Jusqu’en décembre 2016, l’ancien ministre de l’Intérieur, Bruno Le Roux, laissait entendre dans sa biographie publié sur le site du ministère qu’il avait été étudiant de HEC et de l’Essec, laissant entendre qu'il était diplômé. Problème, les journalistes d’Atlantico avaient révélé que le ministre ne figurait dans aucune liste des diplômés de chaque école. Il a en revanche bien obtenu un DEA de stratégie et management à l’université Paris-X. Bruno Le Roux n’est cependant pas le premier à gonfler son CV et ses compétences. Business digital manager au lieu de chef de produit marketing et diffusion, développeur multimédia à la place d’intégrateur web, oublier volontairement de préciser qu’on a été stagiaire et non employé dans l’entreprise que l’on mentionne, etc. Sur les réseaux sociaux professionnels, on enjolive très vite son poste et ses compétences.

Une étude du cabinet de recrutement Florian Mantione Institut, à paraître le 31 janvier, va dans ce sens en indiquant que 85 des 100 candidats interrogés considèrent comme normal d’arranger leur CV. 65 ont d’ailleurs déjà exagérés leurs responsabilités réelles d’après les chiffres du cabinet de recrutement. Pis, deux employeurs sur trois avouent ne pas faire un contrôle approfondis des CV, notamment des formations suivies. Mais Florian Mantione, fondateur du cabinet, note que « les contrôles se font de plus en plus sur les réseaux sociaux par les employeurs ». Les candidats seraient donc plus attentifs à ce qu’ils indiquent sur leurs profils Linkedin ou Viadeo. Le cabinet de conseil en ressources humaines a d’ailleurs constaté une baisse du nombre de CV trompeurs comparé à son étude d’il y a trois ans.

L'étude du cabinet Florian Mantione montre que 53% des candidats interrogés exagèrent ou minimisent le poste qu'ils ont occupé dans une entreprise sur leur CV. (Crédit : Institut Florian Mantione)

D’autres cabinets de recrutements ne perçoivent pas les mêmes tendances. Pour Bruno Fadda, directeur de Robert Half, et Adrien Leroy, de Michael Page, il peut arriver que des personnes enjolivent leurs CV/profil mais ce n’est pas fréquent. « Ils n’ont aucun intérêt à le faire puisque leurs employeurs, leurs collègues sont aussi sur ces réseaux professionnels » explique Adrien Leroy. Bruno Fadda le confirme et indique que les candidats « savent pertinemment qu’à un moment ou à un autre, il y aura une vérification, notamment par un entretien et par une prise de références. » Quand cela arrive, les deux recruteurs parlent principalement de personnes qui augmentent la durée de leur contrat, indiquent parfois être diplômées alors qu’elles n’ont pas terminé leur cursus. Des dissonances sont de temps en temps remarquées entre le CV et les profils sur les réseaux professionnels.

Réseaux professionnels VS CV

Car nos interlocuteurs rappellent bien la différence entre le curriculum traditionnel et le profil sur les réseaux sociaux. D’un côté le CV sera très formel et très précis quand, de l’autre, une page Linkedin ou Viadeo va servir de vitrine. « Un profil Linkedin c’est une sorte de blog sur lequel la personne va mettre en avant un certain nombre de choses par rapport à son parcours, ses compétences, etc. » indique Bruno Fadda. C’est surtout un outil qui est actif même lorsqu’on ne cherche pas d’emploi, contrairement au CV. Un profil professionnel permet de rester visible dans le monde du travail. Il s’agit donc de se mettre en valeur. Et que nos expériences soient comprises par tous. « Il y a beaucoup d’entreprises aujourd’hui qui ont des intitulés de poste qui leur sont propres mais qui ne parlent pas forcément au grand public » souligne Adrien Leroy. Certains vont donc être tentés de donner des appellations plus larges à leur poste sur les réseaux sociaux, sans pour autant minimiser ou grossir ce qu’ils faisaient effectivement dans l’entreprise. Pour les trois recruteurs, c’est du personal branding. « Enjoliver, marketer, ça fait partie du jeu nous on l’accepte » lance Bruno Fadda.

Il faut cependant toute mesure garder et ne pas non plus transformer totalement ses fonctions réelles. « Ce qui peut être très gênant c’est de ne pas retrouver de cohérence entre le CV et le profil. Là ça peut jeter le discrédit » précise Bruno Fadda. Florian Mantione préfère lui utiliser la métaphore du passager sans billet dans un train. « Il y a deux comportements : celui qui va se cacher derrière son journal quand le contrôleur passe pour ne pas se faire prendre, et celui qui va être honnête et donner les raisons pour lesquelles il n’a pas de billet ». En somme, les recruteurs seront indulgents avec un candidat qui arrive à justifier l’écart entre ce que dit son CV et le contenu de son profil.

Big Data Architect Padawan

En mai 2015, Linkedin avait déposé un brevet pour un système de fact-checking. L’« Interactive fact-checking system » devait comparer les données fournies par les utilisateurs sur le réseau social avec d'autres sources disponibles sur Internet. Cependant depuis trois ans, plus aucune nouvelle de ce brevet. Contacté par LMI, Linkedin confirme que ce système « n’a pas été intégré à la plate-forme, actuellement ». Mais pas qu’il ne le sera pas.

S’il vaut mieux se montrer prudent quand on modifie ses fonctions sur Linkedin, rien n’empêche de se montrer extravagant dans leur formulation. Dans un article sur l’impact de l’intitulé de poste sur le CV, le site d’offres d’emplois Monster indique que si, en France, nous sommes très sérieux quand il s’agit de parler boulot, les candidats américains ou d’autres pays peuvent se montrer plus atypiques dans la manière dont ils décrivent leurs fonctions. On trouvera des « Java Ninja », des « Marketing Jedi », ou autres « Big Data Architect Padawan ». Des références cinémato-professionnelles qui arrivent de plus en plus sur les profils des acteurs IT français.