Comme le dit le vieux truisme IT, personne n’a jamais été viré de son entreprise pour avoir fait le choix d’IBM. A l’ère du cloud, beaucoup commencent à appliquer la même logique à un autre fournisseur bien connu, Microsoft. Pour les entreprises ayant une empreinte Microsoft étendue - couvrant Office, Windows, Dynamics, Outlook et autres applications populaires - se tourner vers les services Azure dans le cadre d’une stratégie cloud peut certainement constituer la voie la plus aisée à emprunter, en tout cas celle où elles rencontreront le moins de résistance. « Si vous devez aller vers le cloud avec des ressources limitées, il est plus sûr d’y aller avec Microsoft et d’utiliser de nombreux outils que vos employés connaissent déjà », pointe Carla Arend, directrice de programme senior pour le logiciel et l’infrastructure chez IDC en Europe.

Alors qu’Amazon Web Services reste clairement le leader du marché pour l’infrastructure cloud, l'éditeur de Redmond réduit la distance qui le sépare du 1er fournisseur mondial de services cloud. Les effets persistants de la pandémie l’aident à gagner du terrain. En janvier dernier, lors de la présentation des résultats financiers, le CEO de la firme Satya Nadella a insisté sur le chiffre d’affaires record de 16 milliards de dollars réalisé dans le cloud, ce qui représente un bon de 34% par rapport à l’année précédente. Cela inclut les ventes d’Office 365 et d’autres applications d’entreprise. Selon Synergy Research, au 4ème trimestre 2020, Azure a atteint 20% de part du marché de l’infrastructure cloud, contre 10% en 2017, tandis que la part d’Amazon Web Services est restée autour de 32-34%.  

Profiter de la confiance établie

La capacité de Microsoft à tirer parti de son écosystème de partenaires pour vendre Azure l’a aidé à faire croître sa division cloud pour en faire l’un des principaux fournisseurs du marché. « La capacité numérique est essentielle, à la fois à la résilience et à la croissance », a commenté Satya Nadella. « Il ne suffit plus d’adopter la technologie. Les entreprises ont besoin de bâtir leur propre technologie pour être compétitive et pour croître. Microsoft conduit ce changement avec la plateforme cloud la plus grande et la plus complète au monde ». Même si le CEO prêche pour sa paroisse avec enthousiasme, il y a du vrai dans ce qu’il dit de la place de Microsoft dans le cloud. Les profondes racines que l'éditeur de Redmond a enfoncé dans l’entreprise, principalement autour de technologies s’adressant aux utilisateurs, séduisent certainement les structures de taille moyenne qui ont peut-être pris du retard dans leurs stratégies numériques et qui recherchent un partenaire de confiance pour les aider à accélérer leur utilisation du cloud.

Microsoft a mis en place des certifications et beaucoup investi pour instaurer cette confiance, estime Carla Arend, d’IDC. « Ce sentiment de confiance était absolument essentiel », confirme Andrew Proctor, vice-chancelier adjoint pour le numérique à l’Université du Staffordshire qui a décidé en 2017 d’aller entièrement sur Azure dans le cadre d’un large partenariat. « C’était une décision stratégique à un niveau exécutif qui était basée moins sur la technologie que sur l’opportunité que cela représentait pour nous », a-t-il indiqué. L’Université du Staffordshire dans le Nord de l’Angleterre possède un héritage technologique important, avec un département informatique important, un institut numérique dans le Queen Elizabeth Olympic Park à Londres. Elle a été la première université à proposer un diplôme dans le domaine du e-sport. Lorsqu’elle a pris sa décision d’aller sur Azure, Microsoft était déjà bien implanté dans le secteur de l’éducation au Royaume-Uni. L’Université a donc décidé de développer ses futures capacités autour du fournisseur et de ses partenaires. « Nous avons examiné de manière stratégique la manière dont nous pourrions établir une plateforme de transformation et travaillé avec Microsoft pour le faire », a expliqué Andrew Proctor. « Il y a toujours cette familiarité inhérente aux produits Microsoft au sein d’une équipe informatique, cela a donc aidé à la migration ».

S'appuyer sur les compétences acquises

Les entreprises et administrations qui ont un existant important et s’engagent dans une mutation numérique verront Microsoft comme le moins perturbant car ils disposent déjà de compétences, de partenariats et de relations commerciales, constate Carla Arend, d’IDC. Cela a certainement été le cas de Maersk, le géant danois du transport maritime, qui a engagé résolument sa transition dans le cloud depuis 2016 dans le cadre d’un changement organisationnel plus large pour devenir un groupe logistique plus intégré. Sur le versant architecture, cela signifiait passer de configurations largement installées sur site, chaque business unit ayant son propre datacenter, pour devenir une entreprise plus centralisée faisant passer le cloud au premier plan. « Une grande partie des compétences acquises à cette époque étaient basées sur Microsoft, à la fois côté serveurs et Azure, ainsi que sur les outils et les techniques de développement de Microsoft, il avait donc là une adéquation naturelle », a expliqué Will Wigmore, responsable de l’architecture d’entreprise chez Maersk. Environ un tiers de toutes les charges de travail de l’entreprise s’exécutent désormais dans le cloud Azure, à la fois sur les services IaaS et PaaS. Cela inclut un projet majeur de migration d’un système SAP Hana existant que Maersk veut porter sur l’infrastructure Azure. 

Aller vers Azure étape par étape 

Les premières étapes vers le cloud Azure ont tendance à prendre la forme d’une mise à niveau vers un système Microsoft existant, tel qu’Active Directory ou une application Dynamics qui sont déplacés vers le cloud. Cela donne à Microsoft un point d’entrée que ses concurrents n’ont pas, soit en aidant un client à s’engager dans le cloud en allant vers une application SaaS ou en fournissant un PaaS Azure pour que les développeurs puissent créer ou restructurer des applications. « Pour les entreprises déjà clientes de Microsoft, c’est plus simple », explique Paul Miller, analyste principal chez Forrester Research. « Si vous êtes une organisation IT très structurée, il n’y a pas aucun moyen pour un développeur de pouvoir tester AWS lui-même. Cela doit passer par un processus de mise à disposition centralisé ». Cela donne à Microsoft un énorme avantage intrinsèque.

« L’acheteur a changé », confirme Ed Anderson, vice-président de la recherche chez Gartner. « AWS s’est bien adapté dans cette phase d’adoption précoce où les clients étaient plus disposés à adopter de nouveaux modèles. Aujourd’hui, ce n’est pas typiquement le profil de l’acheteur qui est plus conservateur et veut aller dans le cloud de façon plus incrémentale. Microsoft a bien commercialisé cela ». 

Utiliser l'hybride et le multicloud

Pour les entreprises de taille moyenne, Microsoft a également fourni des rampes d’accès pour se familiariser avec ses services. Contrairement à AWS, qui a longtemps freiné sur le cloud hybride, et Google Cloud, qui n’a pas jamais eu pour l’instant la même force de vente en entreprise que ses concurrents, Azure a longtemps aidé ses clients à exploiter les applications à l’endroit où ils voulaient le faire. Cela donne aux clients un point d’entrée vers le cloud et une bonne raison de rester à long terme avec azure, même s’ils reconsidèrent le fait de mettre tous leurs oeufs dans le même panier. Ainsi, après avoir tout passé sur Azure en 2017, l’Université de Staffordshire a depuis adopté une approche multicloud avec quelques usages sur AWS, afin de se protéger du verrouillage que peut exercer un fournisseur trop présent. Mais elle conserve une partie significative de sa pile cloud sur Azure. De la même façon, Maersk a une stratégie multicloud. Le transporteur maritime exécute différentes charges de travail avec son partenaire de longue date IBM et aussi sur Google  loud. Mais la plupart de son adoption cloud est conduite par un partenariat stratégique de 5 ans avec Microsoft Azure, qui court jusqu’à 2022.  

Le lancement d’Azure Stack en 2016 permet aux clients d’utiliser un ensemble de ressources dans le cloud de Microsoft, mais depuis le confort de leur propre datacenter. Azure Stack permet aux organisations plus conservatives d’aller plus lentement vers le cloud en identifiant les charges de travail les plus appropriées pour aller dans le cloud public proprement dit. Microsoft a continué à bâtir sur cette approche en 2019 en lançant Azure Arc, destiné à aider les clients à gérer à la fois les ressources on-premise et conteneurisés à la manière du cloud, de la même façon que Google Cloud le fait avec Anthos. AWS s’est également engagé dans cette direction, mais s’est arrêté avant la prise en charge complète du multicloud. Microsoft a également rencontré du succès avec des offres spécifiques à certains secteurs d’activité, comme la santé et la distribution de détail, avec l’objectif de faciliter l’adoption cloud dans ces secteurs avec la même approche incrémentale.

Amazon, un concurrent pour certains secteurs

Un autre facteur, moins affiché mais bien réel, aide Microsoft dans ses relations avec certains secteurs, la distribution de détail justement ou encore la logistique; C’est le fait que ces entreprises voient Amazon comme un concurrent prédateur. Au fur et à mesure que les ambitions du PDG d’Amazon l’amenaient à développer de nouveaux marchés, les conseils d’administration des entreprises menacées par ses objectifs ont donné comme instructions à leurs services informatiques d’éviter, dans la mesure du possible, d’éviter de recourir aux services d’AWS. C’est que rappellent les auteurs du Magic Quadrant 2019 de Gartner sur le marché IaaS. Si l’on prend l’exemple de Maersk. « Si nous revenons à 2017, nous ne savions pas si Amazon était un ami ou un ennemi en termes d’activité logistique sur la chaîne d’approvisionnement », reconnaît M. Wigmore.

Suivant l’interlocuteur à qui l’on s’adresse, AWS et Microsoft sont clairement les leaders du marché cloud aujourd’hui et ils le seront encore dans un avenir prévisible. Ce qui est claire, c’est que les différents niveaux de familiarité et d’expertise que Microsoft peut apporter à ses clients permettent à ceux-ci de disposer d’une couverture de confort grandement appréciées par les organisations les moins enclines à prendre des risques. Non seulement, cela met Microsoft en bonne position pour lancer la prochaine vague d’adoption cloud, mais cela suggère un changement de position du point de vue des acheteurs, qu’il s’agisse des développeurs ayant accès à des crédits clouds, des architectes ou des CIO, avec une stratégie clairement définie qui s’intégrera parfaitement dans le plan directeur de Microsoft.