Un test grandeur nature ou un échauffement, c’est un peu ce qu’à vécu Nokia, Orange, Airbus et des start-ups au sein du Vélodrome de Saint-Quentin en Yvelines. L’anneau de course organisait les championnats du monde de cyclisme sur piste et a été choisi pour mener une expérimentation de 5G privée en vue des JO à Paris 2024. L’occasion pour Nokia, chef de file de ce test, de montrer les différents usages (vidéo, réalité augmentée, sécurité) et l’architecture utilisée pour couvrir l’enceinte sportive. L’équipementier fournit le cœur de réseau, « compact et adapté, différent des opérateurs grand public qui gère des millions de terminaux », 3 antennes small cell suffisent à assurer une bonne couverture. « Nous utilisons la 5G sur la fréquence millimétrique 26 GHz pour certaines caméras et la bande 3,8 GHz en 5G SA (stand alone) pour d’autres captations vidéo et du 2,6 GHz en 4G LTE », explique Stéphane Haulbert, responsable du partenariat au sein de Nokia.

Des caméras pilotées en 5G

On l’a compris, le premier usage de la 5G privée dans ce cadre sportif est la vidéo à la fois pour les diffuseurs, mais aussi et surtout pour enrichir l’expérience du spectateur. Pour cela, plusieurs start-ups ont apporté leur contribution et testé les bénéfices d’un réseau cellulaire haut débit. C’est le cas de la société XD Motion, spécialiste de la captation vidéo, qui a mis en place des caméras PTZ 4K et des caméras gyroscopiques pour obtenir des flux vidéo supplémentaires de l’événement et même intégrer de la réalité augmentée.

« Tout est piloté avec la 5G et nous sommes sur des latences très faibles, 200 millisecondes pour la partie vidéo et il faut rajouter 50 millisecondes pour la réalité augmentée », souligne le responsable de la jeune pousse. Côté débit, « les tests ont été réalisés avec du 150 Mbt/s. En théorie, nous pouvons monter jusqu’à 1 Gbt/s mais la moyenne aujourd’hui est plutôt de 600 Mbt/s », assure-t-on chez Nokia. Les équipes techniques testent aussi le hand-over, c’est-à-dire la capacité de passer d’une antenne à l’autre sans perdre le signal. Pour le dirigeant de XD Motion, la 5G privée offre plusieurs avantages, « le pilotage à distance des équipements, l’absence de câble (assurant une meilleure mobilité) et le temps réel pour incruster des éléments en réalité augmentée ».

Replay et aide aux photographes

D’autres start-ups ont été conquises comme Vogo, société montpelliéraine, spécialisée dans le replay et le live personnalisés (Tony Parker fait partie de ses investisseurs). A travers son lecteur, elle offre différentes vues et angles de l’événement sportif. Traditionnellement optimisée pour la 4G, Vogo teste la 5G avec le consortium mené par Nokia. La différence de débit entre les deux réseaux est effectivement visible pendant la démonstration avec des changements de prise de vue en quasi-temps réel.

Autre test réalisé avec l’AFP, l’envoie des images par les photographes accrédités. Avec l’augmentation de la résolution des appareils, le poids des clichés nécessite des débits importants. Problème, le photographe est obligé de se connecter en filaire ce qui est en général coûteux et contraignant car cela entrave sa mobilité. Pour l’expérimentation, les photographes se sont servis d’un modem 5G (sur la bande 3,9 GHz ou 26 GHz) pour transmettre leur photo à un serveur FTP sécurisé. Un gain de temps et l’assurance du photographe de rester au cœur de la compétition.

Les JO 2024 en ligne de mire, mais pas uniquement

Ce tour de chauffe de la 5G privée va s’élargir à d’autres enceintes sportives : Roland-Garros et le stade Orange-Vélodrome à Marseille. Les deux sont des sites qui accueilleront des compétitions dans le cadre des Jeux olympiques de Paris en 2024. Nokia évoque aussi le projet ambitieux de couvrir le champs de Mars, ce qui n’est techniquement pas si facile à cause de la présence de la tour Eiffel, forte émettrice d’onde.

Mais le consortium poussé par Nokia et Orange élargit le champ des possibles avec ce test à Saint-Quentin en Yvelines. « Il y a un intérêt pour les industriels avec la démonstration d’assurer une continuité de service du réseau public et privé, de priorisation des flux, de montrer la fiabilité de la 5G par rapport au WiFi au sein d’entrepôt par exemple », observe Stéphane Haulbert. Il évoque par exemple le test réalisé avec Airbus sur la partie sécurité de la compétition sportive, où les vigiles bénéficient d’une application Push to Talk qui offre la possibilité d’envoyer des images ou des vidéos en cas d’incident.