Comme le raconte Alessandro De Luca, DSI de la division healthcare de Merck, l’industriel a commencé à introduire l’IA dans sa chaîne logistique il y a 4 ans quand il a pris conscience de la complexité croissante des flux de données impliqués. Il s’est en particulier appuyé sur la plateforme de Supply Chain Management d’Aera Technology basée sur l’IA et conçue pour le secteur pharmaceutique. A l’instar des robots crawlers du moteur de recherche de Google, ce logiciel scanne plusieurs fois par jours les 42 ERP de l’entreprise pour en agréger les données concernant les commandes en cours, les achats aux fournisseurs, la gestion des stocks, etc.

L’IA identifie et analyse ainsi les éventuelles ruptures de produits ou goulets d’étranglement, par exemple. Elle propose ensuite des actions destinées à redresser la barre : commander davantage de produits de base, infléchir la production ou rerouter certaines commandes. « L’IA identifie des indices invisibles à l’œil humain du fait du volume de données traité, précise Alessandro De Luca. Les recommandations prennent la forme d’un unique tableau de synthèse pour que les équipes puissent réagir facilement et rapidement. »

Une dose de machine learning et une dose de cloud

Cette approche prescriptive évite aux responsables de la planification de la demande l’effort considérable de s’occuper eux-mêmes de ces problèmes. « Le système travaille beaucoup pour eux, explique Shariq Mansoor, CTO d’Aera.  Nous harmonisons la donnée dans un contexte business. » Les algorithmes de machine learning de l’éditeur redéfinissent le système pour réduire les erreurs qui peuvent entraver la supply chain de Merck et de ses clients. Par ailleurs, le logiciel est hébergé dans le cloud d’Amazon AWS pour disposer de la souplesse et des possibilités de passage à l’échelle du service.

Le DSI de Merck estime que près de 4 000 employés fouillent quotidiennement 1,2 milliard de lignes de données de supply chain avec le logiciel d’Aera. Il aimerait malgré tout qu’ils soient plus nombreux car l’IA a déjà permis de renforcer le service de la supply chain en réduisant entre autres l’inventaire et en assurant la livraison complète en temps et en heure des produits pharmaceutiques. Merck utilise une autre IA, celle de Tracelink pour optimizer la distribution dite du dernier kilomètre. Vers ses partenaires que sont les hôpitaux, les grossistes et les pharmacies comme celles de CVS Health. L’entreprise teste en ce moment la capacité du logiciel à diminuer les ruptures de stock de produits d’oncologie. Le DSI aimerait par ailleurs injecter dans le système des données extérieures pour en extraire encore plus de valeur. « Le défi ce n’est pas la technologie, mais les employés et la donnée, » affirme-t-il.

L’IA, compagnon idéal de la supplychain

Selon IDC, la moitié des supply chains industrielles auront investi dans l’IA d’ici 2021 avec des gains de productivité de l’ordre de 15% à la clé. Les chaînes logistiques et la supply chain industrielles sont des cibles de choix pour ces technologies qui permettent d’assurer l’arrivée à destination des produits industriels, mais aussi des composants et des matières premières. Et pour des géants industriels comme Merck, améliorer l’efficacité de la supply chain même de quelques pourcents peut se traduire en millions de dollars sur la ligne de résultats. Pour le DSI de Merck, l’utilisation de l’IA dans son entreprise est aussi un moyen de démontrer comment cette technologie peut aider les humains à prendre de meilleures décisions.