Pour quelles raisons ? Explications de Yoann Castillo, Manager et Technical Sales, et Mihai Platon, Associate Account Executive chez Veeam.

Sauvegarde et résilience : une nuance qui compte pour les DSI

Si les deux termes sont souvent employés indifféremment, ils ne désignent pas la même chose. La sauvegarde n'est qu'un maillon d'une chaîne plus large, celui de la résilience. Celle-ci recouvre la capacité d'une organisation à poursuivre son activité malgré les incidents qu'elle peut rencontrer (ransomwares, catastrophes naturelles, actes malveillants internes ou simples erreurs humaines).

La résilience recouvre ainsi plusieurs dimensions : comment sauvegarder, restaurer, répliquer et migrer ses données, mais aussi comment les monitorer, les analyser et piloter des indicateurs clés comme le RPO (Recovery Point Objective) et le RTO (Recovery Time Objective). Autrement dit, la sauvegarde répond à la question « comment récupérer mes données ? », tandis que la résilience répond à « comment continuer de faire fonctionner mon entreprise ? ».

Microsoft 365, cœur névralgique… et cible prioritaire

L'environnement Microsoft 365 s'impose aujourd'hui comme la priorité numéro un en matière de protection des données SaaS. La raison est simple : messagerie, documents, collaboration d'équipes, M365 est devenu le centre névralgique d'une entreprise aujourd'hui. Une paralysie ou une erreur sur cet environnement peut donc avoir des conséquences immédiates et massives sur l'activité, si les bonnes stratégies de visibilité et de résilience n'ont pas été mises en place au préalable.

Dans ce contexte, qu'est-ce qui distingue une solution de sauvegarde dédiée à Microsoft 365 d'une offre généraliste ?

La profondeur du périmètre couvert : une solution ne peut plus se limiter à la boîte mail, et doit également couvrir SharePoint, Exchange, Teams et, de plus en plus, Entra ID La qualité de la restauration doit fonctionner aussi bien de façon granulaire (un fichier, un e-mail) que de façon massive en cas de désastre. Enfin, la garantie de sécurité des sauvegardes elles-mêmes, son immuabilité. Les sauvegardes ne doivent pouvoir être ni modifiées, ni supprimées — pas même par un administrateur — et doivent bénéficier d'une isolation par rapport au tenant de production ainsi que d'un chiffrement de bout en bout.

Ransomware dans le SaaS : un risque réel, mais moins visible

En outre, le risque de ransomware ne se limite pas aux infrastructures on-premise. Sur les environnements SaaS, il se manifeste différemment. Le ransomware chiffre des fichiers locaux et il a l'apparence d'un fichier normal, ce qui le rend moins visible — mais tout aussi réel pour les entreprises qui s'appuient sur le SaaS. Dans ce contexte, l'authentification devient un enjeu critique de sécurité, notamment au sein des environnements Microsoft 365, où elle doit être pensée conjointement avec les stratégies de gestion des identités.

La checklist des DSI pour évaluer une solution

Lorsqu'un DSI doit comparer plusieurs solutions de sauvegarde et de protection des données, une série de questions doivent structurer la réflexion, selon l'expérience des deux interlocuteurs. Parmi elles :

Où sont stockées les données ? Dans quel pays, quelle région, sous quelle législation ? C'est, sans surprise, la première question posée par les clients français, pour qui la souveraineté est devenue un sujet central. Quelles certifications couvrent l'infrastructure de stockage des données ? Le stockage illimité a-t-il vraiment une limite et quels surcoûts peuvent en découler ? Quel est le processus de sortie (réversibilité), ses coûts associés et le format des fichiers exportés ? Le RTO est-il garanti lors d'une restauration massive, et pas seulement pour un fichier isolé ? Le chiffrement peut-il être géré directement par le client (bring your own key) — une demande désormais quasi systématique ? Quelles fonctionnalités annoncées sont réellement en production, par opposition à celles encore sur la feuille de route ?

À cette liste s'ajoutent deux critères déterminants : la disponibilité d'un réseau de partenaires hébergeurs locaux pour répondre aux exigences de souveraineté les plus précises ; la simplicité d'usage, pour pouvoir accéder rapidement à sa donnée, la visualiser et agir dessus facilement, en toute sécurité.

L'IA s'invite dans la gouvernance des données

L'intelligence artificielle, et en particulier l'IA générative, gagne aussi le terrain de la protection des données. Elle est déjà utilisée depuis plusieurs années dans les fonctionnalités d'analyse et de sécurisation des données. Ce qui change, en revanche, c'est son rôle dans l'automatisation de la cartographie et de la gouvernance des données : identifier automatiquement où se trouvent les données sensibles, qu'elles résident dans Microsoft 365 ou dans d'autres applications métier, puis les catégoriser selon leur niveau de criticité, avant d'appliquer une gouvernance cohérente. Le tout, à partir d’une interface unique.

Une prise de conscience réelle, mais encore inégale

Reste la question de la maturité globale du marché. Il y a encore trois ou quatre ans, certains clients pouvaient encore considérer qu'être hébergés sur Microsoft 365 ou Salesforce les dispensait de sauvegarder leurs propres données - un discours qui pouvait « choquer » dans le secteur de la résilience à l'époque.

La situation a nettement évolué : les entreprises ont désormais majoritairement intégré le principe de responsabilité partagée propre au SaaS, selon lequel l'éditeur garantit l'infrastructure, mais la donnée reste sous la responsabilité du client. Cette prise de conscience continue de se diffuser par effet d'exemple, de client en client et de secteur en secteur.

Reste désormais à transformer cette prise de conscience en stratégies concrètes de gouvernance, de sécurité et de résilience - un chantier majeur pour les DSI au cours des prochains mois.