Chez Red Hat, nous pensons que la véritable souveraineté ne se résume pas à une question géographique. Elle repose avant tout sur une capacité opérationnelle : celle d’exécuter n’importe quelle charge de travail, dans l’environnement de son choix, sans perdre le contrôle des technologies, des données et de la logique applicative sous-jacente.
Notre étude menée en EMEA montre d’ailleurs que les dépendances les plus critiques ne se situent pas nécessairement là où les organisations les attendent. Elles résident souvent dans les couches logicielles, dans les API propriétaires ou encore dans les modèles d’IA dont personne en interne ne maîtrise le code ni le processus d'entraînement.
Ce décalage entre perception et réalité explique pourquoi 63 % des responsables IT considèrent la souveraineté comme le principal frein à l'adoption du cloud[1], tandis que 68 % en font une priorité stratégique à 18 mois. Derrière ce constat, cinq verrous structurants méritent d'être adressés.
Verrou n°1 — La dépendance au code fermé : retrouver transparence et auditabilité
La première condition d'une stratégie souveraine repose sur la capacité à comprendre, contrôler et faire évoluer les technologies utilisées. L'open source, en donnant accès au code, garantit la transparence des composants logiciels, la possibilité d'audits indépendants et l'absence de verrou propriétaire.
Cette approche est aujourd’hui largement reconnue : 92 % des responsables IT en EMEA considèrent les logiciels open source d’entreprise comme un élément clé de la souveraineté numérique.
Au-delà de la transparence, l'open source favorise la sécurité grâce à la contribution d'une communauté étendue capable d'identifier et corriger rapidement les vulnérabilités. Ce modèle prend une importance accrue avec le Cyber Resilience Act, dont les premières obligations s’appliquent dès juin 2026 : en imposant des exigences renforcées en matière de sécurité et de transparence logicielle, il fait de l’auditabilité du code non plus un avantage, mais une nécessité opérationnelle.
Verrou n°2 — L'enfermement dans un cloud unique : réintroduire la portabilité et le choix
Disposer d'un socle logiciel ouvert ne suffit pas si l'infrastructure elle-même introduit de nouvelles dépendances. La souveraineté repose sur la capacité à choisir… mais aussi à changer. C’est d’ailleurs la raison qui pousse 78 % des entreprises à placer la flexibilité et le choix des fournisseurs parmi leurs priorités.
Dans cette logique, la portabilité devient l’expression la plus concrète de la souveraineté. Une approche du cloud hybride ouvert vise précisément à préserver cette capacité de mouvement, en permettant de répartir les workloads entre cloud public, cloud privé, infrastructures on-premise et edge computing, sans dépendance structurelle à un environnement unique.
Des plateformes comme Red Hat OpenShift ou Red Hat Enterprise Linux jouent ici un rôle clé. En standardisant les environnements d’exécution, elles agissent comme une couche d’abstraction entre les applications et les spécificités propriétaires des fournisseurs cloud. L’objectif est de garantir une véritable réversibilité opérationnelle : la capacité à déplacer ses applications et ses données sans remise en cause profonde du système d’information. Autrement dit, faire en sorte que la stratégie de sortie du cloud reste une réalité opérationnelle, et non une simple clause contractuelle.
Verrou n°3 — La résilience des infrastructures critiques : garantir stabilité et continuité
La souveraineté implique également de garantir la continuité et la robustesse des systèmes.
75 % des organisations placent la protection des données, la continuité de service et la conformité parmi leurs priorités, selon la même étude Red Hat.
Cela suppose de s’appuyer sur des infrastructures capables d’assurer une stabilité opérationnelle, de garantir des performances élevées et d’intégrer des mécanismes de sécurité avancés.
Les technologies open source, lorsqu’elles sont industrialisées par des acteurs comme Red Hat, permettent de concilier innovation et robustesse. Elles offrent une base éprouvée, renforcée par des processus de validation, de support et de maintenance continue.
Verrou n°4 — L'ancrage local : s'appuyer sur un écosystème tout en conservant l'ouverture
La souveraineté ne se construit pas en vase clos. 74 % des entreprises considèrent la collaboration avec des partenaires régionaux comme un élément clé de leur stratégie. C'est le paradoxe : il faut préserver l'ouverture technologique tout en garantissant un ancrage local suffisant pour répondre aux exigences règlementaires.
Dans cette logique, Red Hat s’appuie sur un écosystème de partenaires et de fournisseurs cloud locaux capables de répondre aux exigences réglementaires nationales tout en conservant une approche ouverte et interopérable. Car la question n’est plus seulement de savoir où sont hébergées les données, mais aussi qui peut légalement y accéder.
Pour répondre à cet enjeu, Red Hat a notamment mis en place le dispositif Confirmed Sovereign Support, qui garantit un support assuré par des ingénieurs européens opérant depuis l’Union européenne, des données clients traitées sous juridiction européenne ainsi qu’une expertise avancée en matière de sécurité et de conformité. Le but étant de préserver un contrôle opérationnel local, y compris dans les activités de support et de maintenance, tout en s’appuyant sur des technologies déployables à l’échelle mondiale.
Verrou n°5 — L'IA : construire des capacités souveraines dès aujourd'hui
C'est le verrou le plus urgent, et probablement le plus complexe. L'IA constitue aujourd'hui un nouveau point de tension pour la souveraineté numérique. Selon Gartner, d'ici 2027, 70 % des entreprises adoptant l'IA générative citeront la durabilité et la souveraineté numérique comme critères prioritaires dans le choix de leurs services cloud. Et 35 % des pays seront engagés dans des plateformes d'IA régionales utilisant des données contextuelles propriétaires.
Le risque est de reproduire avec l'IA les mêmes erreurs que celles accumulées dans le cloud : adopter massivement des API d'inférence propriétaires, entraîner des modèles sur des plateformes dont on ne contrôle ni les conditions d'utilisation ni la localisation du compute, et se retrouver captif d'un écosystème dont les règles peuvent changer du jour au lendemain.
Comme le souligne Rémy Mandon, Country Manager France de Red Hat : « Les plateformes d'IA sont de plus en plus intégrées aux infrastructures critiques […] les entreprises doivent bénéficier d'un meilleur contrôle sur la manière dont et sur l'endroit où l'IA est exécutée. »
Dans cette perspective, Red Hat AI s’appuie notamment sur le projet open source InstructLab pour démocratiser le développement de modèles d’IA. Cette approche permet aux organisations de concevoir, ajuster et déployer leurs propres LLM privés, aussi bien on-premise que dans des environnements cloud de confiance, tout en conservant la maîtrise des données, des flux et de la logique métier associée. Elle contribue ainsi à garantir que “l’intelligence” de l’entreprise reste sous son contrôle, sans dépendance à des plateformes propriétaires ni nécessité d’externaliser les modèles ou les données sensibles.
La souveraineté numérique comme capacité de choix
Pour conclure, gardons à l’esprit que la souveraineté numérique ne relève pas d’une logique d’isolement, mais d’une capacité à choisir. En levant ces cinq verrous grâce à une stratégie de cloud hybride ouvert, les organisations européennes peuvent éviter de subir leurs dépendances technologiques et reprendre la maîtrise de leurs infrastructures, de leurs données et de leurs capacités d’innovation.
Encore faut-il disposer d’une vision claire de son niveau d’exposition et de maturité. Pour accompagner cette démarche, Red Hat propose le Digital Sovereignty Readiness Assessment, un outil conçu pour aider les organisations à évaluer leurs dépendances et structurer leur trajectoire souveraine.
Accéder au Digital Sovereignty Readiness Assessment >>
[1] Chiffres issus de l’enquête Red Hat menée auprès de plus de 900 responsables informatiques, directeurs et ingénieurs de l'IA dans neuf pays : La souveraineté devient le défi majeur du cloud pour les entreprises de la région EMEA