Le Monde Informatique. Christophe Laloyer vous êtes président du DSI Gun qui va fêter très bientôt ses 50 ans : quel bilan tirez de ses activités sur ces années écoulées ? 

Christophe Laloyer. Effectivement le club DSI Gun va fêter ses 50 ans l'année prochaine. C'est le plus ancien club informatique de France [avec l’Adira en Rhône-Alpes, NDLR]. A l’origine ce club a été créé pour regrouper dans le Nord les utilisateurs des solutions IBM grands systèmes, et s’est transformé au cours des années. Il est maintenant dédié aux utilisateurs finaux : nous n’avons plus du tout d’éditeurs, de constructeurs ou d'ESN au sein du club, c’est vraiment du partage entre pairs de tous secteurs d’activité, privé et public, ce qui permet un large éventail de sujets que l’on peut traiter tous ensemble. 

Comment a évolué le club en termes de nombre de membres ?  

Au début des années 2010 on était 30-40 membres, aujourd’hui nous sommes plus d’une centaine avec un noyau dur d’une soixantaine de personnes. Ces dernières années il y a eu un ralentissement avec la période que l’on vient de vivre de crise sanitaire, comme je pense pour toutes les associations, et l'on a dû mettre en veille des activités ce qui n’a pas facilité les échanges. Mais on a continué à en mettre en place un certain nombre avec des visios même si cela a été plus compliqué pour partager et développer le club. 

En amont des 50 ans du club, la grosse actualité du moment c’est sa transformation en Club Vision Numérique : pourquoi avoir changé de nom ? 

Alors pourquoi ce changement de nom et pourquoi quelque part on se repositionne un petit peu différemment de ce qu'était historiquement le DSI Gun ? C'est quelque chose que l'on avait entamé en 2018, en se disant que le métier de DSI change fortement : sil était vu comme quelqu'un qui faisait tourner la boutique sur les sujets informatiques, il l'était beaucoup moins sur les aspects d'enjeux, d'accompagnement, et de transformation. Beaucoup de nos membres n'étaient plus forcément DSI mais responsables de la transformation numérique, du digital, de l'innovation. On s'est donc dit qu'il y a quelque chose qui change très fortement, et que si l'on veut rassembler demain tous les enjeux du numérique à l'échelle des Hauts-de-France, la notion de DSI était un peu réductrice pour faire venir les gens dans le club.

Je pense que l’on a vécu la crise sanitaire comme un accélérateur puisque finalement le numérique s’est retrouvé au cœur des processus des entreprises qui se sont rendues compte que sans informatique et sans télétravail, elles avaient un peu de mal à fonctionner sans possibilité de se déplacer. On a vu par exemple des sites collaboratifs être fortement déployés ainsi que les outils de visioconférence qui ont explosé. On a vu un positionnement du numérique au sein même des processus de ces établissements avec une forte accélération ces deux dernières années.

Le numérique correspond à une opportunité pour le club mais ne risque-t-il pas de perdre son identité technologique dans laquelle le DSI pourra alors être dilué ? 

C’est complémentaire de s’ouvrir justement vers plus de numérique et je ne pense pas que l’on perdra notre identité technologique parce que malgré tout, tout ce qui est numérique - et on s’en rend compte de plus en plus - fait appel à une forte technicité. On le voit avec des technologies qui évoluent très vite et très fort et qui se transforment comme la blockchain, l’intelligence artificielle, le metavers maintenant. Et il y en a pas mal qui arrivent. En tant que décideur du numérique, on se doit de rester au courant bien évidemment de tout ce qui se passe du point de vue technologique. Mais on se doit aussi d’avoir une bonne compréhension, et cela me parait très important, des processus et du fonctionnement des entreprises.  

Je pense que l’on est vraiment au cœur des sujets de transformation, et aujourd’hui il y a même certains dirigeants qui se disent qu'ils vont se servir des services numériques pour changer les processus, voire les organisations de l’entreprise donc on en est là aujourd’hui. Finalement pour ces décideurs, qu’ils soient décideurs des systèmes d’information ou du numérique, peu importe le titre, ils sont au cœur de cette transformation qui arrive. Et je dirais vraiment malgré tout que l’aspect technologique reste quand même important pour éclairer les champs du possible, dans les évolutions ou les pratiques - même business - ou des organisations au sein d’une entreprise. 

Cette ouverture va-t-elle influencer le type de travaux à l’agenda du club dans les mois qui viennent ? 

Oui. On est sur pas mal de projets dont un qui est vraiment cœur : la collaboration au sein de l’entreprise. C’est aujourd’hui vraiment un sujet phare, c’est aussi celui de l’exploitation de la donnée. La donnée comme vous le savez, est vraiment au cœur des sujets de réflexion de la plupart des entreprises. C’est un peu le nouvel or noir des entreprises. Comment l’exploiter et en faire quelque chose de qualitatif ou de différenciant par rapport aux concurrents ? On est vraiment dans ces réflexions là, qui sont des réflexions à la fois d’organisation et de technologies. Donc il y a effectivement pas mal de gros projets que l'on voit poindre cette année et dans celles à venir. 

Comment le club va-t-il aussi faire évoluer sa stratégie, son fonctionnement et son organisation ? 

Alors, son organisation peut être pas en tant que tel. Je pense que l'on s'inscrit dans un écosystème, modestement à notre place nous avons notre rôle à jouer dans l'écosystème numérique, notamment dans les Hauts-de-France. C'est pour nous une question de fond sur lequel sur laquelle on réfléchit avec l'ensemble des membres et bien évidemment plus particulièrement avec les membres du comité de direction du club. Mais c'est vraiment un gros sujet de réflexion pour nous et à la limite, pourquoi ne pas profiter d'un événement comme celui du 5 mai 2022 [le club a organisé un événement avec 200 participants pour célébrer sa nouvelle vision, NDLR] pour demander aux autres composantes de l'écosystème régional ce qu'ils attendent de nous et comment on peut les aider dans les sujets numériques dans les Hauts-de-France.

Pensez-vous que le moment est venu d'accroitre l'influence du club dans l'écosystème IT et de monter en puissance en termes de notoriété technologique et numérique dans la région ?

Je pense déjà que les Hauts-de-France ont une belle place dans l'écosystème du numérique en France. On a un certain nombre d'incubateurs important en France qui sont reconnus d'ailleurs comme tel qui sont reconnus d'ailleurs d'une manière européenne, voire internationale. Donc il y a un bel espace dans les Hauts-de France pour le numérique et il n'y a qu'à voir le dynamisme et le nombre de structures numériques présentes dans les Hauts-de-France. Je pense qu'il y a un vrai enjeu autour de cela. Dans les Hauts-de France on a le Forum International de la Cybercriminalité qui se déroule tous les ans à Lille, qui est le plus grand événement de la cyber en France qui se déroule sur 3 jours. Donc on a vraiment une grosse activité numérique. Je pense que les Hauts-de-France sont une région finalement plutôt bien placés à l'international et en Europe pour avoir un rayonnement autour des sujets du numérique. 

Vous évoquez la cybersécurité, il y a aussi dans la région un club voisin, le Clusir Nord de France : pensez-vous à terme que des synergies fortes peuvent se faire avec lui ou d'autres clubs ? 

Alors il y en a naturellement déjà aujourd'hui car les membres du Clusir sont quelque part nos RSSI donc forcément il y a des travaux en commun. On fait intervenir Joseph Graceffa, le président du Clusir Nord de France, à certaines de nos assemblées pour le débriefing du dernier FIC par exemple, donc, il y a ces échanges qui se créent avec le Clusir mais aussi bien évidemment avec d'autres structures comme EuraTechnologies et également avec l'Ad2N. Enfin voilà, on essaie de créer un certain nombre de synergies avec quelques partenaires régionaux et c'est ce que l'on souhaite développer dans le futur.