Financée par AMD, Intel Capital, Koch Disruptive Technologies, Nvidia, Softbank, Viola Ventures et WD, Pliops s'efforce de rendre plus efficace le stockage des centres de données. « Nous avons pris Nvidia comme modèle ; ils se sont positionnés sur l’accélération des traitements IA, nous faisons de même avec les données », nous a expliqué Uri Beitler, le CEO de la start-up, lors d’un IT Press Tour en Israël. Comme nous vous l’avons déjà expliqué, la jeune pousse Pliops fondée en 2017 a développé une carte PCIe XDP (Extreme Data Processor) équipée d’un PSP (Pliops Storage Processor) travaillant avec les GPU et les DPU pour soulager les contrôleurs dédiés des serveurs et baies de stockage. « Notre puce ressemble à un DPU, mais ce dernier est plutôt concentré sur le réseau, alors que nous visons le stockage. Nous sommes complémentaires aux DPU en fait, puisque nous n’avons aucune capacité en réseau », avoue le CEO.

Se substituant aux contrôleurs, la carte XDP de Pliops vient accélérer certaines fonctions logicielles afin d'optimiser l’indexation des bases de données transactionnelles, les analyses en temps réel, les applications edge et le software-defined storage. Selon le fournisseur, si les opérations de stockage basées sur des logiciels remplissent des fonctions essentielles pour presque toutes les bases de données, le software-defined storage et les traitements analytiques, elles entraînent des problèmes en lecture, en écriture et dans la gestion de l’espace disponible avec les SSD. « Nous constatons un gaspillage de la capacité de stockage sur des structures internes inefficaces », indique le dirigeant. « Nous avons installé notre solution chez un client et nous lui avons apporté un meilleur usage des cellules des SSD en répartissant les données de manière sérialisée ». Ce qui contribue également à augmenter la durée de vie des SSD. Les bases de données transactionnelles/temporelles, les opérations analytiques en temps réel, les applications IoT/edge et SDS ont des tailles de stockage variables inférieures à la taille typique (4K sur les SSD) ; par conséquent, toutes souffrent de l'inefficacité causée par cet usage des blocs pour l’enchaînement des placements. Au lieu d'une taille unique, la carte XDP gère nativement des objets de différentes tailles, en les emballant et en les mappant de manière contiguë à des blocs SSD standard. « Nous implémentons les blocs comme des Key Value », nous a indiqué le CEO.

Bientôt en PCIe 5.0 

Les cartes PSP peuvent être installées sur des serveurs existants et utilisées pour éliminer les couches de gestion des bases de données, des fichiers, des blocs et du stockage accumulées pendant des décennies par les architectures héritées. « En mode bloc, nous constatons un niveau d’abstraction beaucoup trop élevé, et on ne sait plus où sont les données », précise le dirigeant. Avec PSP, les entreprises peuvent augmenter les performances et la capacité de stockage sans avoir à modifier la plupart des logiciels d'application utilisateur, assure la start-up.

La carte XDP de Pliops avec son processeur maison baptisé DSP. (Crédit S.L.)

Interrogé sur l’évolution de sa carte XDP, aujourd’hui équipée d’une interface PCIe 3.0, Steve Fingerhut, CBO chez Pliops, nous avait répondu qu’une seconde génération de type PCIe 4.0 était en cours de finalisation. Et devant notre étonnement - et la précision que l’interface PCIe 5.0 était arrivée sur les serveurs Intel Xeon et AMD Epyc – le CTO de Pliops Moshe Twitto est intervenu un peu plus tard pour préciser que la prochaine génération de cartes XDP serait en fait équipée d’une interface PCIe 5.0. La question est loin d’être anodine, car la bande passante attendue avec cette dernière évolution est de 64 Go/s contre 16 pour le PCIe 3.0 et 32 pour le PCIe 4.0. Avec sa première génération de carte, Pliops annonce des performances de 3,2 millions d'IOPS en lecture aléatoire et 1,2 million en écriture aléatoire avec la capacité de stocker jusqu'à 128 To de données sur un SSD de 64 To grâce à la compression. Avec sa seconde génération de carte, la société compte supporter les SSD de 128 To. Précisons que Pliops supporte les SSD flash QLC (4 bits/cellule), ainsi que les lecteurs Intel Optane.

La carte XDP de Pliops est similaire à un DPU, mais elle ne prend pas en charge le traitement des paquets IP. (Crédit S.L.)

Des OEM en cours 

Si Pliops vient de signer un contrat OEM avec un mystérieux acteur américain, il travaille déjà avec Inspur depuis mi-2021, et compte Pure Storage et des fournisseurs de SSD parmi ses partenaires. Une collaboration avec Nvidia a également été engagée avec un lien entre des SSD NVMe pilotés par un contrôleur XDP et des smartNIC BluefIeld pour réduire le coût des serveurs hôtes. Des lecteurs NVMe contrôlés par une carte XDP peuvent également être associés à la plateforme HPC DGX-A100 de Nvidia comme le font déjà Pure Storage, DDN ou VAST Data. Signalons que Pliops a jusqu'à présent levé 115 millions de dollars, avec un dernier tour de table s'élevant à 65 millions de dollars l'année dernière. Si Western Digital figure parmi les investisseurs, il utilise également des cartes XDP en interne avec une base de données Redis. La carte XDP est commercialisée au tarif de 5 799$ HT avec bien sûr une réduction en fonction du volume commandé. Des partenariats sont en cours de finalisation dans le channel en France et en Allemagne, avec comme cibles les secteurs des fintechs et de la grande distribution.