On a beaucoup parlé des besoins des DSI en compétences managériales et en gestion. Pour être de véritables pilotes de la transformation de leurs organisations, les DSI d'aujourd'hui doivent être aptes à diriger des équipes hautement performantes et guidés par une compréhension approfondie de la manière de co-créer de la valeur avec leurs collègues. Mais acquérir des compétences techniques, souvent reléguées au deuxième niveau de l'ensemble de compétences nécessaires d'un responsable informatique, peuvent donner aux DSI un niveau de dextérité numérique qui aidera à faire progresser non seulement les initiatives numériques de leur organisation, mais aussi leur propre carrière. « Les DSI doivent maîtriser l'évolution de leur rôle et réaliser de nouvelles actions tout au long de la mise en oeuvre de la transformation numérique - évangéliste, orchestrateur et ingénieur des fondations technologiques », a plaidé le cabinet Gartner dans son rapport de 2021 « Executive Essentials: Evolve Your Role as CIO ».

Pourtant, seuls 47 % des CTO et 45 % des CIO maîtrisent le numérique, selon le Centre de recherche sur les systèmes d'information (CISR) de la Sloan School of Management du MIT. Ces responsables informatiques freinent à la fois les perspectives d'évolutions de leurs organisations et leurs propres perspectives d'avancement, car un déficit de savoir-faire technologique au sein des conseils d'administration signifie que les DSI dotés de compétences numériques sont désormais plus susceptibles d'y gagner un siège.

Ainsi, tout comme les employés se forment aux technologies pour faire avancer leur carrière, les DSI devraient également le faire. « Il y a une nature innée chez le CIO d'avoir toujours soif de connaissances et d'apprendre », déclare Craig Richardville, directeur du numérique et de l'information chez Intermountain Healthcare. Il ajoute : « pour beaucoup d'entre nous, y compris moi-même, nous ne nous considérons pas comme des experts, mais comme des étudiants capables d'apprendre puis d'enseigner aux autres ce que l'on a appris. » Les responsables informatiques et les experts de l'industrie se penchent sur ce qui différencie les DSI avisés en matière de numérique de la masse des DSI moins pertinents, ainsi que sur les méthodes qu'ils emploient pour se tenir au courant des compétences techniques, ouvrant la voie à leur future réussite.

1 - Ils s'intéressent à l'analytique et à l'IA

Les travailleurs d'aujourd'hui doivent comprendre comment glaner des informations à partir d'une plate-forme de données en libre-service, selon Evan Huston, directeur numérique chez Saatva, une entreprise de matelas et de literie de luxe. « Notre approche de l'ingénierie des données consiste à permettre aux utilisateurs finaux de créer leurs propres tableaux de bord à partir de données disponibles. Deux compétences spécifiques que j'ai dû acquérir pour ensuite aider les autres sont la création de tableaux de bord dans notre outil de BI et la maîtrise de Google Analytics » explique-t-il.

Kim Huffman, CIO de TripActions, une société d'organisation de voyages d'affaires, de cartes d'entreprise et de gestion des dépenses, admet qu'au début de sa carrière, elle était « plus proche de la technologie que je ne le suis maintenant ». Mais Kim Huffman affirme qu'elle essaie de rester à jour, en particulier dans les technologies émergentes telles que l'IA et l'apprentissage automatique. Des compétences telles que le cloud et l'analyse de données « sont des exemples [de là] où les DSI/dirigeants informatiques doivent exceller et démontrer leur capacité à mettre en oeuvre ces stratégies en alignement avec les besoins de l'entreprise », déclare Len Peters, doyen de la chaire CIO Senior Executive Program de l'université de New York, qui a récemment suivi un cours de certification en science des données et en IA au MIT.

2 - Ils consolident leurs connaissances en cybersécurité

Les DSI ne doivent pas présumer que la cybersécurité est du seul ressort du CISO. La crise sanitaire Covid-19 a provoqué une augmentation des cybermenaces et introduit de nouveaux défis. Ceux-ci sont notamment liés à la nouvelle façon dont les gens travaillent, souvent totalement à distance, selon Evan Huston. Pour celui-ci, « il y a quelques années, avoir un mot de passe avec des chiffres était considéré comme sûr, mais ces dernières années, en particulier, ont amené les employés à comprendre non seulement l'authentification à deux facteurs, mais aussi comment utiliser les gestionnaires de mots de passe et les applications d'authentification afin de protéger les systèmes et les données ».

Les DSI doivent maintenir leurs connaissances en matière de sécurité à jour dans ce paysage en évolution rapide pour mettre en oeuvre et défendre les meilleures pratiques à l'état de l'art dans toute l'organisation. Kim Huffman, quant à elle, estime qu'il est important pour les DSI de mieux comprendre comment les terminaux interagissent et de se familiariser avec les outils de détection et de réponse étendues (XDR). Elle s'intéresse particulièrement à ce domaine « parce que nous n'allons pas pouvoir égaler l'accélération rapide [des menaces] avec les seules réactions humaines ». Il est donc essentiel d'utiliser l'apprentissage automatique et l'IA, de partager collectivement les informations de sécurité entre les fournisseurs et les entreprises et de développer des modèles de détection et de réponse.

3 - Ils apprennent des fournisseurs et de leurs pairs

En plus d'assister à des conférences et à des formations, les DSI doivent passer du temps avec les fournisseurs. « Utilisez le rendez-vous avec le commercial pour comprendre leurs solutions et leurs feuilles de route », explique Len Peters. Il complète : « en tant que CIO, gérer la relation fournisseurs peut vous aider à explorer leurs offres et à travailler avec vos architectes d'entreprise pour créer vos propres feuilles de route ». Les fournisseurs peuvent partager beaucoup de connaissances sur les nouvelles technologies grâce à leurs conférences, relève Kim Huffman, qui fait également beaucoup de réseautage parmi ses pairs pour obtenir des informations sur les nouvelles technologies.

Craig Richardville organise ainsi des rencontres au-delà de son secteur des soins de santé pour entrer en relations avec des responsables d'industries. « Je pense qu'ils sont plus avancés dans leurs initiatives numériques que leurs homologues du secteur des soins de santé, et qu'ils ont réussi dans leurs initiatives », observe-t-il, tout comme les dirigeants informatiques de secteurs comme la banque et le commerce de détail. Cela a aidé Craig Richardville à mieux comprendre comment ils sont « passés d'une main-d'oeuvre importante à l'automatisation du travail en interne ».

Claire Rutkowski, vice-présidente senior et CIO de Bentley Systems, une société de logiciels d'ingénierie d'infrastructure, déclare proposer des jumeaux numériques, ce qui « nécessite un changement d'état d'esprit ». En tant que CIO, selon elle, « vous devez être en mesure de vendre cette perspective, de comprendre le projet et de montrer les avantages de l'utilisation de cette technologie », affirme-t-elle. Cependant, selon elle, « dois-je connaître les jumeaux numériques sur le bout des doigts ? Non. Je sais juste comment cela contribuera à l'avancement des objectifs et des résultats de l'entreprise. » Claire Rutkowski ajoute qu'elle dispose d'« un vaste réseau de pairs et d'experts dans les technologies », donc quand elle a besoin de perfectionner ses compétences en apprentissage automatique et en automatisation, « j'ai beaucoup de gens à qui je peux m'adresser ».

4 - Ils se passionnent pour la recherche

Les DSI doivent également se passionner pour la recherche sur les technologies émergentes en se tenant au courant des derniers articles, des publications de recherche et en assistant à des conférences, prescrit Tori Paulman, analyste senior du cabinet Gartner. Pour lui, « chaque moment, chaque point de contact d'un CIO avec les technologies émergentes peut être l'information dont il a besoin - s'il est ouvert d'esprit. »

Mais Tori Paulman conseille aux responsables informatiques d'éviter de se disperser pour, au contraire, se concentrer sur des technologies qui pourraient avoir un impact sur leur entreprise. « S'ils reviennent d'une conférence avec cinq nouvelles technologies à lancer dans leur organisation, je pense que cela ne réussira pas », affirme Tori Paulman, ajoutant que le savoir-faire numérique consiste à comprendre la technologie et comment elle s'applique à leurs besoins. Il ajoute : « nous voyons beaucoup de DSI se renseigner sur telle technologie, mais ils ne prennent pas le temps de se renseigner sur son applicabilité dans leur contexte ou de prendre le temps d'emmener d'autres personnes avec eux. Donc c'est du temps perdu. »

5 - Ils investissent dans les talents

Il existe de nombreux profils de DSI mais, pour Len Peters, les bons DSI embauchent des équipes solides en s'assurant qu'ils ont la bonne combinaison de compétences pour couvrir tous les besoins. « La transformation numérique étant une priorité très élevée, le véritable point clé à retenir est que les compétences à bien servir les métiers sont indispensables car des compétences techniques peuvent toujours être embauchées », affirme-t-il, ajoutant que « il faut tout de même s'assurer que les DSI puissent traduire les solutions technologiques en avantages métiers ».

Claire Rutkowski ne cache pas le fait qu'elle n'est « pas une technologue experte ». Elle a cependant acquis plus de connaissances sur la façon d'appliquer l'apprentissage automatique aux flux de travail automatisés, dit-elle, donc « je peux offrir plus d'efficacité aux systèmes de Bentley en faisant cela. » Mais la plupart du temps, pour être au bon niveau technique sur le numérique, Claire Rutkowski s'appuie sur son équipe. « J'ai l'impression qu'un CIO ressemble beaucoup à un chef d'orchestre. La technologie évolue si rapidement... il est impossible qu'une seule personne puisse tout suivre », explique-t-elle. « Pour moi, il s'agit d'avoir les bonnes personnes dans l'équipe. »

De son côté, Tori Paulman considère également le rôle du DSI féru de numérique comme davantage un orchestrateur qui n'a peut-être pas besoin d'une expérience pratique approfondie avec telle ou telle technologie, mais plutôt de la capacité de traduire ce que cette technologie émergente signifie pour les résultats de l'entreprise. Il considère ainsi : « il s'agit de comprendre, grâce à leur formation et à leurs expériences, l'impact que ces technologies émergentes auront sur le succès de leur organisation ». Et une compréhension clé qui peut découler de la formation sur les technologies numériques est la capacité de reconnaître et d'attirer les talents clés - de tous les secteurs de l'entreprise, dit-elle. « C'est important parce qu'il y a moins de talents [externes]. »

Ce sentiment est partagé par Orla Daly, CIO de Skillsoft. « Bien que, parfois, vous n'ayez pas d'autre choix que de rechercher ces compétences à l'extérieur, investir dans les talents internes générera le plus de valeur pour combler les lacunes en matière de compétences », affirme Orla Daly. Puis elle poursuit : « les membres de l'équipe interne connaissent déjà votre entreprise et sont investis dans son succès, et les employés les plus performants recherchent des opportunités de développement. »

6 - Ils recherchent des développeurs et des techniciens de la génération Z

Avec des avancées techniques et une spécialisation aussi importantes dans les années à venir dans des domaines tels que l'IA, la réalité virtuelle et l'informatique quantique, Helena Nimmo, CIO d'Endava, société basée au Royaume-Uni, a découvert qu'elle pouvait en apprendre beaucoup sur l'application des nouvelles technologies et techniques. en discutant avec les développeurs de la génération Z. « Ils ont une approche particulière qui est utile », juge-t-elle.

Elle constate également que « les experts techniques de la génération Z pensent différemment de ma génération sur la façon dont la technologie est utilisée et appliquée aux entreprises. Ils continueront d'influencer fortement les solutions futures, afin que nous puissions apprendre beaucoup de nos jeunes membres de l'équipe grâce à leurs approches originales. »

7 - Ils gardent toujours l'intérêt de l'entreprise dans leur ligne de mire

Len Peters pense que, même si le rôle de CIO évolue vers celui d'un responsable d'entreprise, ils ne peuvent pas continuer à diriger sans acquérir de nouvelles compétences numériques. « Les DSI qui réussissent aujourd'hui et ceux qui réussiront demain doivent être des experts de la technologie appliquée à l'entreprise. C'est quelqu'un qui possède les trois piliers des compétences : la gestion, la technologie et la production informatique », affirme-t-il. Kim Huffman convient que les DSI doivent maintenir leurs compétences numériques au plus haut niveau pour atteindre divers objectifs organisationnels. Selon elle, « s'ils ont une bonne équipe, ils peuvent compter sur elle pour obtenir des informations, mais vous ne pouvez pas être trop éloigné de son niveau sinon je ne pense pas que vous serez en mesure de faire votre travail efficacement ».

Mais comme le dit Evan Huston, pour les DSI, l'auto-formation sur des sujets techniques consiste en fin de compte à répondre aux besoins de l'entreprise : « une fois que j'ai étudié une problématique, je peux aider nos collaborateurs à la comprendre puis à prendre de meilleures décisions stratégiques entre la réalisation interne et l'achat. » Cet accent mis sur l'acquisition de compétences numériques pour vérifier leur impact sur l'entreprise est « absolument essentiel », martèle Tori Paulman, ajoutant que la transformation numérique est désormais une priorité absolue et que « nous assistons à un changement significatif de l'affectation budgétaire de l'informatique vers les initiatives de transformation numérique ».

« Les DSI qui ne peuvent pas rapprocher les technologies émergentes et leur généralisation pertinente dans l'entreprise deviendront des services banalisés externalisables », avertit Tori Paulman. Il ajoute : « nous verrons le rôle de l'informatique [devenir] davantage axé sur l'aptitude opérationnelle et la sécurité et moins sur la conduite de la transformation dont les entreprises ont besoin. » Cela signifie que les DSI se trouvent à un carrefour critique, constate Tori Paulman. Ils doivent être une source de connaissances sur les technologies émergentes et être en mesure d'exploiter leurs connaissances du fonctionnement de leur entreprise pour réunir les bonnes personnes afin de former des équipes mixtes IT/métiers.