Lors du dernier IT Press Tour, qui s'est tenue début avril 2026 à Sofia, Point Software & Systems est revenu sur le devant de la scène. La société, que nous avions déjà rencontrée en septembre 2022 à Paris lors d'une précédente édition du même événement, avait alors présenté les prémices de son repositionnement autour de l'archivage objet sur bande. Trois ans et demi plus tard, Thomas Thalmann, CEO de Point depuis 2016, est revenu avec un portefeuille de produits affiné et des références clients à l'appui.
30 ans d'ADN logiciel européen
Point Software & Systems est un éditeur de logiciels indépendant (ISV) fondé en 1994 à Wiesbaden, entre Cologne et Francfort. Ses racines remontent à 1985, lorsque l'équipe fondatrice officiant chez Philips - alors centre mondial de compétences pour l'enregistrement optique - a développé les premiers logiciels d'archivage sur CD-ROM pour systèmes Unix. Après le rachat des activités IT de Philips par Digital Equipment Corporation (DEC) en 1991, le groupe effectue un management buyout en 1994 pour former Point, acronyme de "Partner for Optical and Innovative Technology" - une dénomination depuis dépassée, l'optique ayant disparu du marché. Entièrement privée, sans capital externe, la société emploie une équipe resserrée qui a toujours misé sur l'agilité et l'innovation. Elle a d'ailleurs reçu le label "Software Made in Europe" de la Commission européenne, une distinction qu'elle revendique haut et fort dans le contexte géopolitique actuel. "La souveraineté des données est un aspect très important que nous devons considérer en Europe pour les décisions que nous prenons à l'avenir", insiste Thomas Thalmann, en pointant les risques liés à la dépendance aux fournisseurs cloud américains et aux tensions commerciales mondiales.
Un trio de solutions centré sur l'objet
Le catalogue 2026 de Point s'articule autour de trois briques complémentaires. La Storage Manager, lancée en 2007 et forte de plus de 200 installations dans le monde, assure le tiering et l'archivage de fichiers depuis des NAS (NetApp, Dell EMC, systèmes génériques) vers n'importe quelle cible - cloud public, stockage objet, bande ou optique. Elle intègre un mode actif par stubs (les fichiers archivés restent visibles dans l'arborescence), un système de pass-through à la lecture et un système de fichiers d'archive WORM avec rétention configurable. L'exemple de Daimler, qui a économisé plusieurs millions d'euros en déchargeant ses 270 sites mondiaux vers un cloud privé objet via cette solution, illustre le retour sur investissement.
La pièce maîtresse de Point reste toutefois le Archival Gateway, disponible depuis 2021 : une passerelle S3-to-Tape native, c'est-à-dire un véritable stockage objet dont la cible est directement la bande magnétique, sans couche de fichiers intermédiaire ni lecteur tampon obligatoire. "Ce n'est pas un service S3 posé sur un système de fichiers - c'est un produit entièrement nouveau, développé de zéro, qui est un stockage objet natif supportant nativement les librairies de bandes comme cibles", précise Thomas Thalmann. L'architecture repose sur des nœuds d'interface (IFN) scalables fournissant l'API S3, et des nœuds de base de données (DBN) pour le catalogue. Trois déclinaisons existent : une Compact Edition mono-serveur pour les petites installations (jusqu'à 2 librairies, 8 lecteurs), un Compact Edition Failover Cluster pour la géo-distribution sur deux sites, et une Enterprise Edition pouvant atteindre 32 nœuds d'interface, 12 librairies, 384 lecteurs et un débit natif de 153,6 Go/s. L'erasure coding sur bande - à des taux comme 3/4 permettant d'écrire simultanément sur quatre bandes - augmente à la fois la redondance et les performances de lecture. La solution supporte jusqu'à 50 milliards d'objets par bucket S3 et plus de 100 000 connexions HTTP parallèles.
Le troisième produit de Point, Data Replicator, complète l'ensemble en assurant la réplication S3-to-S3 ou file-to-S3, avec suivi des modifications via Kafka ou SQS, traitement multi-threadé et synchronisation automatique des buckets. Il sert notamment de brique de rapatriement cloud ("cloud repatriation") pour migrer les données du cloud public vers du stockage objet on-premises.
Des références et une alliance Made in Germany
À Sofia, Point a mis en avant plusieurs déploiements significatifs. L'European Bioinformatics Institute (EBI) au Royaume-Uni stocke désormais plus de 300 pétaoctets via l'Archival Gateway, avec des librairies à bande IBM Jaguar (avec des cartouches 3592) en configuration géo-distribuée. Post Finance en Suisse exploite la même solution en mode failover géo-redondant, avec des exigences de continuité maximales lors de l'arrêt complet d'un site. Un ministère espagnol de la Digitalisation a, quant à lui, opté pour une réplication automatique de son parc NetApp sur bande, avec l'API S3 comme standard de récupération native.
Sur le plan commercial, Point a officialisé une alliance tripartite Made in Germany autour du produit Orion S3 : la librairie physique BDT Orion MC6 (jusqu'à 974 slots, 29 Po natif en LTO-10 pour une unité, extensible jusqu'à 392 Po sur 12 librairies par site), le logiciel Archival Gateway de Point intégré dans la tête S3, et le support/services assuré par le revendeur Comback. "BDT est le plus grand fabricant mondial de librairies de bandes - ils font l'OEM pour IBM, HP et tous les autres - et c'est la première fois qu'ils commercialisent sous leur propre marque", souligne M. Thalmann.
Cap sur l'IA et la souveraineté
La roadmap de Point s'oriente clairement vers deux chantiers majeurs. D'un côté, l'intégration dans les infrastructures HPC et d'IA : les LLM et modèles d'entraînement génèrent des volumes massifs de données froides (données d'entraînement brutes, modèles obsolètes, données réglementaires) parfaitement adaptées au tiering S3 vers bande, avec un accès natif via l'API S3 Glacier d’AWS. De l'autre, le renforcement de la géo-distribution avec support de latences WAN jusqu'à 100 millisecondes, resynchronisation automatique après défaillance de site et erasure coding inter-sites. L'intelligent tiering entre la classe HDD (S3 Standard) et la classe bande (S3 Glacier) est, lui, encore en développement.
"Avec la bande, vous pouvez réduire significativement vos coûts de stockage par rapport au disque dur, éliminer les coûts d'entrée, de sortie et de transaction du cloud public, et vous protéger contre les ransomwares grâce à l'air-gap - tout en garantissant votre souveraineté des données avec un logiciel 100% européen", résume Thomas Thalmann. Une proposition qui, dans le contexte d'incertitude géopolitique actuelle et de flambée des coûts cloud, résonne de plus en plus fort auprès des DSI européens.