Fondée en 2019 par Tommi Kannisto, après une gestation de près de quatre ans, Storadera se présente comme une start-up européenne avec un siège à Tallinn en Estonie. Un détail qui a son importance face aux géants américains AWS, Azure et GCP, puisque la jeune pousse estonienne se positionne sur le marché du stockage cloud avec une plateforme et des services compatibles avec le protocole S3. Lors d’un point presse à Paris en septembre dernier durant un IT Press Tour, Margus Danil, co-fondateur et COO de Storadera, nous a expliqué que « les entreprises hésitent à utiliser le stockage cloud, car la gestion des tarifs reste complexe et pas assez prédictible : les prix sont trop élevés avec des coûts cachés ». L’estonien annonce un tarif de 6€ par mois pour 1 To, sans charges supplémentaires pour les transferts de données ascendants ou descendants. Avec une limite clairement définie pour ce dernier toutefois : « La politique d'utilisation équitable s'applique. La quantité de téléchargement mensuelle autorisée est égale à la quantité stockée ». A titre de comparaison, AWS facture son service S3 standard : 0,024$ par Go et par mois pour les 50 premiers To, puis 0,023$ les 450 To suivants et 0,022$ au dessus de 500 To. Auxquels s'ajoute des frais de transferts. AWS propose un outil en ligne pour calculer le prix au To pour S3 et Storadera a fait de même, mais avec une interface beaucoup plus basique.

Si le maillage de Storadera est encore très loin de celui des hyperscalers, avec un seul datacenter à Tallinn, un second centre de données est attendu en Hollande, puis un autre au Royaume-Uni, un quatrième aux États-Unis et un dernier en Asie. La start-up travaille avec Equinix et d’autres partenaires pour opérer dans ces pays et offrir les mêmes services de stockage avec une redondance indispensable à la sécurité des données. « À terme, nous ciblons une redondance entre nos datacenters en Europe pour assurer une sécurité optimale avec une copie secondaire pour les archives en mode SLA ». Stockant plus de 2,5 Po, le premier datacenter estonien occupe une surface de 14 500 m2 et bénéficie d’une tarification du kilowatt – en énergie renouvelable – de 22 cents. Un détail important à l’heure où le prix de l’électricité explose un peu partout en Europe. Interrogé sur ce dernier point, Margus Danil assure que la société proposera les mêmes prix en Europe pour ses services, sans facturation des microcharges, des appels d’API et surtout des transferts de données (dans la limite énoncée plus haut). 

L'infrastructure de Storadera fait appel à des équipements standards fournis par Dell, WD ou encore Nvidia. La sauce logicielle repose sur Linux avec des logiciels propriétaires avec peu de recours à l'open source. (Crédit S.L.)

Des partenariats en cours de finalisation

Avec sa solution de stockage cloud, Storadera s’attaque aux big three, mais également à des acteurs plus modestes comme Backblaze ou Wasabi. « Nous ne voulons pas concurrencer les trois plus gros, car si les clients les utilisent déjà, ils sont verrouillés », assure le dirigeant. Si Storadera a mis en place une tarification compétitive et un paiement mensuel, la bataille du stockage cloud en mode objets ne se situe plus seulement sur les prix, mais également sur les services et les outils proposés par les différentes plateformes. Et, à ce petit jeu, l’avance des big three leur a permis de développer et mettre en ligne une grande quantité de propositions.

À titre d’exemple, AWS propose sept classes de stockage sur S3 : Standard, Intelligent-Tiering, Standard-IA, One Zone-IA, Glacier Instant Retrieval, Glacier Flexible Retrieval et Glacier Deep Archive. Pour étoffer son catalogue, Storadera finalise des partenariats avec des éditeurs comme Veeam – c’est une grosse demande des clients nous a indiqué le COO – ou encore Cloudian (spécialiste du stockage compatible S3) ou Synology. « Des discussions sont en cours avec des partenaires pour accroître notre chiffre d’affaires, qui n’est pas encore public », nous a précisé Margus Danil. La start-up emploie aujourd’hui six personnes, ce qui donne une petite idée de son périmètre actuel.