La succession de crises et de conditions économiques difficiles n’engagent pas les entreprises IT américaines à recruter. Plusieurs articles montrent que le gel des embauches et les licenciements se multiplient dans le secteur IT. Après Twitter, Meta et Uber qui ont toutes ralenti leurs recrutements ces dernières semaines pour diverses raisons, c’est au tour de Salesforce de lever le pied sur l’embauche.

« Depuis le début de la pandémie, les entreprises ont accéléré leurs transformations numériques pour soutenir le travail hybride et répondre à la demande des clients », a déclaré Jamie Kohn, directeur de la recherche sur la partie RH de Gartner. « En première ligne du soutien à cette transformation, les entreprises IT prennent aujourd’hui du recul pour réévaluer leurs besoins pour leur croissance future. Par conséquent, il est probable que le gel de ces embauches ne durera pas », a-t-il ajouté.

Salesforce et Meta suspendent certains recrutements

Cette pause dans les recrutements du secteur IT contraste avec un environnement général marqué par une pénurie de talents. « Mise à part l'industrie IT, la demande de compétences technologiques est assez forte », a encore déclaré M. Kohn. « Beaucoup de sociétés ont toujours du mal à recruter les compétences qui leur font défaut pour répondre à leurs incessants besoins IT. Les talents dans ce domaine trouveront encore beaucoup d’opportunités sur le marché du travail, même si elles n’émanent plus des grandes entreprises IT ». Selon un mémo interne qu’a pu consulter Business Insider, Salesforce va suspendre certains recrutements afin de contrôler ses dépenses. Certains voyages d'affaires et installations annexes de l'entreprise seront également annulés, selon un article publié la semaine dernière. Á noter que, dans un communiqué, Salesforce a déclaré qu'il prévoyait toujours d'embaucher 4 000 personnes ce trimestre.

Meta, propriétaire de Facebook, prévoit aussi de mettre en pause les prochaines embauches d'ingénieurs, selon The Verge, qui a eu accès au contenu d'une réunion interne du personnel de l'entreprise. Le gel des embauches fait suite à une décision prise au début de la pandémie de Covid-19, de réduire les dépenses dans certains domaines, notamment le développement de fonctions d'appel vidéo et audio pour rivaliser avec Zoom et des fonctionnalités d'achat. Selon un mémo de l'entreprise qu’a pu voir Business Insider au début du mois, Meta avait déjà fait part à son personnel de son intention de suspendre les embauches dans sa division d'ingénierie pour le reste de l'année 2022. Le directeur financier de Meta, David Wehner, a justifié cette décision par le ralentissement observée « à l'échelle de l'industrie », mais aussi par l'invasion de l'Ukraine et les changements relatifs à la protection des données.

Twitter, Coinbase et Uber entre réduction et gel des embauches

La semaine dernière, Twitter a également évoqué un gel des embauches, alors que le réseau social se prépare à être racheté par Elon Musk pour 44 milliards de dollars, mais aucun licenciement ne serait à l’ordre du jour pour l’instant, selon un courriel interne auquel aurait eu accès The Verge. Twitter a pareillement licencié des cadres supérieurs, dont Kayvon Beykpour, anciennement responsable des produits grand public, et Bruce Falck, responsable des revenus. Elon Musk aurait proposé des suppressions d'emplois préalablement au rachat, dans le discours qu’il a prononcé en vue de lever des fonds pour acquérir la société, avant d'augmenter les effectifs les années suivantes. Et mardi dernier, la plateforme d'échange de cryptomonnaies Coinbase a annoncé qu'elle revoyait à la baisse sa politique d’embauche agressive envisagée en début d’année en raison du ralentissement récent du marché. « Nous avions prévu de tripler la taille de l'entreprise, mais, compte tenu des conditions actuelles du marché, nous pensons qu'il est prudent de ralentir les embauches et de réévaluer nos besoins en effectifs par rapport à nos objectifs commerciaux les plus prioritaires », a déclaré Emilie Choi, présidente et directrice des opérations de Coinbase, dans un blog.

Le CEO d'Uber, Dara Khosrowshahi, a également informé le personnel de projets de réduction des dépenses. Il a aussi déclaré que le recrutement devait être considérée comme un « privilège et que la décision de renforcer les effectifs serait soumise à délibération », selon un courriel qu’a pu consulter CNBC la semaine dernière. M. Khosrowshahi a évoqué un « changement brutal » dans les conditions du marché. « Même si les motifs justifiant la réduction des embauches varient d'une entreprise à l'autre, beaucoup d'entre elles se montre prudente au regard des conditions macroéconomiques et des prédictions de récession plus tard dans l'année », a déclaré Jack Gold, fondateur et analyste principal chez J. Gold Associates, LLC. « En tant qu'entreprises publiques, elles doivent rendre compte chaque trimestre à leurs actionnaires qui scrutent les dépenses de très près quand les ventes ne progressent pas. Ce facteur joue un rôle important dans la décision de pause ou de réduction des embauches », a-t-il ajouté.

Des licenciements à prévoir

Dans le même temps, beaucoup de grandes entreprises IT ont fortement recruté au cours de l'année ou des deux dernières années de la pandémie, car « les ventes ont augmenté et le marché était très actif », a encore déclaré M. Gold. « Ce ralentissement de l’embauche, le temps d’absorber complètement les nouveaux employés dans l’entreprise, n'est donc pas surprenant, puisqu’il faut en moyenne six à douze mois environ aux dernières recrues pour être totalement opérationnelles dans leur poste », a-t-il ajouté.

D'autres entreprises du secteur IT sont allées plus loin en décidant de supprimer des emplois. Selon Variety, chez Netflix, la baisse du nombre d'abonnés s’est traduite par le licenciement de 150 personnes, soit 2 % de ses effectifs américains, et de 70 postes à temps partiel. La plateforme de trading en ligne Robinhood a également licencié 10 % de ses effectifs en avril. Enfin, l’éditeur de logiciels de collaboration Mural et le concessionnaire automobile en ligne Carvana ont aussi réduit leurs effectifs. Selon le site de suivi des licenciements Layoffs.fyi, depuis le début de l'année, plus de 80 entreprises IT ont pris des mesures de licenciement.