Après deux ans et demi au poste de CEO de DataStax, Chet Kapoor veut simplifier l’usage et la gestion des bases de données NoSQL pour les développeurs. Il vise aussi un milliard de dollars de revenus annuels et envisage une possible introduction en bourse. Fondée au Texas en 2010, DataStax s'est fait un nom en aidant les entreprises à se familiariser avec la base de données open source NoSQL hautement évolutive Apache Cassandra. Aujourd'hui, sous sa direction, l’entreprise cherche à tirer parti du succès rencontré avec Cassandra en livrant une pile de données open source plus polyvalente pour les données au repos et les données en mouvement, plus difficiles à gérer.

Mettre de l'ordre dans un marché fragmenté

« Je suis stupéfait de constater à quel point le marché des bases de données est fragmenté. Chaque cas d’usage donne lieu à une nouvelle base de données et je ne pense pas que cela devrait être le cas », a déclaré M. Kapoor lors d'une récente visite à Londres. Pour Chet Kapoor, qui est passé par Google (via son acquisition d'Apigee) et IBM avant de rejoindre DataStax comme CEO en 2019, la réponse à ce problème de complexité croissante se trouve dans une pile de données basée sur des technologies open source, où les développeurs peuvent plus facilement gérer à la fois les données au repos et les données en mouvement. « Les développeurs ne veulent vraiment pas se soucier des bases de données », a-t-il déclaré. « Comment pouvons-nous rendre cet environnement complètement transparent pour eux et faire en sorte qu’une JAMStack (JavaScript, API and Markup) ou une API suffise pour faire fonctionner la base de données ? ».

Le mois dernier, DataStax a ajouté des capacités de streaming de données Change Data Capture (CDC) à son service géré AstraDB. Alimenté par Apache Pulsar, le service, qui permet aux développeurs de gérer à la fois les données opérationnelles et celles en streaming en un seul endroit, s'est imposé devant Apache Kafka comme moteur de données en streaming. « Et, si cela ne fonctionne pas, tout simplement », M. Kapoor reconnaît que le produit doit être suffisamment transparent et ouvert pour permettre à la petite minorité de développeurs qui le souhaitent de le faire quand même. « La simplicité convient à 90 % des développeurs, mais il faut s'assurer que le docteur de Carnegie Mellon puisse entrer dans le système et y faire ce qu'il veut », a-t-il déclaré.

Une convergence imminente ?

Faire en sorte que les développeurs puissent adopter les meilleures technologies disponibles, tout en offrant aux dirigeants un certain niveau de gestion et de contrôle des coûts, n’est pas uniquement le problème de DataStax. Mais Chet Kapoor veut le résoudre. « Notre mission est de servir l'application en temps réel, avec une pile de données ouverte, qui fonctionne tout simplement », a-t-il déclaré. Certes, cette volonté d’améliorer l'expérience du développeur et d’aller vers plus de simplicité, s’est déjà manifestée par l’émergence de plateformes d'applications sans serveur comme Vercel et Netlify. Mais ces plateformes axées sur le front-end ont toujours besoin d'une base de données en arrière-plan. « Étant donné que la plupart des plates-formes d'applications auront besoin d'une base de données et que la plupart des plates-formes de bases de données soutiendront les applications, il est clair que les plates-formes d'applications devraient s'intéresser aux fournisseurs de bases de données dans une optique d'acquisition, et que les fournisseurs de bases de données devraient envisager les plates-formes d'applications pour la même raison », a récemment écrit Steve O'Grady, analyste chez RedMonk, dans un article de blog.

Difficulté de mise en œuvre

Le CEO de DataStax a déclaré qu'il avait déjà discuté avec Vercel et Netlify dans le passé. Et sans donner de détails sur ces discussions, il s’est dit impatient de voir comment les choses évolueraient, car il pense que ces mondes vont entrer en collision. Il est important pour DataStax de rester proche des « frameworks que les développeurs adorent et de les prendre en charge de manière aussi native que possible », a-t-il déclaré. Si la fragmentation devrait continuer à compliquer le partenariat entre plates-formes d'application et fournisseurs de base de données en tant que service, M. O'Grady pense que la résurgence des plates-formes de base de données polyvalentes et de couches d'abstraction comme GraphQL peut contribuer à sortir les développeurs de cette impasse.

DataStax n'a pas été épargnée par les défis que doivent affronter tout éditeur ayant opté pour une base de code open source. Avant l'arrivée de M. Kapoor, la relation entre DataStax et la communauté Apache Cassandra au sens large - qui comprend des membres très puissants comme Uber, Netflix, Facebook et Apple - était devenue si tendue que DataStax a quitté la direction du projet en 2016, la poussant même à abandonner son événement communautaire annuel. Interrogé à ce sujet, M. Kapoor s’est senti gêné. « Quand j'ai rejoint DataStax, j'ai dit immédiatement qu’il fallait revenir vers la communauté », a-t-il déclaré. « Nous avons réintégré 20 de nos meilleurs ingénieurs dans la communauté et gagné leur confiance, ce qui a pris un certain temps, car, quand vous décevez une communauté, la défiance peut être durable. Il nous a fallu environ seize mois pour que la communauté livre Cassandra 4.0. Aujourd'hui, je dirais que nous avons retrouvé une bonne relation avec cette communauté ». M. Kapoor reconnait qu’il s’est inspiré de ce qu’avait fait des fournisseurs comme Elastic et MongoDB quand ils ont été confrontés à des problèmes similaires. Il admet aussi que « si la stratégie open source est simple, sa mise en œuvre est vraiment difficile ». « L'entreprise doit à la fois innover et fournir des fonctionnalités, et il faut également rester fidèle à sa communauté », a-t-il déclaré. « Vous remarquerez que je n'ai pas employé le terme open source, j'ai dit communauté. Dans une communauté, c’est toujours le code qui dirige, tout le reste n'est que bavardage ».

L’introduction en bourse envisagée sans précipitation

DataStax se concentre actuellement sur la croissance des développeurs, car M. Kapoor cible un milliard de dollars de revenus annuels pour l’entreprise et envisage même une prochaine introduction en bourse. « Nous construisons des produits que les développeurs aiment, qui transforment les entreprises pour lesquelles ils travaillent. C'est cette combinaison qui nous permet de bien faire ce que nous faisons », a déclaré le CEO de DataStax. « Nous ne monétisons pas le développeur. Nous nous assurons qu’il aime nos produits ». Si DataStax parvient à ce résultat, alors « l'introduction en bourse aura lieu », a déclaré M. Kapoor. « C'est un moment important, vous levez beaucoup d'argent, c'est aussi un grand événement marketing pour l'entreprise. Mais il faut le dépasser. C'est un bel événement pour ceux qui ne l'ont jamais vécu. Quand nous regardons nos résultats, et que nous passons du temps dans les conférences d'investisseurs, nous savons que nous sommes prêts. Mais nous serons patients ».