Ces derniers temps quand on est fournisseur de cloud américian, il est de bon ton de dire que l'on propose du cloud souverain, alors même que cela parait très compliqué voire impossible dans la réalité. Après Google, Microsoft ou encore Oracle, au tour d'IBM de se lancer : la société a dévoilé Sovereign Core, une offre censée apporter aux entreprises des outils pour garder le contrôle sur leurs déploiements cloud, en particulier autour de l'IA. « Il s'agit moins d'un cloud souverain que d'une pile logicielle permettant de créer son propre cloud souverain », s'emballe Dion Hinchcliffe, analyste chez Futurum Group. En réalité, il facilite la création d'un cloud privé. L’offre sera disponible en pré-version technique en février pour une commercialisation attendue à la mi-2026. IBM prévoit de collaborer avec des partenaires dont Computacenter en Allemagne.

Contrairement aux clouds de confiance de Microsoft (via Bleu) ou Google (via S3ns) qui dépendent de datacenters dédiés, Sovereign Core s'appuie notamment sur Red Hat OpenShift (la version commerciale et non communautaire d'OpenShift). Un choix qui intrigue d'ores et déjà puisque l'on comprend mal comment IBM ne pourra pas être impliqué dans les projets des entreprises déployant Sovereign Core, ne serait-ce que sur l'aspect support. Très orientée IA, cette offre propose aussi des modèles as a service, ainsi que des agents pré-configurés, des bases de données (vectorielles et NoSQ), de l’observabilité spécifique au workload IA, de la sauvegarde, … L’ensemble de cette stack donne aux clients la capacité d’exécuter des charges de travail sur leur propre matériel, chez des hébergeurs locaux ou même sur d'autres clouds. 

IBM Sovereign Core

Vue détaillée de l’architecture de l’offre Sovereign Core pour héberger et gérer des applications traditionnelles et basées sur l'IA. (crédit : IBM)

Plus de maîtrise et une meilleure conformité

Selon les analystes, ce changement d'approche pourrait redéfinir la manière dont les DSI gèrent les déploiements cloud et les aider à éviter la dépendance vis-à-vis d'un fournisseur. Dans les déploiements habituels, les hyperscalers conservent le contrôle des opérations critiques telles que les mises à jour et l'accès, ce qui crée un risque réglementaire et enferme les clients dans des architectures, des API et des outils de conformité spécifiques à chaque fournisseur, selon M. Hinchcliffe. Lorsque les charges de travail sont transférées, la gestion des identités, les clés de chiffrement et les pistes d'audit liées à l'ancien fournisseur ne sont pas transférées de manière transparente, ce qui oblige les DSI à reconstruire des cadres de gouvernance pour répondre aux exigences réglementaires du nouvel environnement, ajoute l’analyste. En revanche, Sovereign Core tente de proposer plus de contrôle aux DSI en leur donnant la possibilité de conserver les clés de chiffrement, la gestion des identités et l'autorité opérationnelle dans leur juridiction, ce qui devrait faciliter le changement de fournisseur sans avoir à reconstruire des cadres de gouvernance, souligne M. Hinchcliffe.

Appuyant M. Hinchcliffe, Stephanie Walter, responsable du sujet IA chez HyperFrame Research, a fait remarquer que la fréquence et la rigueur des audits menés par les organismes de réglementation augmentaient, en particulier dans l'Union européenne : ces derniers ne se contentent plus de promesses de conformité, mais exigent davantage de preuves, de pistes d'audit et de rapports de conformité continus. Selon M. Hinchcliffe, l’offre d’IBM pourrait également aider les directeurs informatiques à répondre à ces exigences grâce à la collecte automatisée de preuves et à une surveillance continue, tout en réduisant les coûts.

Un accélérateur des projets IA

Selon les analystes, Sovereign Core pourrait aider les DSI et leurs entreprises à mettre en production leurs projets IA, en particulier ceux nécessitant des contrôles stricts en matière de localisation des données et de conformité. « La plupart des sociétés et administrations hésitent à envoyer des données propriétaires à un modèle IA public, et ne peuvent pas non plus exécuter des inférences basées sur des GPU entièrement à l'intérieur de leurs propres périmètres », a déclaré Phil Fersht, CEO de HFS Research. Les fonctionnalités et capacités de Sovereign Core, en revanche, donneront aux entreprises la capacité d'exécuter des inférences IA locales chez eux, garantissant ainsi que le modèle IA est aussi « souverain » que les données qu'il traite. Ce qui fournira aux DSI une zone d'atterrissage crédible pour faire passer l'IA des projets pilotes à la production dans des conditions sécurisées, ajoute le dirigeant.

Ce positionnement d’IBM est salué par les analystes. « Alors que l'Europe renforce ses contrôles et que la région Asie-Pacifique suit le mouvement, IBM parie que la souveraineté sera un facteur déterminant dans l'adoption de l'IA par les entreprises. Pour certaines entreprises, ce facteur sera même plus important que le coût ou les performances », selon Dion Hinchcliffe.