Un bien étrange attelage parcourt les allées de l’entrepôt Geodis de Saint-Ouen-l’Aumône (Val d’Oise) réservé à un de ses gros clients agro-alimentaire. Un robot autonome surmonté d’un mât télescopique en fibre de carbone aussi haut que les racks, équipé d’une dizaine de caméras HD et surmonté d’un drone en vol. Countbot, co-conçu par Geodis et la start-up française Delta Drone réalise l’inventaire de stocks de palettes complètes. Pour autant, Geodis ne vend pas l’appareil à ses clients, mais commercialise des missions d’inventaire qui l’utilisent.

Le drone stabilise le mât équipé de caméras

Contrairement à d’autres solutions du marché, ce n’est pas le drone qui scanne les palettes, mais les caméras installées sur le mât face à chaque niveau de rack. Avec ses hélices volontairement verticales, le drone n’est là que pour stabiliser le mât. Celui-ci s’adapte à la hauteur de l’installation, en fonction des configurations. « Nous demandons toujours la cartographie de l’entrepôt pour savoir si le site est éligible, » précise Karine Delinselle, cheffe de produit Countbot chez Delta Drone. Le robot exploite ce plan de l’entrepôt pour circuler dans le site. Il se repère aussi grâce à des réflecteurs installés sur les racks et dispose de capteurs pour éviter les rencontres intempestives avec un opérateur humain.

Les caméras détectent les étiquettes même sur une palette plastifiée, les codes-barres, mais aussi les espaces vides de palette, par exemple, grâce à un traitement algorithmique de reconnaissance d’image de l’ordre de la microseconde. Pour réaliser l’inventaire complet d’une allée, le robot doit cependant faire demi-tour durant environ une minute, car les caméras ne sont installées que d’un côté du mât. « Il serait possible d’éviter cela avec des capteurs des deux côtés, reconnaît Isabelle Moussa, chef de projet innovation chez Geodis. Mais le rapport performance-prix s’en ressentirait. » Le cœur de l’innovation du Countbot se trouve néanmoins bel et bien dans ce mât stabilisé par un drone, et c’est lui qui a été breveté.

Identifier une étiquette incomplète ou mal collée

Le robot est équipé d’une tablette standard, avec un logiciel qui récolte les données et peut les restituer dans divers formats (CSV simple, ERP, WMS, etc.) L’outil décode et organise les images durant l’opération d’inventaire pour qu’elles soient immédiatement utilisables en fin d’opération. « Ainsi, pas besoin de connectivité, précise Isabelle Moussa. L’opérateur récupère directement la tablette quand l’inventaire est terminé et a accès instantanément aux informations collectées. » Pour plus de précision, le logiciel construit des orthophotographies, des images reconstituées à partir de plusieurs photos. Quand un défaut lié à une étiquette mal collée ou arrachée par exemple est repéré, il est identifié dans le logiciel avec son emplacement précis et l’employé peut le corriger. Un inventaire de 10 000 m2 d’entrepôt génère environ 200 Go de données. « Dans notre feuille de route, nous regardons aussi comment utiliser ces images HD pour détecter des racks endommagés ou des palettes mal positionnées, » précise par ailleurs Karine Delinselle.

Le logiciel du Countbot affiche directement les défauts d'informations dans les images, et l'opérateur peut les corriger ou les compléter. (Photo E.Delsol)

Éviter un processus long, fastidieux et coûteux

Tout a commencé en 2016 à l’occasion d’un concours d’innovation interne à Geodis pour trouver un système d’inventaire. La première idée était celle d’un drone volant relié par un câble à un robot. « Mais les hélices faisaient voler la poussière, battre les films plastiques, explique Romain Chauvet. Et l’inventaire ne pouvait être réalisé qu’étage par étage. » La pré-étude et le prototype du Countbot ont finalement été réalisés en 2017 et 2018 avant une industrialisation en 2019. Geodis commercialise sa prestation depuis le premier semestre 2021 en Europe et l’étendra au monde entier l’an prochain.

En France, l’inventaire pour aligner stocks physiques et stocks théoriques est obligatoire au moins une fois par an. Et il est en général réalisé plus régulièrement. Romain Cauvet, responsable de l’ingénierie de Geodis supply chain optimization (SCO) rappelle qu’il s’agit d’une opération compliquée, chronophage et fastidieuse. « Sur un site de 10 000 m2, précise-t-il, il faut compter un jour d’arrêt d’activité, la location de 15 nacelles et la mobilisation de 30 opérateurs. » De plus, il s’agit d’une opération accidentogène avec le travail en hauteur et source d’erreurs humaines. Selon Geodis et Delta Drone, chaque palette étant scannée en 3 secondes avec le Countbot, elle se réduirait à seulement 3 heures.