En guise d’ouverture du Cisco AI Summit qui s’est tenu le 3 février dernier à San Francisco, Chuck Robbins, CEO de Cisco, a affirmé que 2026 marquera un tournant pour l'utilisation de l'IA dans les entreprises et à grande échelle. Selon lui, cette année sera celle des applications agentiques et du renforcement de la confiance et de la sécurité dans l'IA. « De nombreuses questions et discussions se posent quant à l'impact de l’IA sur l'infrastructure de votre entreprise. Quel sera l'impact de l’IA sur votre posture de sécurité ? Qu'est-ce que cela signifie pour les cycles de développement des applications ? », a-t-il demandé aux participants. « Une chose nous préoccupe : la confiance dans ce qu'il adviendra de vos données, la confiance dans les modèles, dans votre infrastructure, dans les agents, dans les partenaires avec lesquels vous travaillez. Ce sont des questions importantes que le secteur doit continuer à traiter », a-t-il déclaré.

Les freins à l'IA

Pour Jeetu Patel, directeur des produits chez Cisco, aujourd’hui, l’IA est confrontée à trois contraintes principales. « La première est une contrainte infrastructurelle. Les entreprises ne disposent tout simplement pas de la puissance, de la capacité de calcul et de la bande passante réseau suffisantes. Dans ce domaine, Cisco va donc investir plusieurs milliards. Et je pense que l'industrie dépense des milliards pour s'assurer que nous puissions… répondre aux besoins de l'IA », a expliqué M. Patel. « Nous travaillons très dur pour nous assurer que nous pouvons mettre en place les infrastructures critiques nécessaire à l'IA. » M. Patel a parlé de sa puce réseau Silicon One P200 et du système de routage 8223 annoncé en octobre dernier, qui seront au cœur de la construction des clusters IA en réseau de Cisco. « La puce P200 était destinée à la mise à l’échelle, car ces modèles deviennent de plus en plus volumineux et ne peuvent plus être hébergés dans un seul centre de données. Les entreprises n’ont pas assez de puissance pour tout regrouper dans un seul centre de données », a-t-il ajouté. « Elles ont désormais besoin de centres de données qui peuvent être distants de plusieurs centaines de kilomètres, et qui fonctionnent comme un ultracluster cohérent. Cela nécessite une architecture de puce complètement différente pour garantir des capacités de mise en mémoire tampon profonde et autres. Elles doivent s’assurer que ces centres de données peuvent être étendus au-delà des frontières physiques », a-t-il poursuivi. « De plus, nous atteignons les limites physiques du cuivre et de l'optique, et l'optique cohérente en particulier va devenir extrêmement importante à mesure que l’on commencera à construire cette infrastructure de centres de données. C'est donc un domaine dans lequel on peut déjà voir d'énormes progrès », a-t-il souligné.

Toujours selon M. Patel, la seconde contrainte concerne le déficit de confiance envers l'IA. « Nous devons actuellement nous assurer que ces systèmes inspirent confiance aux personnes qui les utilisent, car si elles ne leur font pas confiance, elles ne les utiliseront pas », a-t-il affirmé. « C'est la première fois que la sécurité devient réellement une condition préalable à l'adoption. Dans le passé, on se demandait toujours si l'on voulait être en sécurité ou être productif. Et ces besoins s'annulaient mutuellement », a encore expliqué M. Patel. « Nous devons nous assurer que nous faisons confiance non seulement à l'utilisation de l'IA pour la cyberdéfense, mais aussi à l'IA elle-même », a-t-il insisté. La troisième contrainte concerne le déficit de données. Les modèles d'IA sont entraînés à partir de données générées par l'homme et accessibles au public sur Internet, mais « nous sommes à court » de données, a pointé M. Patel. « Mais on commence à voir que les données synthétiques deviennent extrêmement efficaces pour entraîner ces modèles. La croissance la plus forte concerne les données générées par des machines », a-t-il déclaré. « À mesure que les agents deviennent de plus en plus prolifiques et qu'ils travaillent 24/7, on assiste à une accélération continue et à une croissance exponentielle des données générées par des machines. Il s'avère que chez Cisco, nous sommes au centre de tout cela », a fait remarquer M. Patel.

Le vibe coding désormais incontournable

Ce dernier a également souligné à quel point la programmation assistée par IA avait modifié certains aspects du développement logiciel au sein des entreprises. « Au début de l'année 2025, cet objectif semblait irréaliste, mais aujourd'hui, 70 % de tous les produits IA développés chez Cisco utilisent du code généré par l'IA. Je dirais que d'ici 2026, nous aurons au moins une demi-douzaine de produits dont le code sera entièrement écrit par l'IA plutôt que par des humains », a avancé M. Patel. « Les humains auront toujours un rôle très important à jouer, car ils devront s'assurer de rédiger les spécifications et de vérifier le code. Mais le goulot d'étranglement ne concernera plus la rédaction du code. Il concernera la lecture et la vérification du code. »