Le secteur de l'industrie du logiciel européen se développe encore, mais beaucoup plus lentement. Sur l'édition 2014 du Truffle 100 Europe, son chiffre d'affaires logiciel ne progresse que de 2,7% (entre 2012 et 2013), à 42 milliards d'euros contre 11% l'année précédente (entre 2011 et 2012). « C'est la croissance la plus basse enregistrée dans le classement depuis que nous le faisons », déplore Bernard-Louis Roques, directeur général et co-fondateur de Truffle Capital. En 2009, la progression n'avait été que de 4%, mais les autres années, la croissance du chiffre d'affaires des 100 premiers éditeurs européens avait plutôt approché les 2 chiffres.

Le Top 10 de cette 9ème édition du Truffle Europe n'a pas bougé par rapport à l'an dernier : les dix premiers éditeurs européens sont toujours SAP (Allemagne), Dassault Systèmes (France), Sage (Royaume-Uni), Hexagon (Suède), Wincor Nixdorf (Allemagne), Asseco Group (Pologne), Software AG (Allemagne), Datev (Allemagne), Wolters Kluwer (Pays-Bas) et Swift (belge).

Les éditeurs investissent plus qu'ils ne gagnent

« Nous traversons une phase qui présente certaines caractéristiques délicates dans le domaine du logiciel en Europe et en France. Si l'on considère les investissements en R&D et les profits, on voit que les éditeurs doivent investir plus qu'ils ne gagnent », nous a indiqué Bernard-Louis Roques lors d'un entretien téléphonique. S'il n'y a plus la croissance pour pouvoir augmenter les marges, cela devient problématique, souligne-t-il. « D'autant qu'il faut investir plus que jamais, sur le SaaS notamment ». Le Truffle 100 Europe 2014 indique un niveau de profit de 6,4 milliards d'euros pour 2013 contre 5,8 milliards d'euros l'année précédente.

Le co-fondateur de Truffle Capital pointe par ailleurs les marchés de capitaux qui ne jouent pas vraiment leur rôle de financeurs. « Au démarrage du Truffle 100, il y avait 85% de sociétés cotées, il n'y en a plus que 56%. Cela s'explique par les rachats et la consolidation, mais si le marché financier jouait son rôle, d'autres sociétés seraient entrées au classement depuis sept ans », fait-il remarquer. Or, « c'est la disette ». Il constate qu'il y a peu d'appétit pour le logiciel en Europe et en France. « Je ne serai pas étonné qu'il y ait l'an prochain une vague d'acquisitions de sociétés européennes et françaises par des groupes américains qui, eux, investissent ».

Revaloriser les FCPI et remettre Alternext au coeur du PEA PME

De ce côté-ci de l'Atlantique, l'Alternext n'est pas un marché « d'un dynamisme formidable », note Bernard-Louis Roques. Il sous-valorise les sociétés et le capital-risque n'est pas assez développé. Les financements se font plus facilement aux Etats-Unis où le système est en place. Ce point de vue n'est pas optimiste, mais il est réaliste, poursuit le DG de Truffle Capital. « Il y a pourtant des mesures simples à faire, notamment en France ». Le PEA PME mis en place l'an dernier devait drainer l'épargne vers les PME, mais il a plutôt bénéficié aux grosses PME européennes, en Allemagne par exemple. Il aurait dû être consacré à Alternext.

Concernant le capital-risque, « il suffirait de peu de chose pour en faire un instrument de financement », assure Bernard-Louis Roques. Il regrette que les FCPI (fonds commun de placement dans l'innovation), constamment choyés et maintenus et qui constituent une façon d'amener l'épargne publique vers l'innovation, aient été rabotés. « Il faut revaloriser les FCPI et remettre Alternext au coeur du PEA PME et une bonne partie de la chaîne alimentaire va redémarrer », conclut-il.Â