LMI : Quels sont aujourd'hui les principaux défis auxquels les entreprises du secteur Agri & Agrolimentaire doivent s'adapter?
Yannick Franc : Le secteur est confronté à plusieurs transformations simultanées. La première concerne les effets du changement climatique, qui impactent directement les modèles de production. À cela s'ajoutent les tensions géopolitiques et les enjeux de souveraineté, qui fragilisent certaines chaînes d'approvisionnement.
Les entreprises doivent également composer avec un modèle économique sous tension, des marges limitées et des consommateurs dont les attentes évoluent rapidement, parfois de manière paradoxale... Les exigences autour du « mieux manger », de la qualité ou de la transparence progressent, alors même que le prix reste souvent le premier critère de choix. Enfin, un nouveau facteur de transformation apparaît : les gains potentiels apportés par la data et l'intelligence artificielle.
Dans ce contexte, l'enjeu principal devient la capacité d'adaptation. Les acteurs qui réussiront seront ceux capables d'ajuster rapidement leurs modes de production, leurs offres et leurs processus tout en conservant une maîtrise de leurs opérations.
LMI : Dans ce contexte, en quoi l'ERP retrouve-t-il une place centrale dans la stratégie des entreprises agroalimentaires ?
Y.F : Pendant longtemps, l'ERP a été perçu comme un simple outil de gestion. Aujourd'hui, il redevient le cœur de l'entreprise.
Face à un environnement aussi mouvant, les organisations ont besoin d'un socle technologique robuste capable de centraliser les données, de piloter les opérations et de fournir une vision fiable de l'activité.
L'ERP doit permettre de suivre la production, les stocks, les commandes, les coûts, mais aussi d'intégrer de nouveaux indicateurs liés à la traçabilité, aux exigences réglementaires ou encore aux reportings extra-financiers.
Prenons l'exemple de la CSRD ou des nouvelles obligations de traçabilité. Ces sujets étaient beaucoup moins présents il y a quelques années. Aujourd'hui, ils deviennent structurants pour les entreprises. L'ERP doit être capable de les intégrer naturellement.
Au-delà de la conformité, il reste également un levier de compétitivité. Son rôle est d'aider l'entreprise à prendre de meilleures décisions, à produire au bon moment, avec les bonnes ressources, tout en évitant les surstocks et les inefficacités.
LMI : Les ERP traditionnels montrent-ils aujourd'hui leurs limites dans l'agroalimentaire ?
Y.F : Le secteur porte encore une dette technologique importante. Historiquement, de nombreuses entreprises ont fait évoluer leurs outils au fil des années pour répondre à des besoins spécifiques. Cela a souvent conduit à des ERP fortement personnalisés, auxquels se sont ajoutées de multiples couches fonctionnelles.
Ces adaptations répondaient à de vrais besoins métiers. Mais elles rendent aujourd'hui les systèmes plus complexes à maintenir et moins aptes à évoluer. Le risque consiste à reproduire ce schéma avec une nouvelle génération d'ERP. Si l'on repart sur une logique de personnalisation excessive, on perd une grande partie des bénéfices apportés par les solutions modernes.
L'objectif est désormais de s'appuyer sur un socle standard robuste, capable de couvrir nativement une grande partie des besoins du secteur, tout en conservant la souplesse nécessaire pour répondre à certaines spécificités.
LMI : Pourquoi un ERP sectoriel comme Sage X3 constitue-t-il une réponse pertinente pour l'agroalimentaire ?
Y.F : L'agroalimentaire possède des contraintes très particulières. La traçabilité, la gestion des lots, le contrôle qualité, les exigences réglementaires ou encore le pilotage des conditions d’achat des distributeurs font partie du fonctionnement quotidien des entreprises du secteur.
On ne peut plus aujourd'hui se contenter d'un ERP totalement générique en espérant le transformer ensuite pour répondre à ces besoins.
L'intérêt d'une solution comme Sage X3 est précisément de proposer un socle déjà adapté aux réalités de la filière. Cela permet aux entreprises de bénéficier immédiatement de fonctionnalités répondant à leurs enjeux métier tout en limitant les développements spécifiques.
La traçabilité en est un bon exemple. C'est devenu un sujet majeur. Un industriel doit être capable d'identifier rapidement l'origine d'un lot, de suivre un produit tout au long de la chaîne et de répondre aux exigences réglementaires. Un ERP qui ne le permet pas n'est plus réellement adapté aux attentes du marché.
Cette approche apporte également un équilibre important entre structure et agilité. L'ERP fournit un cadre robuste pour industrialiser les processus, tout en donnant à l'entreprise la capacité de s'adapter aux évolutions du marché.
LMI : Quel rôle joue Talan dans cette transformation ?
Y.F : Notre rôle ne consiste pas simplement à déployer une solution technologique. Nous intervenons en amont pour comprendre la trajectoire de l'entreprise, ses ambitions de développement, ses contraintes économiques et ses priorités métier.
Dans l'agroalimentaire, les investissements doivent souvent être arbitrés avec attention. Nous aidons donc nos clients à prioriser leurs projets et à construire une trajectoire de transformation réaliste.
L'objectif est de trouver le bon équilibre entre standardisation et adaptation métier. Dans certains cas, il est préférable de conserver un fonctionnement proche du standard afin de limiter les coûts, faciliter la maintenance et bénéficier plus facilement des évolutions futures.
Cela implique également un travail important sur l'accompagnement des métiers. Changer d'ERP entraîne toujours une évolution des pratiques. La conduite du changement ne doit pas intervenir à la fin du projet mais dès les premières phases de réflexion.
Nous cherchons aussi à limiter les risques liés aux transformations. Notre approche consiste à construire une trajectoire de transformation adaptée au rythme et aux contraintes de chaque entreprise. L'objectif est de faire évoluer progressivement le système d'information afin de générer rapidement de la valeur, tout en maîtrisant les risques et en garantissant la continuité des opérations.
LMI : Comment préparer son ERP aux enjeux futurs de l'IA, du cloud et de la souveraineté ?
Y.F : Avant de parler d'intelligence artificielle, il faut d'abord parler de données. La première condition pour exploiter efficacement l'IA est de disposer d'une donnée fiable, accessible et correctement gouvernée. Sans cela, les projets restent limités.
L'ERP joue un rôle fondamental puisqu'il constitue le réservoir de données de l'entreprise. C'est sur cette base que pourront ensuite être développés des usages liés à la prévision, à l'optimisation des opérations ou à l'amélioration de la performance.
Les questions d'architecture deviennent également stratégiques. Les entreprises s'interrogent sur l'hébergement de leurs données, leur souveraineté technologique et leur capacité à faire évoluer leurs systèmes dans le temps.
L'un des avantages de Sage X3 est précisément sa flexibilité de déploiement. Il peut être hébergé selon différents modèles (cloud public, cloud privé, environnement hybride ou infrastructure locale) permettant à chaque entreprise de construire l'architecture la plus adaptée à ses contraintes.
L'enjeu est donc d’éviter une architecture figée, et de conserver la capacité d'évoluer rapidement en fonction des besoins de l'entreprise et des évolutions du marché.