Plus d’un millier de personnes ont assisté à la première édition du Mistral Summit qui se déroulait au Carrousel du Louvre ce 28 mai. Pour l’occasion, les co-fondateurs de la société, Arthur Mensch, directeur général, Timothée Lacroix, directeur technique et Guillaume Lample, directeur scientifique étaient réunis sur scène pour expliquer la stratégie de l’entreprise.
Un investissement dans les infrastructures IA
Un des axes est clairement l’infrastructure. « Il y a environ un an, nous avons décidé de prendre en main une partie de notre infrastructure », explique Arthur Mensch. Il fait référence à son offre Compute qui s’appuie sur un datacenter situé à Bruyères le Châtel (réalisé par Eclairion avec 13 800 GPU Nvidia GB300 pour une capacité totale de 44 mégawatts. « Nous avons commencé à entraîné nos modèles en début d’année et le datacenter sera complètement opérationnel d’ici l’été prochain », assure le dirigeant. Par ailleurs, l'éditeur a investi 1,2 Md€ dans le développement d’un autre centre de données en Suède qui sera équipé de plateformes Vera Rubin de Nvidia pour une capacité de 20 MW.
Timothée Lacroix, directeur technique de Mistral annonce la création d'un datacenter aux Ulis dédié à l'inférence et d'une capacité de 10 MW. Crédit JC
A l’occasion du sommet, la société annonce la création d’une troisième datacenter situé aux Ulis dans l’Essonne d’une capacité de 10 MW. Arthur Mensch n’a pas donné de détails techniques mais a indiqué que « ce site opérationnel dès cet été sera consacré à l’inférence afin de fournir des solutions intégrées pour nos clients ». A noter aussi, le volet logiciel avec le rachat il y a quelques mois de Koyeb éditeur d'une plateforme serverless taillée pour les traitements IA intensifs et l'exécution de tâches d'inférences sur CPU et GPU. L’objectif pour le fournisseur est de « maîtriser l’ensemble de chaîne de valeur de la couche applicative jusqu’au matériel ». Une stratégie que les fournisseurs IA américains réalisent en investissant massivement dans les capacités de calcul à une autre échelle.
Un virage vers l'IA pour l'industrie
L’autre axe stratégique de la firme hexagonale est la verticalisation de son offre. Elle cible en particulier l’industrie et la finance avec des équipes dédiées. Dans le domaine financier, Mistral a mis en avant son partenariat avec BNP Paribas qui vient d’être étendu. Mais c’est bien sur le volet industriel que la société veut accélérer. « Depuis un an, nous travaillons avec des entreprises dont le cœur de métier et les principaux cas d'usage de l'intelligence artificielle se situent dans la R&D, c'est-à-dire la création d'objets physiques », indique Guillaume Lample. Il constate que « l’IA s’est d’abord focalisé sur les questions de connaissances et de codage en laissant de côté le volet ingénierie industrielle ». Et pourtant il y a des besoins pour « la modélisation d’une aile d’avion ou l’analyse des processus de production en usine qui sont des tâches très chronophages », note le directeur technique. Dans ce cadre, Mistral a annoncé l’acquisition la semaine dernière la société autrichienne Emmi AI, spécialisée dans l’IA physique. Elle propose des modèles pour la mécanique des fluides, les transferts thermiques, les turbulences…
Franz Decker, DSI de BMW a expliqué l'usage de Mistral pour la simulation des crash test. Crédit JC
A l’occasion de sa conférence, l'éditeur a multiplié les annonces de partenariats dans ce domaine avec Airbus, EDF et aussi BMW. Le constructeur automobile travaille sur la simulation des crash test. « Nous effectuons des milliers de simulations par semaine et disposons d'environ un pétaoctet de données rien que sur celles liées au crash », explique le DSI de BMW, Franz Decker. Pour lui, l’IA va « aider l'ingénieur à analyser les résultats ». Il ajoute, « dans une simulation, nous recherchons généralement un résultat précis, mais elle apporte bien plus d'informations si l'on a le temps de l'analyser ». Un temps qui manque aux ingénieurs et où l’IA apporte de la valeur. Mais il faut des modèles spécifiques et non pas des modèles généraux, assure le dirigeant. « Il faut des schémas, des relevés de capteurs, des photos d'un véritable accident, et il faut pouvoir les interpréter, y compris les principes physiques sous-jacents. Les LLM généraux ne sont pas capables de saisir ces informations et les rendre utiles pour le processus d’ingénierie ». Et les premiers résultats sont là « nous sommes capables de capturer le résultat d'une simulation en 2 minutes au lieu des 30 minutes habituelles pour un ingénieur qui doit l'analyser. De plus, comme je l'ai dit, nous obtenons des informations beaucoup plus riches. Troisièmement, nous avons également une idée de la prochaine étape pour optimiser notre produit. En effet, grâce à l'expérience acquise ces 20 dernières années, il existe des méthodes pour optimiser certains problèmes, et l'IA peut évidemment nous aider à identifier la voie à suivre » , glisse Franz Decker. Une première approche qui a vocation à être étendue à la R&D sur l’aérodynamique, à la science des matériaux, de la robotique, …
Le Chat passe à Vibe for Work
En dehors des aspects infrastructures et verticaux, Mistral a aussi parlé de ces différentes offres. L’heure est à la simplification avec une disparition de l’assistant IA le Chat au profit de l’agent Vibe. Celui-ci se décline en deux offres, une pour les développeurs Vibe for Code (qui s’appuie sur Vibe Code CLI) et Vibe for Work pour les collaborateurs. Ils sont accessibles via une application web. Elle centralise les différentes tâches et les traite en arrière-plan comme « corriger des bugs, intégrer des nouvelles fonctionnalités ou faire un résumé des rendez-vous de la semaine », précise Thimoté Lacroix, directeur technique de Mistral.
Avec cette simplification, l'entreprise essaye de rattraper son retard sur Anthropic qui a dévoilé Claude Cowork au début janvier pour les développeurs avant de l’étendre aux métiers quelques semaines plus tard. Une approche qui a séduit Microsoft qui va l’intégrer dans Copilot.