« Pourquoi une jeune start-up en Israël s’intéresse-t-elle aux mainframes ? », nous a interpellés Dan Shprung, CRO de la jeune pousse Model9, lors d’un point presse début avril à Herzliya. Nous avions déjà discuté avec cet éditeur lors d’un précédent IT Press Tour virtuel en mars 2021 et l’occasion s’est présentée de le rencontrer de visu dans leurs nouveaux locaux au Nord de Tel Aviv. « Le marché des mainframes est encore très actif auprès des banques, de la grande distribution et des diffuseurs d’évènements sportifs, avec une progression de 10% tous les ans » assure Dan Shprung. « Le monde restera hybride pendant encore trente ou quarante ans et le mainframe a besoin de se connecter au cloud ». 

Quand Model9 parle de mainframes, il s’agit bien sûr de la plateforme Z d’IBM. Si des grands systèmes Bull GCOS, Fujitsu, HDS, NEC ou encore Unysis sont encore en service un peu partout dans le monde, leurs activités diminuent au profit de plateformes x86 ou cloud. « Il y a un besoin sur le marché pour ouvrir la plateforme mainframe et, comme nous, BMC et Broadcom s’y attellent. C’est un véritable challenge », nous a expliqué Gil Peleg, CEO et fondateur de Model9. Ce dernier affiche une connaissance pointue des environnements z/OS avec plusieurs années chez IBM, VeNotion Technologies et Discount Bank.  « Notre focus sur le mainframe est unique, car à la différence de nos concurrents, nous ne faisons que ça ».

Baisser le coût du stockage sur les mainframes 

Dans le monde des mainframes, Model9 a commencé par adresser les sujets de stockage avec le back-up, l’archivage, et la restauration en mode cloud.  « Nous installons un agent sur le mainframe pour réaliser la sauvegarde des données en utilisant les ressources des puces Ziip », nous a indiqué le CEO. Model9 Manager sauvegarde les données sur une plateforme de stockage objets sur un réseau local, une solution cloud privée utilisant le protocole S3, ou bien encore sur AWS S3, Azure Blob ou Google Cloud Storage. 

 

Model9 met avant la baisse du coût du stockage avec sa solution en mode objets. (Crédit S.L.)

« Tous les nouveaux back-ups vont dans le cloud et ensuite la migration des archives prend un peu plus de temps (jusqu’à 5 mois) ». La parallélisation et la compression des données permet de réaliser plus rapidement la sauvegarde depuis le stockage primaire. « IBM ne compresse pas les données pour économiser des cycles CPU (Mips). Nous n’avons pas cette limite, nous utilisons autant de CPU que nécessaire, puisque nous travaillons avec les processeurs Ziip, dédiés à Java et IBM ne charge pas les Ziip », a précisé le dirigeant. L’accès au cloud s’effectue sans passer par des solutions propriétaires (bande ou disques durs VTL) pour assurer la sauvegarde des données en mode objets. Pour mettre en avant sa solution de sauvegarde Manager, Model9 met en avant sa souplesse d’utilisation et une réduction importante du budget alloué (voir tableau ci-dessus)

Avec Shield, Model9 entend rassurer les entreprises qui migrent les données de leurs mainframes dans le cloud. (Crédit S.L.) 

Cette proposition initiale, baptisée Manager, est aujourd’hui complétée par deux autres offres : Shield et Gravity. La première vient protéger les copies de données, tandis que la seconde déplace les données du mainframe vers le cloud et là, les transformer et les charger dans des data warehouses et des pipelines AI/ML. Avec Shield, la start-up lutte également contre les ransomwares en analysant la structure des données. Pour Gravity,  Dan Shprung  souligne que « nous sommes centrés sur les données, du point de vue stratégique, et si vous les avez dehors sur une plateforme plus ouverte, vous pouvez les exploiter avec différents outils analytiques ». Une fois les données dans le cloud, elles sont  exploitables par tous les ingénieurs logiciels sans utiliser les puces d’IBM qui vient d’ailleurs d’annoncer des capacités de traitement IA dans ses processeurs Telum de ses Z16. « Le code de Model9 est écrit en Java, nous sommes partis de zero. Nous n’avons donc pas de problème d’héritage et inutile de payer des Mips à IBM pour assurer des traitements analytiques sur Snowflake ou Databricks. Le zero mainframe ressource est nécessaire pour exploiter et analyser les données en IA et ML. C’est le modèle adressé par Model9 », nous a confié le CEO de la jeune pousse. « Un client ne pouvait analyser que 22 tables DB2 en local, il est passé à 2000 tables aujourd’hui avec un passage sur AWS et Snowflake.

 

Pour assurer des traitements analytiques, Model9 s'affranchit des ressources mainframes locales au profit des acteurs dans le cloud. (Crédit S.L.)

Après Accenture, DXC et Infosys, Model9 vient de nouer un partenariat avec Kyndryl. A noter que ce dernier était très sceptiques au départ. Il n’y a cependant aucune relation avec Red Hat, qui propose depuis peu z/OS Cloud Broker : des services et ressources basés sur z/OS dans OpenShift pour prendre en charge la création, la modernisation, le déploiement et la gestion des applications, des données et de l'infrastructure. « La plateforme OpenShift de Red Hat n’était pas encore très axée sur les mainframes, IBM prend toujours du temps pour se retourner et nous sommes beaucoup plus agiles », a précisé le CEO. « IBM a déjà essayé de moderniser sa plateforme Z en introduisant le support de Java pour développer des applications dans un environnement sécurisé. Ils font la même chose aujourd’hui avec le support des containers ». 

Parmi les derniers projets de Model9, citons des clients qui désiraient plusieurs copies de jeux de données. Une banque nordique voulait par exemple sortir des données de Finlande vers l’Allemagne pour des questions de sécurité et de tensions avec la Russie. L’enjeu est d’éviter les dommages de la cyberguerre.  « Quelques fois nous sommes en compétition avec IBM pour la partie software seulement, nous ne vendons pas de mainframes. Comme avec France Galop, qui désirait gagner en souplesse et réduire les frais de fonctionnement », explique le CEO. Un POC est aussi en cours de réalisation avec Scality en France. Il s’agit d’une banque qui désire passer 6 Po de données sur le cloud avec le concours de Model9. « Ils n’ont pas d’autres alternatives », assure Gil Peleg.  Interrogé sur support des AS/400 d’IBM, le CEO botte en touche en indiquant qu’un peu plus tard peut être. « Nous n’avons pas assez de ressources, nous désirons tout d’abord être les meilleurs sur le mainframe ». Précisons pour conclure, que Model9, fondé en 2016, indique avoir triplé ses revenus entre 2020 et 2021. « Nous avons des références, des partenaires, c’est aujourd’hui beaucoup plus facile de vendre notre solution ».