La réunion annuelle des utilisateurs des solutions OpenVMS s’est déroulée hier à la Maison de l’Amérique Latine, à Paris, avec le concours de VMS Générations, HPE et VSI. L’occasion pour les clients de la plateforme haute disponibilité (nucléaire, transports, sécurité, transactions boursières, gouvernement…) de partager leurs impressions et leurs retours d’expérience 40 ans après le lancement du système d’exploitation VAX/VMS par DEC en 1977. Nous étions aux 35 ans de la plateforme - il y a 5 ans à l’hôtel Nikko - et les discussions portaient alors sur sa survie et sur les 1 000 systèmes encore en activité en France. Hier, l’accent était clairement mis sur l’avenir grâce au portage en cours d’Itanium vers des serveurs x86 avec OpenVMS 9.0 (la préversion est attendue fin 2018). Après une première migration de VAX vers DEC Alpha, puis d’Alpha vers Intel Itanium, le travail porte aujourd’hui sur la transition en douceur vers des puces Xeon. « Nous avons travaillé comme consultants pour le portage d’Alpha vers Itanium, c’était très simple », nous a indiqué  Gérard Calliet, CEO de Pia-Sofer et utilisateur historique d’OpenVMS en France. Pour le passage à x86, c’est facile pour les API et les couches hautes. Pour les couches basses, il y a un peu plus de travail, nous a assuré Benoit Maillard, category manager serveurs chez HPE France. 

Heureusement, OpenVMS peut compter sur une communauté de passionnés, en France notamment. Quand HP a annoncé en 2013 la mort d’OpenVMS avec la fin du support en 2020, un intense lobbying a réussi à faire reculer le fournisseur qui a transmis en juillet 2014 le flambeau à VMS Software Inc (VSI). Aujourd’hui responsable du développement d'OpenVMS, du support du matériel existant et de la roadmap, la société dispose d'une équipe de vétérans mais également de jeunes recrues particulièrement pointues comme Camiel Vanderhoeven, ingénieur kernel que nous avons pu rencontrer hier.

La roadmap OpenVMS avec le support annoncé de l'architecture x86. 

Des utilisateurs ont dit non 

La stratégie déroulée par Terry Homles, vice-président ventes et marketing chez VSI, est très simple : « Jusqu’en 2020, il y aura une période de transition avec HPE [...] Quand HPE a annoncé la fin du support en 2020, les réactions ont été très différentes dans les pays européens. Les plus gros utilisateurs étaient en Suède avec des compagnies comme Ikea et Volvo. Ils ne faisaient rien et s’attendaient à trouver une autre plate-forme. D’autres pays ont dit non : nous devons trouver une solution. En France, les initiatives étaient plus individuelles avec beaucoup de consultants passionnés et de très bons clubs utilisateurs. C’était le début de notre aventure [VSI]». Il a toutefois fallu adapter les prix au marché x86, tout en conservant les points forts d’OpenVMS comme la sécurité et s’ouvrir au cloud et à la virtualisation avec le support des hyperviseurs Xen, KVM, eSX et OVM (Oracle Virtual Machine server). « Pour les API [cloud,] nous travaillons avec OpenStack mais nous n’avons pas encore décidé quelles étaient les meilleurs solutions : API ou connecteurs spécifiques », a complété Camiel Vanderhoeven, ingénieur noyau chez VSI.

Durant cette transition, d’Itanium à x86, « nous devons nous assurer que les utilisateurs bénéficieront des mêmes fonctionnalités [clustering, intégrité des données, isolation des applications et protection de l’investissement] », nous a indiqué Terry Holmes. « VMS concerne des utilisateurs très spécifiques avec des compagnies qui utilisent des solutions depuis 20 ans. Il y a de bonnes raisons. Elles sont résilientes. VMS est toujours un très bon OS pour les tâches critiques. Mais attention, l’adoption des nouvelles technologies comme le cloud et les microservices n’est toujours pas un bon point pour les workflows critiques ». Les conversations avec les clients sont d’ailleurs assez atypiques. « Si vous devez changer quelque chose, les conversations s’arrêtent avec les clients. Le meilleur point, c’est qu’il n’y a finalement que peu de changements pour les utilisateurs. Ils peuvent garder un contrôle total sur tous les aspects et continuer à travailler en bare-metal s’ils le désirent », a souligné Ken Surplice, category manager servers chez HPE EMEA.

Proposée par Opensense, OVM² est une solution microservices pour les établissements financiers constituée d’outils et d’API intégrables sur les serveurs OpenVMS. 

Passage programmé sur Itanium avant x86 

En France, la ligne automatisée 14 à Paris est passée d’Alpha à Itanium, tout comme le métro de Lille. La plateforme de traitement des transactions boursières Investiciel de Tibet, lancée en 1984 sur Minitel et utilisée par le Crédit Mutuel, BNP Paribas et Société Générale, est aussi passée sous Itanium, tout comme le système de gestion des commandes de médicaments utilisé par les pharmacies et les hôpitaux sur deux sites distants à Roissy et Clermont-Ferrand. Pour les années qui viennent, les équipes de VSI et de HPE entendent encourager le développement de nouvelles applications sur OpenVMS mais également former les étudiants en informatique et les exposer à la plateforme.

A la différence du syndrome du mainframe avec très peu d’open source, des processeurs propriétaires et une maintenance toujours très onéreuse, OpenVMS peut compter sur une communauté de passionnés. « Les développeurs peuvent utiliser les outils qu’ils aiment et se mettent au travail sur VMS ». Et le passage à x86 dégage la plateforme des batailles matérielles, à la différence des mainframes toujours dépendantes des puces IBM. « x86 est devenu un standard pour tout le monde, surtout avec la virtualisation. C’est une commodity platform comme pour le cloud et la virtualisation. Il est simplement nécessaire de nous adapter tout en gardant la sécurité propre à OpenVMS », nous a précisé Camiel Vanderhoeven.