Un reportage du Wall Street Journal, signé du reporter Josh Chin dans la région du Xinjiang au nord ouest de la Chine, dresse un inquiétant état des lieux de l'usage par les autorités de techniques de surveillance de la population toujours plus intrusives. Pus précisément dans sa capitale, Ürümqi, qui sert de véritable laboratoire pour tester et mettre en oeuvre tout un arsenal de techniques de surveillance, au-delà d'une présence policière très concentrée (véhicules blindés légers, commissariats à tous les coins de rue, caméras de surveillance par milliers...). Pour justifier un tel déploiement sécuritaire - les effectifs policiers ont été multipliés par 6 par rapport 2015 -, les autorités chinoises mettent en avant la traque aux séparatistes ouïgour. Une chasse à tout prix qui se fait largement au détriment de la préservation de la vie privée des citoyens.

Multiplication des points de contrôle, palpations, vérification et effacement de contenus dans les smartphones... Les mesures de sécurité sont aujourd'hui complétées par des mesures beaucoup moins visibles mais non moins intrusives. Les cartes d'identité incluent des données personnelles, certains ustensiles comme des couteaux incluent un tag sur lequel les données personnelles de son utilisateur sont indiquées (noms, adresse...). La reconnaissance faciale est de plus en plus déployée dans le réseau de caméras de surveillance. Elle est de plus croisée avec le fichier des cartes d'identité. « Les autorités utilisent l'intelligence artificielle pour les alerter que quelqu'un dans une vidéo roule trop vite ou se gare à un mauvais endroit », explique Josh Chin.

La traque des dissidents politiques et des minorités ethniques facilitée

La dernière trouvaille en date des autorités chinoises a été d'équiper les forces de police en lunettes connectées dotées d'une fonction de reconnaissance faciale. Ce dispositif, testé à la gare de Zhengzhou, dans l'Est de la Chine, a permis selon les autorités de capturer 7 personnes recherchées et impliquées dans des affaires sérieuses, ainsi que l'arrestation de 26 autres personnes voyageant sous une fausse identité. Si l'usage de telles lunettes à reconnaissance faciale permet d'aider la police à attraper plus rapidement un fugitif dans une foule (gare, aéroport, centre commercial...), on peut s'interroger sur son bien-fondé dans les cas de simples patrouilles.

« La possibilité de donner à chaque officier de police la technologie de reconnaissance faciale dans des lunettes de soleil pourrait rendre la surveillance d'Etat par la Chine la plus globale possible », a alerté William Nee, chercheur à Amnesty International. Une façon également de tracer plus facilement les dissidents politiques et les minorités ethniques.