Nvidia et Siemens s'associent pour permettre aux entreprises manufacturières de construire plus facilement des jumeaux numériques photoréalistes de leurs produits et processus de production, et de visualiser et manipuler ces jumeaux en temps réel. « Tout ce que nous construisons dans le monde réel devient si complexe : nous ne pouvons pas imaginer construire ces choses sans les simuler d'abord dans le monde numérique et virtuel », a déclaré Rev Lebaredian, vice-président de la technologie Omniverse et de simulation chez Nvidia. Le fournisseur de composants s'est fait un nom en concevant des puces capables d'accélérer de façon spectaculaire certains types de calculs - ceux impliqués dans le rendu de modèles 3D, par exemple -, mais s'est récemment lancé dans le développement de logiciels.

L’entreprise propose désormais des cadres d'application afin que les entreprises exploitent les masses de ses GPU et DPU pour accélérer des tâches de supercalcul telles que la découverte de médicaments, la planification de réseaux radio, l'apprentissage de modèles d'usinage ou la simulation 3D. De son côté, Siemens Digital Industries Software, une filiale du conglomérat industriel allemand Siemens, vend des logiciels à cheval sur les mondes de l'informatique et de l'OT (technologie opérationnelle), notamment des outils de développement de logiciels low code (Mendix) et de gestion de l'IoT (MindSphere) qui peuvent être familiers aux DSI, et une foule d'autres pour la conception électronique, la fabrication, la gestion du cycle de vie des produits et la simulation.

Xcelerator en pleine croissance

Nvidia rejoint l'écosystème de partenaires de Siemens Xcelerator, le portefeuille de matériel, de logiciels et de services numériques ouverts et interopérables liés à l'IdO de l'entreprise. Xcelerator a connu une lente croissance, mais l'ajout de Nvidia à l'écosystème va accélérer ce processus. « Nous avons déjà 50 partenaires certifiés », a déclaré Peter Koerte, directeur de la technologie et de la stratégie de Siemens. « Maintenant, vous pouvez dire, 'Seulement 50?' mais nous avons un écosystème de plus de 4 000 aujourd'hui, et beaucoup d'entre eux seront également certifiés, s'ils remplissent les conditions pour participer à Xcelerator. Nous allons étendre ce programme au fil du temps, afin de créer de nouveaux partenariats ».

Un autre élément de Xcelerator sera une marketplace de logiciels, où les entreprises pourront trouver des vendeurs et des intégrateurs capables de mettre au point une solution complète autour des logiciels Siemens. Au départ, il s'agira de 400 offres dans quatre domaines : l'immobilier, les services publics, les soins de santé et les produits pharmaceutiques, a précisé M. Koerte. La marketplace Xcelerator n'est pas - ou du moins, pas encore - un magasin en ligne où les acheteurs peuvent déposer les logiciels et les services dont ils ont besoin dans un panier et les télécharger. Selon M. Koerte, Siemens n'a pas l'intention de monétiser directement la marketplace, mais considère plutôt que son rôle est d'aider à négocier des accords. « Si un client vient nous voir et souhaite vraiment que plusieurs éléments d'une solution soient achetés, ... nous facilitons cela ».

La naissance d’un métavers industriel

L'un des premiers signes de l'implication de Nvidia dans l'écosystème Xcelerator sera la connexion de la plateforme Omniverse de Nvidia pour la conception et la collaboration 3D avec la plateforme logicielle de Siemens pour permettre ce que Tony Hemmelgarn, CEO de Siemens DIS, a appelé « le métavers industriel ». Des logiciels tels que Siemens Process Simulate produisent déjà des rendus de ce à quoi ressemble une chaîne de production en fonctionnement, de sorte que les ingénieurs de fabrication peuvent tester les séquences d'assemblage et vérifier les possibilités de collision.

Les équipes pourront se rencontrer et collaborer dans l'environnement virtuel photoréaliste en temps réel de Nvidia Omniverse. (Crédit : Siemens/Nvidia)

Pour les entreprises qui utilisent les deux plateformes, le résultat sera une amélioration spectaculaire de la fidélité des rendus de jumeaux numériques, de ceux produits par Siemens Process Simulate (ci-dessus à gauche) à ceux produits en temps réel par Nvidia Omniverse (ci-dessus à droite). Selon M. Lebaredian de Nvidia, cela peut être plus important dans l'industrie qu'on ne le pense : « Souvent, les gens pensent que c'est juste agréable à avoir : Faire de belles images est divertissant, ou peut-être superficiel. Mais la réalité est que lorsque vous construisez un objet réel, vous voulez vraiment savoir comment il va se présenter, se sentir et être perçu ».

« Représenter le réel avec la représentation virtuelle »

Dans d'autres cas, une simulation photoréaliste peut être l'objectif final, et non le moyen : un bac à sable dans lequel on peut tester quelque chose virtuellement. Il est beaucoup plus sûr et plus économique de tester le logiciel des voitures autonomes dans un environnement virtuel, par exemple, que de le lâcher sur des routes réelles, enveloppé de deux tonnes d'acier et de silicium. « Si nous voulons construire des IA réellement intelligentes et capables de fonctionner dans le monde réel, nous devons leur fournir des données sur le monde réel, leur donner une expérience de la façon dont le monde se présente. Si nous ne pouvons pas simuler cela avec précision et le faire correspondre correctement, nos IA n'auront jamais la moindre chance de comprendre réellement le monde », a déclaré M. Lebaredian.

Tony Hemmelgarn a par ailleurs suggéré que le rapprochement avec la plateforme Omniverse de Nvidia serait idéal pour une entreprise concevant des yachts de luxe avec le logiciel de Siemens. « Je pourrais travailler sur la conception du navire et avoir une scène montrant le navire en mer. Je pourrais voir tous les meubles et tout ce qui se trouve sur le navire. Si je veux apporter des modifications à l'ajustement, au style, à tout ce qui s'y trouve, je peux le faire en temps réel. Et je peux apporter ces changements avec beaucoup plus de confiance au client, car il peut alors voir exactement ce qu'il obtient. L'intérêt est de savoir dans quelle mesure la représentation virtuelle peut représenter le produit réel », a-t-il déclaré. Dans d'autres situations, cependant, ce rendu en haute définition sera une sorte de luxe, et ne sera pas strictement nécessaire pour effectuer le type de contrôles de collision nécessaires, par exemple, pour s'assurer qu'un yacht peut prendre la mer sans avoir à démonter un pont.