« La France a-t-elle un train de retard sur la 5G industrielle ? ». Selon Marc Jamet, coordinateur national de la stratégie d’accélération 5G, « il faut accélérer, dégager des bonnes pratiques, des pistes de développement et des opportunités commerciales » pour ne pas être à la traine. Pour en débattre, la Direction générale des entreprises (DGE) a réuni différents acteurs industriels publics et privés. L’occasion de présenter les projets en cours de déploiement et échanger avec la communauté industrielle autour de la 5G et ses applications. L’évènement est surtout un moyen pour les entreprises de faire un retour d’expérience, attirer l’attention sur les points de blocage et lister leurs besoins à la filière. Le travail de la mission 5G industrielle impulsée par le Gouvernement s’est également invité au programme, afin de dresser un premier bilan 6 mois après la fin des travaux dirigés. Philippe Herbert (ancien président de la mission 5G industrielle) tire un bilan quelque peu nuancé.

Lancée le 19 octobre 2021, cette mission a été restituée sous la forme d’un rapport publié le 3 mars 2022. Pour Philippe Herbert, il est clair que « le marché de la 5G industrielle ne sera pas mature avant 2024 ». Il estime que la dynamique au niveau mondial est toujours expérimentale, à l’image de ce qu’il se passe en France. Le pays connaît en effet moins de projets concrets que d’autres pays moteurs (citons par exemple l’Allemagne ou le Japon). Ainsi, « le risque de retard dans les années à venir est réel en l’absence de mobilisation collective » estime-t-il. La mission a identifié par moins de 7 freins au déploiement de la 5G industrielle, auxquels le Gouvernement a répondu par 18 plans d’actions et une cinquantaine d’engagements concrets pris. Mais il n’y a pas que les chiffres qui comptent ici, il y a aussi la voix des entreprises utilisatrices.

Des recommandations à suivre attentivement

Parmi ses recommandations, la mission 5G évoque un point que beaucoup d’industriels ont mentionné : « élargir l’accès à des fréquences dédiées aux réseaux 5G privés pour les industriels afin de créer un appel d’air pour leurs projets ». Autre point qui apparaît en haut de la liste : « accompagner et accélérer le partager des cas d’usage de la 5G industrielle ». L’ancien président de la mission rappelle ainsi qu’« un certain nombre de sociétés ont démarré mais c’est encore petit, il faut attendre qu’une douzaine de sites soient en production en France ». Toutefois, il semblerait que l’Arcep ait pris pleinement conscience du problème puisqu’elle dresse elle aussi un bilan sur le sujet.

Suite aux conclusions et recommandations de la mission 5G industrielle, confiée par le Gouvernement à Philippe Herbert, l’autorité administrative a donc ouvert le 15 mars dernier un guichet d’expérimentations dans la bande 3,8 – 4,0 GHz. L'objectif : favoriser l’accès des industriels et des acteurs dits « verticaux » (collectivités locales, universités, laboratoires de recherche, etc.) à la 5G. Depuis son lancement, 13 autorisations d'expérimentations ont été délivrées par l'Arcep, couvrant des secteurs variés comme l’industrie, l’énergie ou encore la santé et ce, sur plusieurs sites géographiques, afin de prendre en compte l’ensemble du territoire national. Un tableau de bord regroupant ces données est également disponible et fait office de référentiel pour les entreprises qui souhaiteraient s’inspirer de projets existants.

L’Arcep veut guider au mieux les entreprises

Patrick Lagrange, chef de l’unité « fréquences et technologies » à l’Arcep, précise que les autorisations délivrées à l’avenir seront également ajoutées à ce tableau de bord. Il ajoute que « dès aujourd’hui, les entreprises ont la possibilité d’expérimenter la 5G en France » et qu’à terme, « cette bande devrait être harmonisée à l’échelle européenne pour ce type de réseau ». Il insiste sur la nécessité pour les acteurs de « se saisir de cette 5G industrielle et d’expérimenter ».

Depuis le site de l’Arcep, il est possible de visualiser les projets de 5D industrielle menés en France, en sélectionnant une catégorie d’usage expérimenté (mobilité connectée, IoT, ville intelligente, VR, télémédecine, etc.) et en choisissant une ville en France. (Crédit : Arcep)

Pour faciliter les démarches, l'Arcep invite les entreprises souhaitant disposer de fréquences à en faire la demande via le guichet d’expérimentations. Elle compte par ailleurs sur la mise en place d’un portail numérique pour simplifier les démarches d’accès aux fréquences, notamment des fréquences pérennes dans la bande 2,6 GHz TDD. « Cette bande reste aussi disponible aux autorisations expérimentales pour tester les cas d’usage avant de procéder à une demande pérenne » précise-t-elle.

Un déploiement à l’échelle compliqué 

Marc Jamet, coordinateur national de la stratégie d’accélération 5G, a fait un bref rappel sur les financements publics : « D’ici fin 2022, 480 millions seront engagés dans le développement de la 5G », ajoutant que d’ici 2025, l’enveloppe devrait être de 735 millions d’euros. Mais un point de blocage réside selon lui : le manque de cohésion des acteurs de la filière. « La 5G industrielle ne se développera pas sans l’aide des entreprises, et le soutien des filières notamment la filière Solutions industrie du futur ».

Le facteur humain reste en effet primordial dans le développement de la 5G pour les entreprises. Philippe Herbert n’a pas manqué de le rappeler : « Il y a aussi un manque de compétences autour de la 5G si l’on veut que cette technologie se développe à l’échelle. Il faut plus d’offres de formations maintenant et l’on pourra voir les premiers effets de ces dernières dès 2023 ». Il cite en exemple la mobilisation de certains acteurs comme la Banque des territoires qui soutient le campus FAB LAB, ainsi que le travail des opérateurs pour mettre en place ce réseau 5G.

Favoriser les partages d’expérience

Jean-Noël Barrot, Ministre délégué chargé de la transition numérique et des télécommunications, était également présent. « Depuis le plan de relance à l’automne 2021, pierre angulaire du plan France 2030, les cas d’usage sont divers, c’est la force de la 5G » note-t-il. Pour assurer une forme de continuité, plusieurs dispositifs sont donc mis en place par le Gouvernement, assure Jean-Noël Barrot. « 21 plateformes d’expérimentation des usages de la 5G ont déjà été soutenues dans le cadre de la stratégie d’accélération 5G sur tout le territoire national. Afin de capitaliser sur ces projets, le Gouvernement avec le CSF « Infrastructures numériques » lancent un dispositif d’animation de ces plateformes autour de clubs thématiques. Ces clubs auront pour mission de favoriser le partage d’expérience et la publication des résultats les plus prometteurs autour de feuilles de routes partagées » détaille le Ministre délégué chargé de la transition numérique et des télécommunications.

Un catalogue sera également disponible et recensera ces plateformes et les conditions d’accès à leurs infrastructures pour que des industriels ou des offreurs de solutions puissent y réaliser des tests. « Il faut que la mobilisation de toutes les entités pertinentes se prolonge afin que les promesses de cette 5G industrielle deviennent une réalité ». Des campus FAB LAB doivent voir le jour en parallèle, d’ici 2023. « Il s’agit de lieux dédiés à l’accompagnement de la mise en œuvre des projets industriels des entreprises » assure Jean-Noël Barrot, avant de conclure « La France n’est pas réellement en retard mais ne doit pas rater le tournant des deux prochaines années ».