LMI. Vous êtes directrice des solutions numériques du département de Loire-Atlantique et également depuis le 30 mars 2021 présidente d'ADN Ouest, une association que vous connaissez bien pour en être membre depuis 2015 déjà. Quelles sont vos premières impressions suite à cette nomination. 

Safia D'Ziri. Je fais partie du conseil d'administration depuis 2015 et j'avais en charge ce que l'on appelle classiquement la stratégie digitale, donc j'ai mené la refonte du site web et puis aussi j'ai accompagné une réflexion autour de la stratégie de marque de cette association qui a vu une croissance assez phénoménale ces 4 dernières années sous l'égide de son président, Monsieur Moreau, que je remplace. Par rapport à ma nomination, j'ai postulé et j'ai accepté aussi l'invitation de Monsieur Moreau à prendre sa suite pour une raison très simple. Pour favoriser l'image des femmes dans le numérique et lutter contre les stéréotypes. Comme vous le savez sûrement aujourd'hui, 50% des femmes sont dans le monde de l'emploi, mais ne représentent que 17% dans le secteur du numérique, très loin de la mixité qui est autour de 30%. La mixité c'est un sujet pour lequel aussi j'ai travaillé au sein de l'association au travers d'actions comme des séminaires de sensibilisation. Et donc tout naturellement ADN Ouest qui est une association très humaniste et qui traite de ces sujets-là souhaitait aussi féminiser le conseil d'administration. Là je dirais qu'avec ma nomination en tant que présidente, c'est un aboutissement d'une longue réflexion et d'une longue démarche. 

Quelles vont être les actions menées pour promouvoir cette diversité et faire que cela soit une réalité ?

Le fait d'en parler, c'est déjà une première action. Ensuite, plus concrètement, les actions que l'on mène à ADN Ouest vont être en faveur du jeune public, parce que finalement ce que l'on perçoit c'est que le problème n'est pas forcément au niveau des entreprises qui souhaitent recruter dans leur secteur autant de femmes que d'hommes, mais plutôt à la sortie des écoles. Et donc au moment du choix de la filière, le numérique a encore une image de quelque chose de très technique, très geek et très masculin et il faut changer cette image. Donc par exemple, on organise des stages de code pour faire découvrir ces métiers. C'est une action qui s'appelle girls coding à destination des lycéennes pour leur apprendre à coder. On organise aussi un safari des métiers sur le territoire des Pays de la Loire et Bretagne pour faire découvrir les différents métiers. On a des actions dans les salons vis-à-vis de cette cible notamment. 

Par rapport aux actions menées, il y a également des chantiers en cours, que ce soit sur la résilience digitale, l'inclusion solidaire, l'innovation, l'entrepreneuriat... Est-ce que l'on peut en savoir plus sur ces actions qui s'inscrivent dans un plan stratégique 2025. 

Oui je vais vous en parler : il y a notamment 2 axes qui me tiennent à coeur en l'innovation et la solidarité. ADN Ouest a créé un fonds de dotation qui permet de soutenir des projets d'intérêt général qui utilisent le numérique afin d'avoir un impact positif sur le territoire. Et qui visent à favoriser l'inclusion et l'émancipation des personnes. Depuis sa création une vingtaine de projets ont été soutenus et on a lancé pour la première fois en juin dernier un appel à projets dans ce domaine grâce à un nombre d'entreprises mécènes très important. C'est un volet que l'on veut continuer à développer, notamment en incluant du mécénat de compétences. Aujourd'hui, on sollicite les entreprises pour l'aspect financement et là on va s'ouvrir au mécénat de compétences. C'est un point vraiment qui me tient à coeur parce qu'en tant que professionnel du numérique je suis vraiment convaincue qu'associer numérique et solidarité, c'est essentiel. Même si numérique est quasiment incontournable, il y a encore vraiment des pans entiers de la société ou c'est un facteur d'exclusion ? Et donc j'aimerais plutôt que l'on soit plutôt un fabuleux vecteur d'émancipation.

Sur l'aspect innovation, on a créé ce que l'on appelle un accélérateur, ADN Booster, qui permet d'accompagner les start-ups du territoire dans une aventure entrepreneuriale riche et personnalisée pendant 6 mois où on leur fait en gros une quinzaine d'audits qui peuvent prendre la forme d'ateliers, de workshops, d'événements... Et aussi de pouvoir s'intégrer durablement dans l'écosystème, c'est vraiment cela notre objectif. Sur cette question de l'innovation, au-delà de l'aspect accompagnement des start-ups, on veut améliorer l'accès au financement dans le Grand Ouest. Et notre ambition aussi sur l'innovation, c'est de créer des learning expedition pour nos adhérents, qui sont au nombre de 600 en croissance importante même en 2020 avec le la crise du Covid. On veut en profiter pour tirer les enseignements de la crise, ouvrir des tiers lieux et augmenter notre part de distanciel qui était d'un tiers pendant la crise, mais j'aimerais que l'on monte à 50%.

Vous annoncez monter la part de distanciel à 50% ce qui est assez important, mais cela ne risque-t-il pas de se faire au détriment des relations physiques qui sont quand même dans l'ADN d'ADN Ouest ? 

L'idée, c'est d'y aller progressivement, mais je pense que l'on va plutôt remplacer du physique par du distanciel. Même si on peut constater une certaine lassitude vis-à-vis des visioconférences, on a enregistré des taux de participation importants et voir des adhérents qu'on ne voyait pas forcément sur place puisque pour les événements il faut s'y rendre, cela prend du temps dans l'agenda. Et donc une certaine population de nos adhérents qui ne pouvait pas forcément venir tout le temps, s'y retrouve avec les visioconférences. Donc je pense que l'on va d'abord dans un premier temps remplacer certains événements présentiels quand on sera sorti de la crise. On essaiera d'atteindre cette proportion en faisant du mix pour être sur tous les territoires, tous les départements de Bretagne et Pays de la Loire.

Côté expansion et territorialisation, ADN Ouest va bien au-delà des Pays de la Loire : quelle est votre ambition en termes de maillage et comment va-t-il évoluer dans les prochains mois ? 

ADN Ouest est une association dont le siège est à Nantes ainsi que ses salariés. On a développé jusqu'à présent essentiellement et grâce au bénévolat des adhérents ADN Vendée. On a démarré ADN Anjou. On est très actif sur ce que l'on appelle ADN Bretagne depuis 2 ans et cela va s'accélérer beaucoup plus parce que l'on vient de recruter une salariée qui va pouvoir booster les actions sur ce territoire. Dans nos objectifs un peu plus lointains, on aimerait pouvoir toucher la Sarthe et la Mayenne beaucoup plus qu'aujourd'hui avec des relais dans ces départements.

Jusqu'à quel point ADN Ouest peut pousser son inter-régionalité ?

Aujourd'hui on est sur deux régions du Grand Ouest, on n'ira pas au-delà de je dirais, des zones territoriales représentées par les Pays de la Loire et la Bretagne puisqu'il y a une association qui existe sur le le sud-ouest de la France qui est Aquinum. Donc pour l'instant on reste sur ce territoire qui est déjà pas mal développé et on a la chance en plus sur notre territoire quand même de compter 3 ou 4 villes French Tech. C'est donc un territoire dynamique, peut être même la future Silicon Valley française au niveau numérique. Il y a déjà donc beaucoup à faire sur ce territoire Grand Ouest constitué par la Bretagne et les Pays de la Loire.

Concernant les groupes de travail, vous êtes bien placé pour ce qui concerne la digitalisation qui est au coeur de nombreuses entreprises et qui s'accompagne aussi d'une demande de cybersécurité. Comment sécuriser tout en assurant transformation digitale ce qui n'est pas une mince affaire ? Il y a aussi des enjeux au niveau des biotech et de la fintech : comment cela transparait-il dans vos travaux ?

Alors c'est une bonne question parce qu'ADN Ouest est organisée en communautés. Donc aujourd'hui on en compte 7, à la fois organisée en thématique comme la cybersécurité, les infrastructures, la data, le web et le digital. Mais elle est aussi organisée dans des thématiques plus transverses, comme la santé l'année dernière et le numérique responsable. En 2021 on a lancé 4 communautés ce qui est plutôt, dans une année de pandémie mondiale, assez extraordinaire parce que là on a une dynamique très forte de la part de nos bénévoles. 

Sur les sujets d'avenir, on va ouvrir plutôt des communautés thématiques par exemple sur ce qui est entreprises de la grande distribution ou alors service public, on y réfléchit. En tout cas, la prochaine communauté lancée est sur le management dans le numérique qui est très particulier. Sur le contexte et les préoccupations de la filière du numérique, je pense qu'il y a quelque chose qui est important dans le contexte que nous traversons aujourd'hui. On a beaucoup parlé avec cette pandémie mondiale des salariés du premier front que sont les médecins, du deuxième front qui sont les caissières et les vendeurs, etc. Mais on n'a pas forcément beaucoup parlé du 3e front, donc des acteurs du numérique qui ont dû se mettre en 4 depuis plus d'un an pour distribuer du matériel en urgence dans un contexte de marché en tension, voire de pénurie, qui ont développé du système D pour satisfaire des demandes... On a cette question d'accompagner les collaborateurs en urgence via de la visioconférence et à distance. Cette question de la dématérialisation très accélérée du coup par cette crise puisqu'il est demandé aux aux informaticiens et aux ingénieurs du numérique de déporter tout ce qui se faisait de manière papier ou autre dans un univers dématérialisé. Tout cela dans un  contexte d'augmentation de la cybercriminalité avec 400% d'augmentation des hameçonnages. C'est un peu ce que la plateforme cybermalveillance de l'Anssi a enregistré et communique actuellement.

Donc le 3e front, ce sont bien les acteurs du numérique qui se sont mis en 4 dans cette période et qui n'ont pas relâcher leurs efforts et on fait des heures importantes et je pense du coup que le mot important et le souci partagé par toute la filière, c'est cette question de la résilience, la résilience des femmes numériques et dans un monde qui bouge beaucoup, mais surtout qu'il n'en était pas question lors de ce premier événement mondial de cette ampleur et avec un réchauffement climatique qui va probablement générer d'autres crises auxquelles le secteur numérique devra répondre. Et de manière responsable qui plus est.

Vous avez pléthore de baromètres différents orientés notamment emploi, compétence et dynamique de l'industrie du logiciel : est ce que l'on peut penser qu'un baromètre axé sur la cyber pourrait être lancé ?

Je suis contente que vous me posiez là la question, parce qu’en fait dans l'Observatoire régional des compétences du numérique que l'on met en œuvre pour le compte de collectivités d'organismes publics, notre ambition c'est bien de l'élargir et d'y ajouter d'autres thématiques. Et donc celle de la cybersécurité pourrait être un volet que l'on que l'on rajouterait, tout comme le numérique responsable afin d'avoir des chiffres. Et surtout de  mesurer et de comprendre pour amplifier les enjeux de la filière. Pas seulement en termes d'emploi, de compétences, de formation, mais aussi de maturité sur ces différents enjeux. Donc ça peut être intéressant pour un territoire donné d'avoir l'ensemble de ces informations, notamment pour mettre en place des politiques publiques, ou pour les économistes ou les investisseurs de savoir là ou il faut investir et où aller.