vecsys (reconnaissance vocale), l'éditeur s'était emparé de Sinequa, fournisseur historique dans les moteurs de recherche qui compte de nombreuses références, du Conseil d'Etat à la Nasa en passant par Pfizer ou encore TotalEnergies et Airbus. En 2024, la société s’est faite remarquer en parvenant à lever 85 M€ auprès de ses investisseurs historiques (Tikehau Capital, Qualium Investissement, Bpifrance, et Geneo Capital) et de Jolt Capital.