La troisième édition du sommet Choose France qui se tient à Versailles aujourd’hui fait la part belle à l’intelligence artificielle qui attire des investissements toujours plus élevés. Ce week-end, le japonais Softbank a expliqué à nos confrères de la Tribune vouloir investir jusqu’à 75 Md€ dans des datacenters IA en France. Une premier volet prévoit une enveloppe de 45 Md€ d’ici 2031 pour la construction d’infrastructures IA dans les Hauts de France. Les lieux choisis sont Dunkerque (Loon Plage), Bosquel (à côté d’Amiens) et Bouchain (ancienne centrale thermique d’EDF) pour une capacité de 3 GW, qui pourra s’étendre à 5GW, souligne la firme nippone.

Dans la presse, le président de Softabank, Masayoshi Son, souligne qu’un des éléments de la décision est « le fait que le pays soit producteur et exportateur d’énergie est absolument décisif pour des investissements d’infrastructure dans l’intelligence artificielle. Surtout pour des data centers ». Il a en effet profité de la mobilisation de l’Etat, des collectivités locales et de RTE pour assurer la disponibilité des capacités énergétiques. En février 2026, l’Etat a sécurisé plusieurs sites dont certains bénéficient d’une priorité pour obtenir un raccordement électrique supérieur à 700 MW d’ici trois à quatre ans. Le site de Bosquel en fait partie. Softbank va pouvoir également compter sur le soutien industriel de Schneider Electric qui va fournir des conteneurs préfabriqués pour la partie énergétique.

Un partenariat industriel avec Schneider Electric

Dans le cadre de cet accord-cadre pour un montant non révélé, la société française va créer une usine de fabrication de ces conteneurs à Dunkerque, plus exactement sur un terrain appartenant au port de Dunkerque. « Ces préfabriqués sont des conteneurs qui comprennent des composants pour la basse et haute tension, des disjoncteurs, des UPS, des éléments pour le refroidissement liquide et des logiciels de gestion », indique Olivier Blum, directeur général de Schneider Electric. « Ces différents composants proviendront d’autres usines sources en France et en Europe. Par exemple, le refroidissement liquide viendra d’Italie qui concentre la R&D en Europe dans ce domaine après le rachat de la société américaine Motivair », poursuit le dirigeant.

Laurent Bataille, directeur général de Schneider Electric Europe (à gauche) et Olivier Blum, directeur général de Schneider Electric (à droite) ont détaillé l'accord passé avec Softbank pour fournir des conteneurs préfabriqués pour équiper la partie énergétique des datacenters IA de la société nippone en France. (Crédit JC)

Le choix de Dunkerque est stratégique pour Schneider Electric. « L’objectif est d’être au plus près de nos clients et d’aller vite », précise Olivier Blum. Il souligne que cette usine «  ne sera pas exclusive à Softbank », sans toutefois donner d’autres noms de clients pour l’instant. « La géographie du site permet d’envisager de livrer les conteneurs dans des pays où la demande en datacenter progresse comme la Scandinavie » observe-t-il. De même, la société travaille en étroite collaboration et en amont avec Nvidia (partenaire de Softbank) pour co-concevoir les modules énergétiques nécessaires aux datacenters IA. « Mais nous collaborons avec d’autres fournisseurs de semi-conducteurs comme AMD par exemple », assure Laurent Bataille, directeur général de Schneider Electric Europe. Dans l’attente de l’ensemble des autorisations, l’usine de Dunkerque devrait démarrer en 2027 avec des premières livraisons en 2028. « Sur la capacité de production, nous devrions atteindre les 300 conteneurs par an pour répondre à la demande de Softbank », note le dirigeant. Sur la partie emploi, la société reste évasif en faisant la comparaison avec son usine similaire à Barcelone qui comprend 150 employés.

Bull associé à Foxconn sur les serveurs IA

Toujours à l’occasion du sommet Choose France, Bull (repassé dans le giron de l’Etat) a annoncé un partenariat avec Foxconn pour un montant de 120 M€. « L’accord prévoit de transférer des capacités de packaging pour les serveurs IA sur des lignes de production dans l’usine d’Angers », nous précise Cédric Bourasset, directeur de la division HPC, IA et quantique chez Bull. En 2026, une première ligne de production doit accueillir les premiers systèmes IA. Concrètement, les infrastructures IA, la fabrication et les premiers tests seront réalisés dans les sites de Foxconn en République Tchèque avant l’assemblage, l’intégration finale et la validation à Angers. La société n’a pas voulu préciser l’architecture de référence qui sera assemblée à Angers, mais indique que la demande est forte notamment de la part des néocloud. Le dirigeant évoque « une seconde phase en 2027 qui portera sur les infrastructures OCP (open compute project) ».

Avec cet accord, « l’objectif est de rapatrier la supply chain de l’IA en France et en Europe », poursuit Cédric Bousseret. Par contre, il précise que l’association ne concerne pas dans un premier temps « la litographie qui reste chez Foxconn ». Des discussions sont en cours entre les deux parties pour à terme travailler sur le prototypage de cartes mères.

MGX, Ardian, Brookfield investissent dans les datacenters IA

En dehors de ces annonces, d’autres sociétés ont communiqué sur des investissements en France sur les infrastructures IA. Ainsi, le fonds émirati MGX et BPIfrance sont sur le point de sélectionner « un deuxième site » pour construire un datacenter IA, représentant « un investissement d'environ 7,5 Md€. » Il sera complémentaire au projet de Campus IA en cours de construction à Foju en Seine et Marne en collaboration avec Mistral et Nvidia. De son côté Brookfield va investir 10 Md€ en association avec Data4 pour la construction d’un datacenter IA d’une capacité de 1 GW à Escaudain dans le Nord.

Par ailleurs, Ardian a noué un partenariat avec le spécialiste nordique du datacenter Verne pour la création d’un centre de données d’une capacité de 500 MW en Ile de France. L’investissement pourrait représenter jusqu’à 5 Md€. Enfin, le néerlandais Nebius confirme la construction d'une infrastructure IA sur l'ancien site de Bridgestone à Béthune pour un montant de 8 milliards d'euros et d'une capacité de 240 MW.