Pour accompagner les stratégies d’IA agentique des entreprises, IBM a dévoilé un cadre dans le cadre de la conférence Think qui se tient à Boston du 4 au 7 mai. Dénommé « operating model », il comprend des agents IA qui interviennent à tous les niveaux de l’entreprise, des données connectées en temps réel, des flux de travail automatisés de bout en bout,… « La qualité de l’IA dépend de celle des données, et cette exigence guide tout ce que nous avons entrepris tant dans le domaine de l’IA que du cloud hybride », a déclaré à Network World Rob Thomas, vice-président senior chargé des logiciels chez IBM. Il ajoute que le cadre présenté, « concerne aussi bien la façon dont les sociétés créent et gèrent leurs IA, comment elles mettent en œuvre l’automatisation et in fine de savoir si leur IA est digne de confiance ».
Un catalogue allant de l’infrastructure à la data
Pour répondre à ces différentes problématiques, IBM a présenté différentes évolutions de watsonx. Il a ainsi dévoilé la dernière version d’Orchestrate, actuellement en preview privée, qui devient un plan de contrôle multi-agents. Le service est capable de gérer non seulement des agents fournis par IBM mais aussi de tiers comme ServiceNow, Salesforce ou Adobe. Dans ce domaine, Big Blue est en concurrence avec Microsoft qui entend orchestrer l’IA agentique avec Agent 365 ou Google Cloud avec Agent Platform et AWS avec Bedrock AgentCore. Sur la partie infrastructure, IBM a présenté en preview publique le projet Infagraph de Hashicorp (racheté en 2024 pour 6,4 Md$) au sein de Terraform. Présentée en fin d’année 2025, cette initiative a pour objectif d’offrir une vue unifiée des ressources et des services utilisés sur les différents cloud (AWS, GCP et Azure). Elle est complétée par la plateforme Concert comprenant plusieurs outils d’automatisation (sécurité, observabilité, optimisation) et l’offre de cloud privé Sovereign Core basée sur Openshift de Red Hat et présenté en janvier dernier.
En matière de données, le fournisseur tire parti de sa récente acquisition de Confluent pour mettre en place un flux de données en temps réel s'appuyant sur les technologies Kafka et Flink. De même, avec Context (aussi en preview privée) dans watsonx.data, IBM ajoute une couche de raisonnement sur les données métiers aux agents IA. Pour accélérer le traitement des données, il pousse le moteur de requête SQL Presto accéléré par GPU (fruit d’un partenariat avec Nvidia). La partie mainframe n’est pas oubliée avec Z Database Assistant qui surveille les performances, assure l’automatisation et optimise les configurations des bases de données Db2 et IMS dans les systèmes Z.
Un cadre unifié de gestion et de gouvernance
Pour Sanchit Vir Gogia analyste en chef chez Greyhound Research « la proposition d’IBM doit être considérée moins comme une nouvelle offre groupée de produits IA que comme une manière pour le fournisseur de mettre le doigt sur le problème désormais au cœur de l’IA d’entreprise : la responsabilité ». Il ajoute que « les sociétés ne manquent pas d’outils IA, mais elles n’ont pas les moyens pour contrôler ce qu’ils font avec les données, sur les flux de travail, les applications, les infrastructures et les environnements réglementés ». Selon l’analyste, le marché a passé deux ans à prouver que l’IA pouvait être utile. Le prochain défi consiste à déterminer si la technologie peut être « vérifiable, chiffrée, sécurisée, réversible et fiable », glisse Sanchit Vir Gogia. Il salue par ailleurs l’approche en quatre catégories du cadre proposées par IBM interdépendantes les unes des autres. « Des agents sans données fiables deviennent des machines à improviser. L’automatisation sans gouvernance devient un pari opérationnel. Le cloud hybride sans politique d’exécution devient une mise en scène de la conformité. Les données sans contexte en temps réel revient à présenter la vérité d’hier sous des apparences actuelles », souligne l’analyste.
Mark Tauschek, analyste chez Info-Tech Research Group, fait remarquer pour sa part que « l'orchestration et la gouvernance des agents deviennent rapidement des enjeux incontournables ». Il constate que les entreprises « font face à une prolifération des agents, une application incohérente des politiques de sécurité et une augmentation des menaces » Pour lui, watsonx.Orchestrate est la réponse d’IBM à ces différents défis, même si d’autres concurrents se positionnent sur le même sujet. Il reste maintenant à Big blue à prouver aux entreprises que son architecture est la meilleure, constate Sanchit Vir Gogia.