Qui n'a jamais eu de problèmes de réseau dans le métro ? Les Toulousains, depuis le 10 novembre dernier. Les deux lignes de métro de la ville rose sont entièrement couvertes par la 4G, que ce soit en station ou dans les tunnels. Ce qui fait du réseau Tisséo le premier à offrir cette couverture souterraine en France.

Selon une enquête annuelle de l'Arcep, en 2017, le taux de réussite moyen de l'accès à un site Internet dans le métro en moins de 5 secondes n'était que de 15,6%. Même au bout de 10 secondes, moins de 20% des pages réussissent à se charger. Free étant l'opérateur le moins performant et Orange offrant la meilleure navigation sous terre.

Situation comparée des taux de chargement des pages web dans le métro des métropoles françaises. (Crédit : Nicolas Certes)

Mais ces faibles taux de couverture relevés par l'Arcep dans les réseaux de métro des six villes françaises proposant ce mode de transports devraient augmenter lors de sa prochaine enquête en juillet prochain. En effet, les métropoles et les syndicats de transports en commun ou société chargées de l'exploitation ont toutes pris à bras le corps la question de l'équipement en 4G des métros.

En France, six métropoles offrent un service de transport souterrain. Du plus ancien au plus récent : Paris (1900), Marseille (1977), Lyon (1978), Lille (1983), Toulouse (1993) et enfin Rennes (2002). Il y a donc déjà des enjeux différents dans l'installation des infrastructures 4G selon l'ancienneté des réseaux. Antennes, câbles et locaux techniques seront plus facile à installer sur la ligne 2 du métro rennais, toujours en construction et qui devrait arriver en 2020, que dans les tunnels de la ligne 11 à Paris.

Des difficultés différentes selon les métros

Mais même un réseau plus récent que les tunnels parisiens a ses problématiques particulières et peut donner du câble à retordre aux techniciens qui réalisent les installations. « Le métro parisien, c'est les vacances par rapport au métro lillois » va même jusqu'à avancer Dimitri Manchuelle, chef du service aménagement numérique de la Métropole de Lille (MEL). « A Paris, il y a des tunnels très larges, avec des cheminements de câbles partout, il y a de la place. A Lille, les tunnels sont beaucoup plus étroits, donc vous ne pouvez pas mettre les antennes n'importe où. » Les antennes sont souvent disposées dans les puits de sécurité et de ventilation (qui débouchent sur les grilles sur lesquelles on marche parfois sur les trottoirs). La topologie géologique des tunnels est plus ou moins problématique pour les opérateurs, selon que les courbures du réseau sont importantes. Plus il y aura de virages mais aussi de montées et de descentes, plus la planification est complexe pour les opérateurs. Ainsi, chaque station de métro et les tunnels doit faire l'objet d'études plus ou moins longues selon que le réseau ait 15 stations (Rennes pour l'instant) ou 365 (Paris).

A Marseille, la Métropole et la RTM veulent automatiser toutes les rames de métro d'ici à 2026. (Crédit : Wikipedia)

Outre les questions topologiques, la temporalité offerte aux installateurs des câbles et d'antennes 4G est très limitée. « Nous avons insisté dans le contrat sur le fait que le trafic des métros ne doit pas être perturbé » a indiqué Jean Chaussade, directeur adjoint à la direction Patrimoine du Sytral, le syndicat des transports pour le Rhône et l'agglomération lyonnaise. « Donc, la plage pour faire ces travaux est extrêmement réduite, de l’ordre de deux heures et demi chaque nuit, et ça en même temps que la maintenance du réseau et d’autres travaux. La 4G, c’est une activité parmi une centaine à réaliser pendant ces créneaux nocturnes. » Et ce qui est valable à Lyon l'est bien sûr dans les cinq autres villes. Une partie des travaux peut être réalisée en journée mais parfois, simplement ouvrir les portes des locaux techniques en station n'est pas possible à cause de l'affluence. Et dans chaque réseau de France métropolitaine, la sécurité des voyageurs passe avant tout.

Diviser par 30 l'exposition aux ondes

Un autre souci qui pourrait handicaper les travaux d'installation des antennes dans les métros serait les associations anti-ondes qui alertent fréquemment contre les potentiels dangers des téléphones portables, bornes WiFI et autres antennes relais. Cependant, aucun de nos interlocuteurs n'a relevé d'opposition dans leur chantier pour le moment. Et Dimitri Manchuelle d'ajouter qu'« installer des antennes 4G dans le métro va permettre de diviser par 30 l'exposition aux ondes. C'est contre-intuitif mais quand vous avez un téléphone qui cherche un réseau, il émet beaucoup plus qu'un téléphone qui a trouvé un réseau. » Il s'agit dans tous les cas d'expositions ultra faibles. Des périmètres de sécurité sont mis en place pour ne pas être trop près des antennes et « le grand public est très loin de pouvoir y entrer » rassure le représentant de la MEL.

Voici donc dans le détail où en sont les travaux en matière de 4G dans les six métropoles françaises qui bénéficient d'un métro. Sans volonté de mettre en valeur l'une plus que l'autre, nous les avons classées en fonction de l'avancement des installations.

Toulouse : la ville rose fait rougir ses voisines

(Crédit : Nicolas Certes)

C'est donc Toulouse qui a couvert en 4G son réseau de métro la première. Si l'idée est venue en 2014 d'après Jean-Michel Lattes, président de Tisséo Collectivités, autorité organisatrice des mobilités de l'agglomération toulousaine, le projet n'a réellement commencé qu'en juillet 2016. Une convention a été signé entre la métropole, Tisséo et les quatre opérateurs (Orange, SFR, Bouygues et Free). « Orange était le maître d'œuvre du dispositif, en accord avec les autres opérateurs » précise Jean-Michel Lattes. Le premier opérateur français s'est donc chargé des installations d'antennes et de mailler le réseau numérique Zefil de la Métropole dans les tunnels du métro. Les autres opérateurs ont déployé leurs armoires réseau dans les locaux techniques. Et Tisséo et la mission Smart City de la métropole ont accompagné cette installation en envoyant des experts qui ont dû valider toutes les propositions formulées par les opérateurs. Coût du projet : dix millions d'euros, dont huit apportés par les opérateurs et deux par la métropole qui seront remboursés par la redevance assure le président de Tisséo, également premier adjoint au maire et vice-président en charge des Transports et déplacement à la métropole de Toulouse. 

Le déploiement sur les deux lignes de métro a ainsi pris un peu moins d'un an et demi et la 4G a été ouverte commercialement le 10 novembre 2017, en présence de la ministre des Transports, Elisabeth Borne. « Que ce soit pour nous ou pour les opérateurs c'est un peu une vitrine. Nous avons eu depuis beaucoup de visites de gens qui venaient rencontrer nos équipes, analyser les choses, etc. » indique Jean-Michel Lattes. Notamment des représentants des autorités des transports d'autres villes, comme Marseille, selon le président de Tisséo. Les premiers retours sont naturellement très positifs, aucun problème de fluidité n'a été relevé et cela va permettre à l'autorité des transports toulousaine de développer des applications diverses à destination des touristes notamment.

Exemples d'installations d'antennes et d'armoires techniques dans les souterrains toulousains. (Crédit : Tisséo Collectivités)

Lille : la ligne 1 prête à la rentrée, la 2 début 2019

(Crédit : Nicolas Certes)

Lille devrait vraisemblablement suivre sa cousine du sud-ouest dans le déploiement de la 4G sur ses deux lignes de métro. Le projet a été mis sur la table directement par Orange en 2016, après que l'opérateur ait déployé temporairement la 4G à l'occasion de l'Euro 2016 dans la gare Lille Flandres. L'entreprise a proposé à la MEL de réaliser les travaux pour le compte des quatre opérateurs. Après une phase d'études et la définition du cadre juridique, le premier câble a été tiré en juin 2017. Alors que la MEL avait alors annoncé une disponibilité sur la ligne 1 début 2018, Dimitri Manchuelle avoue que son institution a été « un peu optimiste. La mise en service commerciale sur la ligne 1 se fera fin août, début septembre 2018. » Les opérateurs ont en effet dû faire de la R&D sur les équipements, ceci allié aux contraintes liées à la sécurité dans le métro (voir plus haut) et à l'obligation de se « caler avec le planning que nous ont imposé les services de l'Etat » en matière de compatibilité électromagnétique, de normes de câbles posés, de gabarit de passage des rames, etc.

Au total, le projet s'évalue à dix millions d'euros partagés entre les opérateurs ainsi qu'un peu moins d'un million d'euro de la part de la métropole pour fournir de l'espace pour les locaux techniques et l'électricité. Sur la ligne 2, la phase d'études est quasiment terminée et le chef du service aménagement numérique de la MEL confirme une mise en service début 2019.

Les opérateurs et techniciens doivent visiter toutes les stations d'un réseau pour effectuer des études préliminaires. Ici visites des infrastructures lilloises. (Crédit : MEL)

Rennes : des retards mais une couverture de la ligne A à la fin de l'été

(Crédit : Nicolas Certes)

La particularité de Rennes, en dehors d'être l'une des plus petites villes du monde à avoir un métro, est d'avoir fait appel à un opérateur neutre pour réaliser les travaux. Il s'agit de TDF, qui a récemment été choisi par d'autres départements pour déployer la fibre optique. Dans la préfecture de Bretagne, l'acteur d'infrastructure a commencé la phase d'études en janvier 2017. Mais la métropole de Rennes, qui gère l'infrastructure souterraine, discutait depuis 2014 avec les principaux acteurs pour la couverture 4G. Et TDF a déjà une expérience dans la couverture indoor, ayant déjà déployé des solutions de ce genre dans des tunnels, etc.

TDF n'a pas de fréquence mobile et installe donc des DAS qui vont répercuter au sein du métro les fréquences de tous les opérateurs et ensuite l'opérateur va diffuser et rapatrier le trafic vers les équipements mobile des opérateurs. « Ces équipements-là, nous les hébergeons sur notre site de Cesson-Sévigné et nous avons plusieurs fibres optiques qui les raccordent aux installations du métro » précise Olivier Plantureux, directeur marketing de la division Télécom de TDF. Le système sera donc unique à tous les opérateurs qui s'y raccorderont.

La ligne B de métro de Rennes est toujours en construction et devrait être livrée en 2020. (Crédit : Métropole de Rennes)

Et pour le moment, seuls Free et Bouygues ont trouvé un accord avec l'opérateur neutre pour installer leurs infrastructures. « Nous devrions avoir tous les opérateurs au lancement » glisse Olivier Plantureux sans préciser si un accord a été trouvé avec Orange et SFR pour l'instant. Mais l'opérateur et la métropole de Rennes travaillent à une annonce commune. Cette dernière nous a confirmé que les deux derniers opérateurs seront de la partie.

La ligne B est également en construction et devrait être mise en service en 2020. TDF y installe évidemment la 4G. Mais contrairement à ce qu'on pourrait croire mettre en place ce réseau n'est pas plus simple sur un chantier en cours. « Il n'y a pas de trafic voyageur mais il y a du trafic sur les travaux d'infrastructure qui restent prioritaires » indique Olivier Plantureux, ajoutant que la 4G est toujours en phase conception sur la ligne B. Concernant la A, la livraison commerciale devrait se faire à la rentrée 2018.

Lyon : début des travaux cet été, pour livraison fin 2019

(Crédit : Nicolas Certes)

Dans la capitale des Gaules, alors que le plan de mandat 2015-2020 de la métropole annonçait un investissement prévu de 6,7 millions d'euros sur cette période pour équiper les stations de métro de connexions internet (WiFi ou 4G), le Syndicat mixte des transports pour le Rhône et l'agglomération lyonnaise (Sytral), a revu ses positions. « A l’époque de la construction du plan de mandat c’était un choix politique que dire qu’il fallait ce service pour nos clients » explique Jean Chaussade. « Nous avions budgété une enveloppe pour le faire nous-même, mais au fur et à mesure des analyses technico-juridiques, nous avons évolué. Les opérateurs ont aussi exprimé leur souhait de s’impliquer dans ce type de projet. » Le Sytral a donc mis en concurrence plusieurs opérateurs et sélectionné Orange pour sa qualité de services, la vitesse de déploiement qu'il proposait, etc.  

Le géant des télécoms intervient donc en tant qu'intégrateur pour une durée de quinze ans. La convention avec le Sytral a été signée en septembre dernier. « Nous avons aussi émis des obligations de compatibilité et de non perturbation avec notre réseau bien sûr mais aussi en termes de capacités. L’affluence sur notre réseau est en augmentation constante et les solutions proposées se devaient de suivre le potentiel d’évolution de notre clientèle pour avoir une diffusion de qualité dans la durée de la convention » précise Jean Chaussade. Orange devra également assurer le déploiement de la 4G sur l'extension du réseau de métro prévu pour 2023 par le Sytral. 

 (Crédit : Sytral)

L'opérateur intégrateur vient de terminer la phase d'études des quatre lignes du réseau lyonnais. « Cela nous a permis de valider, conjointement avec le Sytral et Kéolis, les emplacements de nos équipements afin d’assurer la meilleure qualité de service possible tout en respectant l’environnement du métro (architecture des stations, cheminement des câbles, contraintes de sécurité…) » indique la responsable des relations presse Orange Rhône-Alpes, Myriam Linguanotto, qui n'a, par contre, pas voulu indiqué le montant du projet. Les travaux d'installation devraient donc commencer cet été, alors que le métro de Lyon fête ses quarante ans, pour une livraison commerciale fin 2019. 

Paris : un réseau tentaculaire qui sera totalement prêt en 2019 

(Crédit : Nicolas Certes)

Même si elle possède de loin le réseau le plus vaste et complexe de France, la capitale retarde encore le déploiement total de la 4G dans son métropolitain. C'est la RATP qui se charge du déploiement depuis 2013. D'abord annoncée en 2016, puis pour fin 2017, la 4G arrivera sur l'ensemble des 14 lignes de métro et 4 lignes de RER en 2019 assure le DSI de la RATP, Michel Cordival.

En plus des contraintes de temporalité évoquées plus haut, d'autres travaux de modernisation en cours (comme sur la ligne 4) ont retardé le déploiement. Des problématiques de refroidissement et de climatisation des locaux techniques ont été « plus longues que prévu à résoudre » également d'après M. Cordival. Mais le projet avance plutôt rapidement depuis le début de l'année. Aujourd'hui, la moitié des stations sont équipées (110 stations souterraines et 80 aériennes sur 365). Les plus grandes stations sont couvertes à savoir sur les tronçons centraux des RER A et B, sur les lignes automatiques 1 et 14 ainsi que ponctuellement à Miromesnil, la Gare de l'Est, etc. « Nous avions prévu 60 stations couvertes au premier trimestre, nous les avons tenues. Le but était 120 au deuxième trimestre, nous sommes à 110 [au 4 mai 2018, NDLR]. Et pendant les prochains mois, nous allons couvrir quatre stations par semaines, donc nous tiendrons nos objectifs sans difficulté » rassure Michel Cordival. 


Le WiFi est utilisé à Paris de manière ponctuelle et localisée dans certaines stations. D'autres métropoles songent à l'installer sur leur réseau (Toulouse et Lille). Mais nos interlocuteurs nous précisent que cette offre s'adresse à un public bien ciblé, les touristes, et que cette technologie n'a pas vocation à être généralisé sur tout leur réseau. (Crédit : RATP)

Dans le détail, ce seront près de 3 000 antennes et 300 km câbles qui seront installés en tout. Le DSI de la RATP n'a pas souhaité communiquer le montant exact du projet mais indique une fourchette de plusieurs dizaines de millions d'euros partagés avec les opérateurs. Au niveau de l'installation, ces derniers ne se chargent que du déploiement des équipements télécom, Orange coordonnant cette partie. Côté infrastructures - électricité, climatisation, logistique (trouver de la place pour les locaux techniques) – c'est la régie autonome des transports parisiens qui prend cela en charge. Et cela n'a pas été une mince affaire se souvient Michel Cordival : « pour la couverture 2G il n'y avait que trois opérateurs, Free n'avait pas d'équipements. Donc il a fallu leur en installer. Mais il y avait des locaux techniques dans lesquels il n'y avait pas de place pour un quatrième opérateur. Donc par soucis d'équité, il a fallu tout déplacer ou agrandir ces locaux la nuit sous terre pour pouvoir ouvrir la 4G simultanément pour les quatre opérateurs. » Enfin, les antennes sont installées par une filiale télécom de la RATP : Telcité (opérateur de fibre optique). Elles sont mutualisées entre les quatre opérateurs par manque de place et pour éviter les interférences. Quand on vous dit qu'il y a une fourmilière sous les pieds des Parisiens... 

Marseille : un appel à projet lancé 

(Crédit : Nicolas Certes)

La cité phocéenne vient tout juste de lancer un appel d'offres aux opérateurs pour déployer la 4G sur ses deux lignes de métro. Jean-Pierre Serrus, vice-président de la métropole en charge des Transports, indique que des études de fiabilités ont été préalablement réalisées par des techniciens de la RTM (qui gère le réseau de transports en commun) et de la métropole avec des représentants des quatre opérateurs. La métropole doit sélectionner l'opérateur qui sera chargé du projet d'ici juillet pour commencer les travaux cet été. Parmi ses critères de sélection, la métropole souhaite aussi bénéficier d'une infrastructure mutualisée pour les quatre opérateurs. Et même s'il rappelle qu'on ne peut pas encore définir de date précise de mise en service de la technologie dans les tunnels Marseille, Jean-Pierre Serrus espère un déploiement commercial à l'été 2019.