C'est un secret de polichinelle qui prend une tournure concrète malgré l’échec du rachat d’Arm. Alors que le CEO de Nvidia, Jensen Huang, confirmait récemment à Taïwan un partenariat stratégique avec MediaTek pour le développement de PC IA, des fuites issues de la chaîne d'approvisionnement de Lenovo valident désormais le calendrier de commercialisation. Selon des documents internes du fournisseur chinois, le géant de Santa Clara s'apprête à inonder le marché dès ce printemps avec ses premiers processeurs ARM pour Windows, désignés sous les noms de code N1 et N1X. Cette initiative marque la tentative la plus ambitieuse de la firme pour pénétrer le marché des PC,  jusqu'ici dominé par l'architecture x86. Les puces, gravées en 3 nm par TSMC, ne sont pas de simples prototypes : huit modèles d'ordinateurs portables issus de grands OEM sont déjà dans les tuyaux pour une sortie au premier trimestre 2026, avec une extension de la gamme prévue au trimestre suivant. 

Une architecture hybride ARM et Blackwell 

Sur le plan technique, la plateforme N1 s'annonce redoutable. Elle repose sur le die GB10 de Nvidia, une puce déjà éprouvée dans la mini station de travail DGX Spark (livrée avec un distribution Linux). Les spécifications révélées font état d'un processeur ARM doté de 20 cœurs, couplé à une partie graphique intégrant 6 144 unités de traitements Cuda basés sur l'architecture Blackwell. Pour donner un ordre d'idée de la performance attendue, ce nombre d’unités graphiques équivaut à celui d'une carte GeForce RTX 5070. Les benchmarks internes cités dans les rapports indiquent que le GPU intégré (iGPU) délivre des performances similaires à celles d'un GPU intégré RTX 4070 pour laptop, tout en affichant une consommation énergétique réduite de moitié, selon une source proche de Nvidia. 

L'écosystème OEM semble prêt à suivre. Les documents de support de Lenovo mentionnent explicitement six références intégrant ces SoC, couvrant l'ensemble du spectre utilisateur : de l'ultraportable grand public (IdeaPad Slim) aux stations créatives (Yoga Pro, Yoga 9), en passant par le segment gaming. Un modèle Legion 7 15N1X11 a même été repéré dans les outils de maintenance du constructeur chinois, préfigurant ce qui pourrait être la première véritable machine de jeu performante sous Windows on ARM. De son côté, Dell ne reste pas inactif et prépare l'intégration du processeur N1X au sein de ses gammes premium XPS et gaming Alienware. 

Microsoft étroitement associé pour Win11

Le report du lancement, initialement espéré pour le Computex 2025, semble avoir été mis à profit pour aligner le matériel avec la feuille de route logicielle de Microsoft. Les puces sont conçues pour tirer parti de Windows 11 26H1, une mise à jour de l'OS spécifiquement optimisée pour la prochaine génération de silicium ARM de Nvidia et Qualcomm. L'arrivée de Nvidia sur ce segment intervient alors que Qualcomm pousse ses pions avec son Snapdragon X2 Plus (80 TOPS de performance IA), annoncé au CES 2026. Avec des analystes prévoyant que l'architecture ARM pourrait capter près de 30% des livraisons de PC d'ici la fin de l'année, la bataille du silicium ne fait que commencer. Nvidia voit d'ailleurs déjà plus loin : une série N2 est d'ores et déjà planifiée pour le troisième trimestre 2027.