Les ventes et prix des cartes graphiques ont explosé au cours des dernières mois. En cause, les mineurs de cryptomonnaies (comme GUIminer pour le Bitcoin) qui s’en servent pour créer des fermes de serveurs dédiés à leur activité. Connue aussi sous le terme de cryptominage, cette activité consiste à résoudre des algorithmes mathématiques complexes* – des « proof-of-work » – pour obtenir des fragments de bitcoins ou autres monnaies cryptographiques.

Dans cette course à celui qui raflera le premier le pactole, les mineurs et les groupes auxquels ils appartiennent ont pris l’habitude d’acheter des cartes graphiques haut de gamme - destinées à la base aux gamers – pour bâtir des plates-formes capables de générer plus de cyptomonnaies. Ces véritables datacenters dédié au minage sont extrêmement énergivores. Certains réseaux consomment davantage d’électricité que la Bulgarie ! Ces fermes de serveurs sont d’ailleurs souvent installées dans des pays où le coût de l’électricité est bas. Cela a incité des pays comme la Chine, ou certaines villes américaines, à restreindre le crytpominage.

Dans l'ensemble, les recettes provenant des ventes de GPU sont passées de 3,82 milliards de dollars en 2015 à 6,45 milliards de dollars cette année.

Le nombre et la taille des datacenters qui traitent actuellement des transactions en bitcoins ne cessent de croître, bien que ce soit en grande partie dû à l'inertie et à la longueur des procédures pour contracter, construire et déployer des systèmes miniers, selon Paul Brody, responsable de l’innovation de la technologie blockchain chez Ernst & Young. Dans un email, il note que « les volumes de transactions ont sensiblement diminué au cours des deux derniers mois, pour revenir à peu près à leur niveau d'il y a deux ans. Si cela continue, nous assisterons à un ralentissement de la mise en place et probablement à un retrait des systèmes plus anciens ».

Des fournisseurs de technologie tels que 3M commercialisent maintenant des systèmes de « refroidissement par immersion liquide » pour résoudre les problèmes de surchauffe des plates-formes minières. Cependant, le Bitcoin – la monnaie numérique la plus populaire – est en nombre limité (21 millions d'unités). Ainsi, lorsque ce nombre diminue, la puissance de traitement requise pour les exploiter augmente. C’est pour cela que les prix de certains GPU ont plus que doublé.

Par exemple, la GeForce GTX 1070 de Nvidia, qui était vendue au prix de 308€ HT, selon Polycon, atteint maintenant 577€ HT. Le site de jeux vidéo GameSpot a noté qu'un pack de 6 Nvidia GTX 1060 6 Go (EVGA) se vend à 2 435€ HT, alors qu'une carte MSI Aero ITX OC GTX 1060 est coté pour 379,29€ HT, soit 2275€  HT les six. Et le pack de 6 AMD OEM RX 580 4GB est vendu au détail pour 2435€ HT. Certains marchands prennent des mesures pour limiter le nombre de cartes que les crypto-mineurs peuvent acheter et pratiquent des prix plus raisonnables auprès de leurs clients gamers. Le fabricant de GPU Nvidia a par exemple demandé à ses revendeurs de prioriser les ventes de ses cartes graphiques aux joueurs.

Au début de la ruée vers le GPU, les cartes les plus populaires étaient celles d'AMD. Mais alors que l'offre d'AMD diminuait et que les cartes devenaient de plus en plus difficiles à trouver, les processeurs de Nvidia sont devenus plus populaires chez les mineurs de cryptomonnaies, indique Melodi Li, analyste chez Trendforce. Et cette course à l’achat de cartes graphiques pourrait affecter le marché pendant un certain temps. « Compte tenu de l'énorme flambée du cours du Bitcoin vers la fin de l'année dernière, il pourrait s'écouler quelques mois avant que l'offre de GPU haut de gamme ne s’adapte à la demande et aux contraintes » selon Paul Brody.

Des rapports récents ont révélé qu'Intel cherchait à créer des processeurs spécifiquement pour l'extraction de cryptomonnaies. En septembre 2016, le fabricant a déposé un brevet décrivant un accélérateur minier Bitcoin qui « pourrait inclure un cœur de processeur ». Un rapport de la BBC a même blâmé le secteur du minage informatique qui, en créant cette pénurie de GPU, aurait entravé la recherche scientifique. Dan Werthimer, directeur scientifique du Berkeley Seti Research Center, se révoltait auprès de nos confrères de la BBC en disant que « nous avons l'argent, nous avons contacté les vendeurs, et ils nous disent : Nous n'avons tout simplement plus de GPU ».

Le sujet semble être sensible auprès des fabricants de cartes graphiques. Le mois dernier, le CEO de Nvidia, Jen-Hsun Huang, répondait à un analyste lors de la présentation des résultats trimestriels. Interrogé sur la possible responsabilité du cryptominage dans la légère hausse des ventes au détail GPU et de la demande insatisfaite de Nvidia, le CEO a éludé la question. « Une explication de cette demande latente est que nous n’avons que six à huit semaines d’inventaire dans la chaine de distribution. Et je pense que vous constaterez que le channel est globalement assez léger. Nous travaillons dur pour mettre des GPU sur le marché pour les gamers. Et nous faisons tout ce que nous pouvons pour conseiller les détaillants et les constructeurs pour qu’ils servent ces joueurs en priorité. Mais je pense que le plus important est que nous rattrapions l’offre. » Un porte-parole de Nvidia a indiqué que la société ne ferait pas de commentaire supplémentaire à ce qui a été dit lors de sa conférences trimestrielles. Intel et AMD n’ont pas souhaité commenter non plus.

*Les mineurs utilisent des systèmes logiciels et matériels pour résoudre la série d'algorithmes mathématiques en utilisant l'algorithme de hachage sécurisé 256 (SHA-256).