Avec ses légions de fans dans le monde entier, et une série Netflix, la Formule 1 connaît un boom de popularité. Cela se traduit notamment par un doublement de ses revenus à 360 millions de dollars (M$) au premier trimestre 2022, et un bénéfice net de 19 M$. Durant la pandémie de Covid-19, qui a retardé la saison 2020-2021 et lors de laquelle les courses automobiles se déroulaient sans supporters, la Formule 1 a vu son planning de courses se surcharger. Résultat ? Les constructeurs automobiles et les équipes indépendantes se sont disputé les championnats et les pays se sont battus pour s’assurer que leur circuit figurait bien aux calendriers des courses.

Pendant ce temps, sur la piste, les changements de réglementation ont permis de modifier l'aérodynamisme des voitures 2022 pour offrir une course plus rapprochée, tandis qu'un plafond budgétaire a été introduit pour réduire l'écart entre les leaders de la course et le reste du peloton. Selon Nathan Sykes, DSI et directeur data science de l'équipe de milieu de terrain Alpine, atteindre des performances élevées sur la piste revient à prouver le retour sur investissement (ROI) de la data science, à adopter le low-code pour améliorer l'efficacité et à redéfinir la valeur de l'informatique.

Réinventer le département informatique en tant que système d'entreprise

M. Sykes assume la position de DSI et directeur data science chez Alpine F1 depuis l'époque où l'équipe s'appelait Renault Sport Racing. Il raconte qu'il a délibérément choisi de travailler dans le domaine des systèmes d’entreprises, car ils offrent un plus large éventail de responsabilités : « J'ai passé seize ans [en F1] en tant qu'aérodynamicien, en passant par l'ingénierie, jusqu'à la gestion et la collecte de données. » La science des données est devenue son propre facteur de différenciation. Chez Renault Sport Racing, il est d'abord arrivé en tant que responsable de data science avant d'être promu CDO, puis directeur des systèmes d’entreprises IT et data science. Ce faisant, cependant, des failles sont apparues. Les données de l'équipe étaient en mauvais état, les coûts s'envolaient, et l’IT semblait être une fonction de back-office. Son impact dans l’entreprise était minime alors que Renault Sport Racing proposait des services et produits allant de la course automobile, aux véhicules routiers en passant par les équipements. « Le département IT était laissé à l’abandon », admet Sykes. « Ils essayaient d'aider l'entreprise, mais sans succès. De plus, ils avaient de nombreux contractants externes, ce qui participait à la hausse des coûts. Pour ne rien arranger, la direction ne nous donnait pas d’indications quant à la façon dont elle souhaitait travailler. Résultat, le département IT essayait de faire de son mieux en fournissant les solutions demandées, mais avait en réalité du mal à s'y retrouver. » 

Nathan Sykes a ainsi cherché à changer les mentalités, en donnant aux membres de l'équipe les moyens de travailler en collaboration avec les différents départements. Ainsi qu’en mettant en avant les systèmes d’entreprises qui, selon lui, ont permis à la société d’avoir une vision impartiale de ce qu’elle attendait de l’IT, fondée sur les données et les besoins actuels et futurs. Ainsi, les équipes devaient intégrer dans les projets de toute envergure les exigences de la direction et les faire coïncider avec les processus d’entreprises. Lesquels devaient à leur tour alimenter le système de données. « Il s'agit de s'approprier les besoins auxquels nous devons répondre et les processus que nous devons mettre en place, au point d’en arriver à visualiser le projet avant de commencer à la développer », explique M. Sykes. 

Créer des Power Apps à low-code pour optimiser les workflows

De la simulation de course à la production en passant par la visualisation des données et la collaboration, Alpine F1 exploite la technologie de Microsoft pour améliorer les performances de ses voitures de course et de ses équipes. L'équipe de sport automobile utilise notamment Dynamics 365 et Power Platform pour accélérer la prise de décision et Azure pour l'infrastructure cloud, la consolidation et l'analyse des données. Grâce aux tableaux de bord Dynamics 365 et Power BI, ainsi qu'aux grands écrans Surface Studio, l'équipe obtient une vue d'ensemble de son cycle de production. Cependant, ce sont les Power Apps low-code qui s'avère être un véritable levier de croissance. L'équipe de sport automobile compte désormais dix développeurs Power Apps, ce sont huit de plus qu’il y a un an, et des workflows ont été mis au point sur l’application afin d’améliorer toute une série de processus, notamment les rapports de non-conformité sur les pièces. A l’époque, le personnel d'Alpine F1 devait prendre en photo les composants et les transmettre aux concepteurs afin de s’assurer de leur conformité. Désormais, ce processus est simplifié, grâce à une combinaison de Power Apps, d'Office 365 et de Microsoft Teams. « C'est l'un de nos meilleurs logiciels », déclare M.Sykes, « En réalité, il suffit simplement de glisser et de déposer quelques éléments à leur place. »

Défis liés au plafonnement des coûts et au retour sur investissement des données

Les voitures de course F1 d'Alpine sont équipées de quelque 200 capteurs qui collectent plus de 50 milliards de données. Celles-ci aident le personnel technique à améliorer l'aérodynamisme, la maniabilité et les performances de la voiture. L’écurie de Renault se targue aujourd’hui de pouvoir prendre une longueur d’avance sur le circuit. Prenez par exemple la dégradation des pneus. Auparavant, la performance d’un pneu était analysée sur un seul tour de qualification. Désormais, les équipes d’Alpine F1 utilisent les systèmes de données pour pallier le manque d’informations sur la dégradation des pneus. Une solution qui s’avère plus qu’utile quand on sait que le règlement stipule que le fabricant Pirelli n’a le droit de partager que des informations limitées aux dix écuries automobiles. 

Prouver le retour sur investissement de la data science reste cependant un défi. A l'ère du plafonnement des coûts, où les équipes ne doivent pas dépenser plus de 140 M$ sur une seule saison - avec une baisse de 4 M$ supplémentaires pour la saison 2023. M.Sykes maintient cependant sa position, selon lui, les dépenses doivent être liées à la performance du personnel, voire à la rapidité des voitures. Mais, dans un secteur où les responsables d'équipe ne comprennent pas nécessairement la valeur de la donnée, il est s’avère difficile d’argumenter en sa faveur. Le plafonnement des coûts reste une priorité essentielle, malgré les nombreuses félicitations des grandes équipes qui tentent d'équilibrer la compétition dans une série mondiale, avec moins d'argent et des ressources limitées. « Non seulement, nous essayons de faire en sorte que les voitures aillent le plus vite possible, a déclaré M. Sykes lors d'une conférence à Londres, mais nous sommes également en train de maîtriser les coûts. Nous essayons d'être aussi efficaces que possible et de comprendre les raisons pour lesquelles une voiture roule plus vite qu’une autre. »