Microsoft pourrait proposer à ses clients Microsoft 365 une offre d'abonnement, une sorte de « dispositif-en-tant-que-service », mais sans dispositif. Selon une offre d'emploi publiée le mois dernier par Microsoft, ce service devrait « changer la manière dont des millions d'entreprises consomment les ordinateurs desktops et les applications Windows ». C’est Mary Jo Foley, de ZDNet, qui a écrit le premier article sur l'offre d'emploi et ses implications probables. L’annonce, encore visible le matin du 21 juillet, a disparu plus tard dans la journée, ce qui laisse supposer que Microsoft n'avait peut-être pas l'intention d'attirer l'attention des médias.

Un service basé sur Windows Virtual Desktop

« Microsoft Cloud PC est une nouvelle offre stratégique qui s'appuie sur Windows Virtual Desktop pour fournir un bureau en tant que service », annonce le communiqué, dans lequel « Desktop » est écrit avec un D majuscule. Windows Virtual Desktop (WVD) virtualise le système d'exploitation de Microsoft – et Windows 10 en particulier - sur le service cloud Azure du fournisseur, et permet aux clients d'exécuter le système d'exploitation, les applications Office de Microsoft et des applications tierces. Au lieu d'exécuter tout cela localement, à partir du SSD d'un PC par exemple, WVD exécute les programmes à distance. Les serveurs Azure, où s'exécutent les instances virtualisées de Windows, remplacent l’ordinateur personnel, l'appareil réel de l'utilisateur n’étant rien d’autre qu’un terminal tout à fait dans l’esprit de l'informatique serveur-client du XXe siècle.

Les licences WVD sont offertes gratuitement aux clients ayant souscrit à l'un des nombreux abonnements Microsoft 365 et Windows 10 Enterprise. Mais les clients paient en fonction de ce qu’ils consomment pour faire tourner les machines virtuelles et les applications associées sur Azure, et ils paient aussi pour l'espace de stockage nécessaire au fonctionnement de leurs machines virtuelles. En bref, plus les utilisateurs du client abonné font tourner leur Windows 10 virtuel à distance, plus l’entreprise paiera de frais de consommation à Microsoft. Même si l’offre d’emploi ne donne pas beaucoup de détails sur ce que Microsoft appelle « Cloud PC », il est clair que le service sera vendu par abonnement. Microsoft a déclaré que Cloud PC serait distribué « à un tarif fixe par utilisateur », comme tous les autres services par abonnement de la firme de Redmond. Il est vraisemblable que Cloud PC sera facturé sur une base mensuelle, comme les autres abonnements de Microsoft.

 

L’offre d'emploi de Microsoft faisant allusion sans le nommer au service « Cloud PC ». Ce dernier permettra aux entreprises clientes d’utiliser un Windows 10 virtualisé basé sur Azure et maintenu par Microsoft. (Crédit : Microsoft) 

Donc, si le modèle de paiement de WVD est basé sur l’usage, Cloud PC sera un service à volonté. De manière imagée, on peut dire que le premier modèle de tarification sera plutôt du genre « cafétéria », et le second du genre « buffet à volonté ». Cloud PC s'appuiera sur les mêmes technologies que Windows Virtual Desktop, avec Azure comme base. Cependant, pour tenir compte des inévitables gloutons, Microsoft devra disposer de capacités de calcul et de stockage suffisantes pour servir ces nouveaux clients Cloud PC. Au final, il sera très intéressant de voir comment Microsoft fixera le prix du service.

De la gestion, mais pas de matériel

Nulle part dans l'offre d'emploi, Microsoft ne mentionne « Cloud PC » comme « dispositif en tant que service ». Un desktop-en-tant-que-service, alors ? Certes, mais les appareils sont introuvables. Il y a une raison à cela. Tout d'abord, un petit rappel historique : Microsoft dispose déjà d’un « device as a service » (DaaS) appelé Microsoft Managed Desktop, ou MMD. Il s'agit d'un DaaS classique incluant la fourniture de matériel selon un calendrier de remplacement défini, impliquant l’acquisition de nouveaux PC et la mise au rebut des anciens. L’offre a été dévoilée il y a près de deux ans par Microsoft. Dans le cadre de ce MMD, Microsoft prend également en charge la gestion des applications d'entreprise Windows et Microsoft 365 – ce sont en particulier les applications stockées localement, comme Word, Excel, PowerPoint, etc. - y compris la maintenance des PC avec mises à jour de sécurité mensuelles et mises à niveau semestrielles des fonctionnalités pour les applications Windows 10 et Microsoft 365. (D'autres fournisseurs DaaS promettent une gestion similaire, mais pour des raisons évidentes, Microsoft dispose d’un avantage sur ses concurrents).

Pour Microsoft, Microsoft Managed Desktop soulage les professionnels IT de leurs tâches de gestion. « MMD permet aux services IT des clients de se concentrer sur l’optimisation de l’activité et de laisser Microsoft gérer leurs ordinateurs desktop modernes », avait écrit Bill Karagounis, alors directeur général de MMD, lors de l’annonce du service le 17 septembre 2018. Il est clair que Cloud PC comprendra, au minimum, ce type de gestion. « Avec Cloud PC, l’idée de Microsoft est de proposer aux utilisateurs Microsoft 365 une expérience unique de traitement basée sur Azure et gérée par Microsoft », comme l’indiquait l’offre d’emploi (c'est notre confrère qui souligne). Si c’est le cas, Microsoft maintiendra les instances de VM pour les clients, en effectuant des mises à jour mensuelles de « qualité » (les Patch Tuesday) et les mises à jour de fonctionnalités une à deux fois par an, ainsi que, vraisemblablement, tous les autres correctifs pour les applications Windows 10 et Microsoft 365.

Des détails à renseigner

Rien que pour cela, le ticket d’entrée Cloud PC peut valoir le coup. « La Virtual Desktop Infrastructure (VDI) est comme un gros ranch avec beaucoup de bétail », a déclaré Wes Miller, analyste chez Directions on Microsoft, VDI étant le nom générique qui sert à désigner l’usage de machines virtuelles pour fournir des bureaux virtuels. « Il y a une tonne de possibilités de services quand il y a une machine virtuelle pour chaque utilisateur », a-t-il poursuivi. « Et donc, une tonne de travail pour l’IT dans un modèle de type Windows Virtual Desktop (WVD). D’après ce que je comprends de Cloud PC, Microsoft propose en sorte de gérer le ranch », a ajouté M. Miller. « Avec WVD, le traitement était déjà centralisé sur Azure, mais avec Cloud PC et la promesse de Microsoft de gérer les machines virtuelles, toute la complexité de VDI a été supprimée », a-t-il encore déclaré.

« Le choix d’un système par abonnement pour Cloud PC serait logique pour Microsoft », a encore convenu M. Miller, car cette étape colle bien à la façon dont Microsoft a présenté et vendu Windows. « Ce serait une évolution naturelle par rapport à la situation d'il y a 30 ans, qui a commencé par l’achat unique, puis l’assurance logicielle et enfin une version unique de Microsoft 365. Microsoft 365 fournit le service et le logiciel, et Cloud PC ajoute désormais une nouvelle couche d'abstraction qui élimine les frictions ».

Le PC devient une simple commodité

Bien sûr, l’utilisateur a toujours besoin d’un matériel, mais Windows Virtual Desktop - et donc Cloud PC - permet à un matériel non traditionnel d'exécuter Windows et des applications Windows. « Les utilisateurs doivent toujours exécuter une application Windows pour effectuer certaines tâches, mais ils veulent un meilleur facteur de forme », a avancé M. Miller. « Les ordinateurs portables et les iPads par exemple, n'ont pas besoin d'exécuter les applications de bureau Windows toute la journée, tous les jours ». Évidemment, Microsoft, n'a pas donné de détails sur Cloud PC, mais si le fournisseur compte s’appuyer sur WVD, comme l’indique cette offre d'emploi, alors les clients doivent s'attendre à ce que la disponibilité soit limitée, comme pour Windows Virtual Desktop. « Les applications Windows héritées auront toujours un rôle à jouer », a enfin affirmé M. Miller. « WVD et donc Cloud PC résolvent la question du manque de fiabilité du PC lui-même ».