LzLabs, un fournisseur de migration de logiciels pour mainframes, offre aux utilisateurs de mainframes qui voudraient transférer leurs applications dans des environnements de cloud public ou privé une nouvelle option. Fondée en 2011, l’entreprise basée en Suisse a annoncé la semaine dernière qu'elle s'installait en Amérique du Nord pour aider les utilisateurs de mainframes à migrer leurs applications héritées - comprendre des apps en Cobol - vers un environnement d'applications clouds plus moderne et plus flexible. Le service de LzLabs repose sur un système open-source Software Defined Mainframe (SDM) basé sur Eclipse et conçu pour permettre à des applications héritées, en particulier celles dont le code source n'est pas disponible, comme le Cobol, d’être exécutées dans le cloud sans recompilation. Le fournisseur affirme qu’il travaille en étroite collaboration avec des fournisseurs de services clouds comme Amazon Web Services (AWS), et que son service peut être déployé sur Microsoft Azure. LzLabs travaille également avec d'autres partenaires technologiques comme Red Hat et Accenture.

Selon Mark Cresswell, CEO de LzLabs, les applications héritées sont verrouillées dans une infrastructure mainframe et le déficit en personnel qualifié pour comprendre la plate-forme et son processus de développement devraient inciter les entreprises à migrer sans délai ces applications critiques vers des plates-formes ouvertes et dans le cloud. « Avec le SDM, les clients peuvent exécuter des charges de travail de mainframe sur x86 ou dans le cloud sans recompilation ni reformatage des données. Cette approche réduit considérablement les risques associés à la migration des mainframes. Elle permet une modernisation progressive et intègre les applications avec les DevOps, les logiciels open source et le cloud », a déclaré LzLabs.

Appel aux vétérans Cobol

De plus, comme l’a fait remarquer M. Cresswell en citant plusieurs articles de presse, du fait de la pandémie de Covid-19, aux Etats-Unis, de nombreux systèmes de l’administration développés en Cobol et exécutés sur des mainframes, ont eu du mal à répondre à l’énorme quantité de demandes d'allocations chômage. Ainsi, au mois d’avril, CNN a rapporté que dans le New Jersey, le Gouverneur Phil Murphy avait lancé un appel à des volontaires pouvant coder en Cobol, de nombreux systèmes de cet État tournant encore sur des mainframes anciens. Le Connecticut aurait également du mal à traiter son important volume de demandes de chômage avec son mainframe vieux de plusieurs décennies. Celui-ci développe un nouveau système de prestations avec les Etats du Maine, de Rhode Island, du Mississippi et de l'Oklahoma, mais ce système ne sera pas terminé avant l'année prochaine, selon CNN. « D’après une estimation, 70 % des transactions commerciales mondiales sont traitées par une application mainframe à un moment donné de leur cycle, ce qui signifie que l’administration des États américains ne représente qu’une infime partie du problème. Les banques, les assurances, les télécoms et les entreprises manufacturières (pour ne citer que ces secteurs) devraient planifier sans tarder leur migration », a écrit M. Cresswell dans un blog.

LzLabs fait partie d'un écosystème de fournisseurs de services de modernisation de mainframes dans lequel on trouve déjà des entreprises comme Astadia, Asysco, GTSoftware, Micro Focus et d'autres. Les grands acteurs du cloud participent également à la modernisation des applications mainframes. Par exemple, en février, Google Cloud a racheté Cornerstone Technology, une entreprise de services de migration de mainframes vers le cloud, afin d'aider ses clients Big Iron à transférer leurs charges de travail vers le cloud privé et public. Google a déclaré que la technologie Cornerstone, accessible via sa plateforme G4, constituera la base de ses futures offres clouds mainframe-to-Google et permettra aux clients mainframe de moderniser plus simplement leurs applications et leur infrastructure. « Grâce à des processus automatisés, les outils de Cornerstone peuvent par exemple décomposer les programmes Cobol, PL/1 ou Assembleur en services et les rendre cloud natifs, dans un environnement géré et conteneurisé », avait écrit dans un blog sur l'acquisition Howard Weale, directeur de la transformation des pratiques chez Google. « Alors que l'industrie construit de plus en plus d'applications sous forme de sets de services, de nombreux clients veulent casser leurs programmes mainframe monolithiques en monolithes Java ou en microservices Java », a encore déclaré M. Weale.

Du mainframe au cloud

Mais l'acquisition de Cornerstone permet aussi à Google de rester compétitif face aux offres de migration de mainframes proposées par des fournisseurs comme Amazon Web Services, IBM/RedHat et Microsoft. Selon les experts, l’augmentation probable des services de modernisation de mainframe exige une bonne planification de la migration effective vers ces services. Sur le sujet, un article publié en 2017 par Network World sur les options de migration vers les mainframes est toujours d'actualité : du fait de la nature de leurs propres charges de travail, les entreprises qui veulent abandonner leurs mainframes sont toujours confrontées au défi du « tout ou rien ». Ces workloads sont si interdépendantes et complexes que tout doit être déplacé en même temps, sinon l’activité de l'entreprise est perturbée, entraînant généralement un défaut de performance, une complexité accrue résultant de l'introduction de fonctions au coup par coup, ou un besoin d’affecter plus de personnel de développement ou opérationnel pour soutenir l'environnement cible. Finalement, les économies réalisées sur le matériel ou les logiciels ne compensent pas l'augmentation des coûts nécessaires pour s’orienter vers une solution IT hybride. 

L’an dernier, Gartner avait également alerté sur le fait que la migration des applications héritées devait être réalisée de manière très délibérée. Selon le cabinet d’études, la valeur obtenue en déplaçant les applications d’une plate-forme d'entreprise traditionnelle vers une future nouvelle « super technologie » améliore rarement le processus de gestion ou les résultats de l'entreprise. « Il est important de procéder à de nombreuses analyses et de comptabiliser chaque coût », avait déclaré Gartner dans son rapport de 2019 intitulé « Abandonner les plateformes IBM héritées : des réductions de coûts décevantes qui peuvent nuire à la qualité ». « Les anciennes plates-formes peuvent sembler obsolètes, dépassées et on peut avoir envie de les remplacer. Mais IBM et d'autres fournisseurs intègrent continuellement des outils basés sur du code open source pour attirer davantage de développeurs tout en mettant à jour le matériel. Les responsables des applications devraient réévaluer les capacités et la qualité de ces plates-formes avant de s’en débarrasser ».