Après trois ans d’absence en France, Aveva revient avec un événement à Paris. Pour l’occasion, Sébastien Ory fraîchement nommé au poste de VP Europe du Sud, et en charge de la stratégie d’Aveva sur cette zone, est revenu sur la feuille de route de l’entreprise. Ancien de Schneider Electric, Sébastien Ory, connaît plutôt bien le secteur industriel et les tendances liées à cet écosystème. Cette rencontre est l’occasion de faire un point sur le catalogue de solutions mais aussi de présenter les axes de croissance. « Il y a eu un développement ces trois dernières années vers le cloud avec un virage industriel fort » explique-t-il, avant d’ajouter que « ce cloud va permettre d’aller au-delà des frontières des entreprises et d’utiliser l’écosystème dans un environnement complètement différent ». En ce sens, Aveva veut devenir une véritable plateforme de données, bien au-delà de la solution PI System qu’elle a acquise lors du rachat de son ex-concurrent américain OSIsoft. « Il s’agit d’être assez robuste pour les différents cas d’usage » admet le VP Europe du Sud d’Aveva.

Fait inévitable, la transition vers le cloud apporte en effet son lot de difficultés, notamment lorsqu’il s’agit de définir ce qui peut être ou non on premise pour des raisons de processus critiques, à l’exemple d’un site de pétrochimie. Avec le cloud, Aveva veut apporter à ses clients un accès à des données supplémentaires, ainsi que le partage de ces informations avec des partenaires tiers qui apportent de la valeur. « Cette ouverture à des tiers, avec des partenaires et les API que cela induit dans l’ensemble du système amène à un développement de l’industrie 4.0 » assure Sébastien Ory. Se définissant comme un éditeur de logiciels avec un rôle de facilitateur dans le secteur industriel, Aveva connaît une forte croissance. L’entreprise est aujourd’hui 4 fois plus grande qu’il y a 5 ans, avec 6 500 employés, et son logiciel pilote la transformation de 20 000 entreprises clientes dans l’énergie, les sciences, l’agro-alimentaire, les produits chimiques, la marine, l’exploitation minière, etc. Total, Nestlé, Michelin, Veolia water technologies, ou encore Engie pour ne citer qu’eux sont clients de l’éditeur. Deux d’entre eux – Michelin et Veolia water technologies – sont ainsi revenus sur leurs usages lors de cette journée d’échanges.

Michelin revient sur sa quête éternelle du contrôle

Chez Michelin, la transformation digitale a démarré en 2017 avec dans le même temps la volonté de s’éloigner quelque peu de son cœur de métier : le pneumatique. « Le groupe Michelin c’est 125 000 personnes, 22 milliards d’euros de chiffre d’affaires, 170 pays et 73 sites. Quand on parle de Michelin on parle de pneumatique, mais on fait également autre chose » énonce Denis Laforest, digital program manager chez Michelin, en introduction. L’entreprise veut ainsi se développer sur d’autres axes, à la fois autour du pneumatique, et en-dehors. Denis Laforest prend en exemple l’hydrogène, sur lequel Michelin travaille depuis plusieurs années avec Faurecia. En 2019, les deux entreprises officialisent ainsi leur partenariat sous la forme d’une coentreprise, Symbio, tournée vers la mobilité à base d' hydrogène. « L’objectif est d’avoir entre 20 et 30 % du chiffre d’affaires de Michelin en-dehors du pneumatique à horizon 2030 » ajoute Denis Laforest. C’est ici que la transformation digitale prend tout son sens, permettant notamment d’opérer dans les usines de manière homogène et fiable, automatiser les tâches, aller vers la maintenance prédictive, le jumeau numérique, les robots et cobots, etc.

Spécialiste du pneumatique, Michelin veut aujourd'hui exploiter pleinement la mine de data sur laquelle elle est assise. (Crédit : C.S.)

Après les premiers POC en 2018, Michelin a donc entrepris de structurer la data dans ses usines afin de se constituer un socle de données pleinement exploitable. Facteur non-négligeable de cette transformation, que Denis Laforest tient à préciser : « Chaque usine a sa propre roadmap de digitalisation ». Pour ce faire, l’entreprise auvergnate s’est appuyée sur un modèle bien précis constitué de 6 usines dites « usines leader digitale » et intégrant une équipe formée à la solution PI. Chacune de ces six précurseurs a ensuite accompagné 10 autres sites dans la méthodologie afin d’adopter rapidement les solutions orientées data. Aujourd’hui plus de 8 000 utilisateurs travaillent donc sur des dizaines de cas d’usage. Dans le cadre de la maintenance par exemple, 30 % des demandes de service sont désormais automatisées sans tâches manuelles. Les opérateurs peuvent également, en s’appuyant sur l'analyse PI ou une solution informatique externe (Python...), surveiller le temps de cycle des machines pour détecter plus rapidement la perte de capacité de production. Un autre cas d’usage portant sur l’efficacité énergétique consiste à installer des compteurs connectés pour afficher un tableau de bord, et ajouter des données contextuelles pour créer des rapports basés sur l'analytique et identifier des leviers pour réduire la consommation d’énergie et les fuites. Michelin admet avoir nettement gagné en performance en intégrant les solutions Aveva. Le spécialiste du pneumatique se sert ainsi de ces jeux de données pour faire du reporting, de la visualisation, créer des modèles d’analyse ou de cas d’utilisation et travaille désormais sur l’IoT, le big data ainsi que le prédictif et la vision avec l’IA.

Avec Aveva, Veolia water technologies opère un virage cloud

Autre client présent lors de cette journée, Veolia Water Technologies (VWT), branche du groupe Veolia spécialisée dans le traitement des eaux pour les industriels et les laboratoires. Avec 6 900 employés dans le monde, 1,57 milliard d’euros de chiffre d’affaires en 2021, 130 installations de recherche et 4 sites de recherche dédiés, cette branche représente à elle seule une mine d’or de données. Comptant plus de 10 000 clients dont près de 6 900 industriels, elle s’est embarquée sur la voie de la « sobriété digitale » comme elle le présenter. Le projet, baptisé Satawad, vise à faciliter le partage d'informations pour des employés répartis dans le monde entier, avec un fort enjeu environnemental pour l'équipement informatique de Veolia et son utilisation. A terme, l’entreprise vise un objectif ambitieux – la réduction de ses émissions de gaz à effet de serre de 52 % - grâce aux leviers suivants : utilisation des applications Google Workspace, utilisation de Chromebook et mise hors service de l'infrastructure PC liée à cette transformation.

La branche Veolia spécialisée dans le traitement des eaux pour les industriels et les laboratoires a entamé une transformation cloud en 2015. (Crédit : C.S.)

A ses débuts en 2015, elle se tourne d’abord vers AWS pour la création d’un intranet et de petites applications. En 2017, elle adopte des solutions de Salesforce, ServiceNow, et la suite Workspace de Google. C’est un an plus tard, en 2018, que VWT entame réellement son parcours de sobriété avec Aveva avec plusieurs défis : réduire l'implication du service informatique, ainsi que le déploiement de logiciels visant à soutenir les diverses unités opérationnelles, uniformiser plus de 260 comptes d'ingénieurs à travers le monde dans le même environnement et unifier les données disparates de tous les outils d'ingénierie sur une plateforme partagée et dans une base de données commune, accessible en continu. Le changement s’est cependant opéré dans un contexte bien particulier puisqu’il a démarré le 16 mars 2020 alors que la pandémie de Covid-19 s’étendait dans le monde. Durant cette période, 150 ingénieurs sont ainsi passés au cloud Aveva. Veolia Water Technologies admet par ailleurs avoir renégocié son contrat en 2022, complètement dépassé par les ressources.

Aujourd’hui, William Laloyau, engineering & BU services manager chez Veolia estime que l’adoption de la plateforme Connect d’Aveva a apporté son lot de bénéfices. « Tout est opéré par les équipes Aveva, c’est l’un des plus gros bénéfices. C’est flexible et évolutif en fonction de nos besoins. C’est également conforme aux normes de cybersécurité de VWT. Enfin l’approche SaaS fait que nous payons pour ce que nous utilisons et nous réduisons le coût total » conclut-il.