C'est bien connu, les histoires d'amour finissent mal en général. C'est précisément le cas pour celle qui liait depuis 2004 BNP Paribas et IBM. Les deux compères avaient créé une co-entreprise, BP2I (BNP Paribas Partners Innovation). Cette dernière vole donc en éclats, l'établissement bancaire ayant décidé de reprendre la participation de big blue dans cette joint-venture. « La direction [de BNP Paribas] a décidé d'intégrer BP2I en rachetant les parts d'IBM. La direction a décidé de faire de BP2I une filiale 100% BNPP », apprend-on dans un document syndical de la CFDT BNP Paribas que la rédaction du Monde Informatique a pu consulter.

La structure BP2I est spécialisée dans la fourniture de services de production et d'innovation informatique pour BNP Paribas. En 2019, le partenariat entre la banque et IBM avait été renforcé autour de l'intégration de la solution IBM Cloud hébergée dans les datacenters dédiés du groupe bancaire, et s'est ensuite poursuivi en 2020. Entre temps, les deux entreprises avaient renouvelé leur partenariat en 2009 (avec l’intégration de la BNL, filiale italienne de BNP Paribas), en 2010 et aussi en 2011 pour une durée de 6 ans. La valeur cumulative de ce contrat et de ses renouvellements dépasserait les 3 milliards d'euros. Cela fait plusieurs mois - depuis au moins début 2021 - que BNP Paribas réfléchit à l'avenir de BP2I et la décision d'IBM d'externaliser son activité d'infogérance dans une spin-off, Kyndryl, a sans aucun doute fait basculer son choix. Pour la CFDT de BNP Paribas, il s'agissait avant tout pour le groupe de « sécuriser la gestion de son infrastructure informatique ».

Document BNP Paribas / CFDT

Un document syndical de la CFDT BNPP faisant état du rachat des parts d'IBM dans la co-entreprise BNP2I avec BNP Paribas. (crédit : CFDT)

Une finalisation d'ici au 31 décembre 2021

Dans le monde bancaire, la création de GIE est loin d'être inédit, des sociétés comme le Crédit Mutuel et le Crédit Agricole le font déjà. Mais ceux débouchant sur la création d'une co-entreprise avec un fournisseur comme cela a été le cas entre IBM et BNP Paribas, reste beaucoup plus exotique. Cela a été le cas dans d'autres secteurs, par exemple le ferroviaire avec la SNCF et - encore - IBM dont la relation a cependant loin d'avoir été un long fleuve tranquille.

L'accord de rachat des parts d'IBM dans BP2I et son intégration à BNP Paribas en tant que filiale à part entière est prévue avant le 31 décembre 2021. BP2I compte près de 800 salariés dont 725 ETP répartis en France, Italie et Belgique, répartis entre 57% d'employés CDI, 30% d'employés BNP Paribas mis à disposition de BP2I, et 13% d'employés détachés d'IBM (consultants). Contacté par la rédaction pour des précisions sur cette opération de scission, ni la direction de la communication d'IBM, ni celle de BNP Paribas n'ont souhaité s'exprimer sur le sujet.

Devenir seul maître à bord

Ce dossier de rachat des parts d'IBM et de filialisation de BP2I a été présenté aux organisations syndicales du groupe bancaire en octobre dernier, dont la CFDT, qui a publié un avis favorable sur le sujet. « Cette opération nous a été présentée comme n'ayant pas de conséquence sur le statut collectif, les contrats et les fonctions des salariés de BP2I », nous a expliqué un représentant de la CFDT. « Les salariés pourront bénéficier des accords groupe et d'entreprise en vigueur, sur la gestion de l'emploi, l'égalité professionnelle, la prévention du stress, l'aménagement de la réduction du temps de travail et des accords groupe de télétravail ». Si le devenir des salariés de BNP Paribas travaillant pour BP2I est assuré, la question se pose sur celui des consultants d'IBM sous statut de travailleurs détachés. Nous attendons sur ce point des éclaircissements de la part du fournisseur.

« Il s'agit d'une opération capitalistique et de prise de contrôle. Une modification des statuts doit intervenir d'ici la fin de l'année et on a demandé à ce qu'un suivi de cette opération soit présenté d'ici la fin du premier semestre 2022 », poursuit le représentant de la CFDT. « Ce dossier n'a pas créé la surprise quand il a été présenté. Cette opération va bancariser un peu plus BP2I et multiplier les passerelles avec un groupe de 193 000 salariés dont les besoins en termes de data, de cloud et de production informatique sont grands, et d'améliorer la qualité des outils digitaux mis à leur disposition. Cela va permettre de répondre aux demandes des régulateurs en termes de risques, d'être seul maitre à bord et d'avoir une organisation plus réactive et flexible ».