Comment s’est déroulée l’année 2020 pour HPE France ?

Effectivement l’année 2020 était particulière, l’impact de la pandémie a commencé en Asie avant d’arriver en Europe et partout dans le monde. En France, il y a un effet sur le deuxième trimestre, c’est-à-dire en février, mars, avril avec un changement du mode opératoire des équipes. Pas tellement par rapport au télétravail, car nous disposons d’un accord sur ce sujet depuis dix ans, mais les relations avec les clients et notre écosystème ont changé. Nous avons été fortement sollicités pour trouver des solutions sur des projets existants et nécessaires à l’activité de nos clients, mais aussi sur des nouveaux programmes pour gérer les besoins en connectivité ou de stockage additionnel, par exemple, dans le domaine de la santé ou de l’éducation. Si ce trimestre a été déséquilibré, les troisième et quatrième trimestres sont repartis à la hausse en France. Le quatrième trimestre se termine au même niveau qu’avant la pandémie. En résumé, je dirais que l’année 2020 a été contrastée et même bousculée pour nos équipes et notre écosystème.

Est-ce que cette forte demande de connectivité et de services cloud pendant la crise a demandé une réorientation de vos équipes vers ces sujets-là ?

Pour la partie services oui notamment sur le sujet de VDI. Sur la partie cybersécurité aussi il y a eu une forte demande de la part de l’ensemble des secteurs d’activité, car le télétravail étend la surface d’attaques. Sur les modes de consommation de l’IT, nous avons constaté un changement de logique dans la deuxième partie l’année 2020 sur le financement des projets avec des demandes de délai de cash. Nous avons géré cela avec notre structure HPE Financial Services à hauteur de 2 milliards de dollars au niveau mondial, et la France y prend sa part pour aider les clients et les partenaires. On a donc renforcé ces équipes avec la croissance des demandes de financements pendant cette période-là. 

Sur la partie interne, vous deviez déménager dans de nouveaux locaux, juste avant le confinement. Avez-vous pu le faire ?

En effet, nous avions décidé en 2019 de consolider nos bureaux de la banlieue parisienne à Puteaux [près de la Défense]. L’objectif était de faire ce déménagement au mois de mars, mais, avec la crise, il n’a pas pu avoir lieu. Cela s’est fait au début juillet avec une jauge limitée de collaborateurs dans un bâtiment pleinement opérationnel, comprenant un centre de démonstration pour les clients. Nous avons par ailleurs déménagé un centre, qui était auparavant à l’Isle-d’Abeau, à Saint-Priest [dans la région lyonnaise].

Est-ce que le télétravail et le flex office vont devenir la norme ?

Comme je l’indiquais nous avions déjà un accord de télétravail depuis 2010 et celui-ci va être adapté. Les nouveaux locaux de Puteaux comprennent beaucoup d’espaces collaboratifs. Nous ne sommes pas favorables au 100% télétravail, nous fonctionnerons avec des ratios, en fonction des personnes, de un à trois jours de télétravail. Il faut trouver le bon équilibre.

Antonio Neri, PDG et président de HPE, prévoyait un programme de réduction des coûts jusqu’en 2022. Est-ce que ce plan va toucher la France et si oui, dans quelle mesure ?

Il s’agit d’un plan mondial avec un certain nombre d’actions à la fois sur les opérations et les capacités de négocier avec les fournisseurs. Cela touchera la France, mais il n’y a pas d’éléments chiffrés par filiale. 

Côté distribution, comment avez-vous géré les relations avec vos partenaires pendant la crise sanitaire ?

Un premier élément était l’accompagnement. Nous avons par exemple mis en place des dispositifs pour gérer des problématiques de financement (sur les facturations ou les encours). Et puis en second point, nous avons gelé les programmes partenaires avec des seuils, des objectifs, des compétences. On a considéré que l’année pouvait être une année blanche sur ce plan-là. On espère que l’année 2021 sera un peu « plus normale » et on s’adaptera en fonction des conditions sanitaires.

Vous avez développé l’offre Greenlake (IT à la demande), est-ce que ce modèle est adopté en France ?

Greenlake est une offre et maintenant une division au sein de l’entreprise. La croissance de cette offre sur les derniers trimestres est supérieure (+ 30% à +50%) par rapport aux offres des fournisseurs de cloud public. Elle a pour vocation à devenir un référentiel pour le cloud hybride en gardant les bénéfices du cloud (agilité, flexibilité) au sein de votre datacenter. Greenlake, c’est le cloud qui vient à vous. Dans ce cadre, nous avons développé un bundle avec des logiciels de gestion et du financement au sein de Greenlake. Ainsi, nous pouvons proposer du backup-as-a-service, du SAP-as-a-service, du conteneur-as-a-service. En France, nous avons signé des références notamment sur SAP. La crise a été un accélérateur sur cette offre au point que la concurrence se positionne sur ce marché.

Au sein de cette offre, y a-t-il des services qui marchent mieux que d’autres, comme le stockage par exemple ?

Pas tellement, en tout cas pour le stockage primaire. Mais la demande pour le backup-as-a-service a été forte. Par ailleurs, sur la partie infrastructure, tout ce qui tourne autour des conteneurs était réclamé avec le développement des applications nouvelles générations. A chaque discussion sur ces thèmes, les offres « as-a-service » arrivent sur la table car elles sont capables de gérer l’évolutivité de la demande. On constate aussi que les activités des clients génèrent de plus en plus de données structurées et non structurées, avec un besoin de traiter ces informations à la périphérie.

Sur la partie cloud, comment voyez-vous la part des applications qui sont sur le cloud public et on premise ?

Les grands cabinets de conseil estiment que 70% des applications sont dans des environnements on premise. Nous estimons que la migration vers le cloud se fera vers l’hybride, car il y a un besoin de contrôle de la part des clients. Par ailleurs, s’il faut retoucher l’application pour la basculer dans le cloud, les clients choisiront alors le chemin du cloud hybride. Après à quelle horizon cette bascule se déroulera ? Dans un, deux ou trois ans ? C’est une bonne question et la plupart des acteurs du marché investissent sur ce segment d’activité. C’est là que le jeu va se jouer. 

Où en êtes-vous du déploiement de l’hyperconvergence via SimpliVity ?

Si on regarde les parts de marché, nous sommes passés numéro 2 dans l’hyperconvergence. L’offre connait un succès là où les clients ont besoin de simplicité, de gestion et de backup pour la reprise d’activité. En France, nous avons signé des contrats dans le secteur de la grande distribution, mais aussi avec des PME-PMI. 

Et sur la solution d’infrastructure-as-a-code, Synergy ?

En France, depuis plusieurs trimestres nous vendons plus de Synergy que d’infrastructures blade. C’est quasiment devenu un standard. Les entreprises voient bien aujourd’hui que la simplicité des conteneurs ne doit pas être remplacée par la complexité de l’infrastructure. En apportant Synergy sur du bare metal, on arrive à cette simplification. On constate que, dans beaucoup de grands comptes, Synergy a remplacé les infrastructures blade.

Il y a une tendance au développement des serveurs avec des puces AMD, est-ce visible en France ?

Sur le volume d’activités avec AMD, elle est en croissance y compris en France. Notre philosophie dans le domaine est l’ouverture. On laisse le choix aux clients en termes de processeurs et cette capacité de sourcing a des vertus notamment pendant la crise sanitaire. De mon expérience, il s’agit souvent d’un cycle et il ne faut pas enterrer Intel dans ce domaine.

Au sein de l’offre HPE, comment s’intègre l’apport de l’intelligence artificielle et quelle est la feuille de route dans ce domaine ?

Dans le portefeuille de HPE, il y a Nimble qui a développé un outil InfoSight pour faire de la maintenance prédictive. Aujourd’hui, il est présent sur l’ensemble de la gamme : serveur, stockage, réseau. Cela fonctionne bien notamment sur le plan de l’expérience client et du support. 82% des appels de niveau 1 sont évités, car le problème est détecté par InfoSight. Dans la roadmap, il est prévu d’aller plus loin en demandant à l’IA de déclencher des actions automatiques avec comme vision, dans quelques années, d’avoir des datacenters autonomes. Dans ce cadre, les moteurs d’IA emprunteront au HPC (calcul haute performance) et nous avons réalisé beaucoup d’investissement dans ce domaine avec le rachat de SGI et de Cray. 

L’été dernier, vous rachetiez Silver Peak. Où en est l’intégration avec Aruba ?

Officiellement le rachat a été clos au mois d’octobre. Silver Peak a été intégré à Aruba notamment au sein de la plateforme Edge Service, pour la gestion des infrastructures réseaux. Nous allons intégrer aussi la partie SD-WAN. Ce marché croît de plus de 20% par an et les clients nous sollicitent beaucoup sur ce sujet, en partie les grands comptes. 

Dans sa réorganisation, Antonio Neri a mis l’accent sur l’edge computing avec une division dédiée. C’est un sujet qui prend de l’importance chez vos clients ?

Oui, pour une raison simple, le volume des données généré en périphérie, notamment avec l’IoT, va exploser. Il faut être vigilant sur ce phénomène et Antonio Neri a annoncé un investissement de 4 milliards de dollars pour améliorer nos solutions sur l’edge. Dans la plateforme Edge Service, on retrouve donc de la connectivité, de la sécurité avec l’approche zero trust et de l’automatisation via InfoSight.

Les opérateurs commencent à déployer la 5G, comment HPE France peut les accompagner ?

Il y a un aspect marché et un aspect technique. Sur le second point, nous avons de la R&D à Grenoble et Sophia-Antipolis sur la 5G. Sur la partie marché, le besoin de traitement en temps réel et de faible latence s’accélère dans certains secteurs comme l’industrie ou le streaming. En revanche, nous pensons qu’il y aura la 5G et le WiFi 6. En schématisant, ce sera le premier en extérieur et le second en intérieur. Les deux doivent être complémentaires. 

On parle beaucoup de l’aspect durable du numérique, est-ce que vos clients sont sensibles à cette problématique ?

De plus en plus, c’est passé d’un sujet optionnel dans les appels d’offre à un sujet obligatoire avec trois aspects : efficacité énergétique des matériels, le recyclage et la consommation. Sur le recyclage, nous sommes dans des phases de certification comme TCO ou Ecovadis. Sur le dernier point, je reviens sur Greenlake où on achète que ce l’on consomme. Ce volet est important car on peut faire tous les efforts sur les autres points, si cela ne tourne pour rien, c’est du gâchis.

Quelles sont les perspectives pour les prochains mois et l’année qui vient pour HPE France ?

Il y a plusieurs éléments. Sur l’activité, le changement du mode de travail des entreprises va continuer à générer des demandes sur la partie infrastructure, tout comme les milliards d’objets connectés et le besoin en temps réel. Je suis optimiste sur ce point. Je vois aussi des demandes fortes sur le HPC en France. Dans le domaine du cloud, je pense que 2021 et 2022 vont être l’occasion de faire sauter des barrières notamment sur la souveraineté et la sécurité avec certaines initiatives comme Gaia X au niveau européen ou avec un hub français en cours de constitution.