Il y a quelques mois, SAP a dégainé Leonardo, au départ plateforme centrée sur l’IoT qui englobe maintenant ses technologies IA, IoT, big data, blockchain et cloud. Pour explorer avec ses clients tous les cas d’usage possibles avec ces solutions, l’éditeur de logiciels d'entreprise crée maintenant un réseau mondial de centres d’innovation pour les accueillir. Les deux premiers sont équipés, l’un à New York et l’autre à Levallois-Perret, au siège de la filiale française. Ce dernier a été inauguré cette semaine. Les autres centres seront à Bangalore et Sao Leopoldo.

Ce faisant, SAP capitalise en France sur les outils et l'historique de son Experience briefing center (EBC), installé depuis 2 ans à Levallois. « Des espaces d’innovation, il y en a un peu partout, mais in fine, nous avons besoin d’aller un cran plus loin pour bâtir ensemble ces innovations qui s’appuieront forcément sur les informations gérées dans le SI de l’entreprise et qui seront productives », a déclaré Marc Genevois, directeur général de SAP France, lors de l'inauguration ce mercredi. Près de 20% des clients qui ont déjà expérimenté l’EBC et ses ateliers de design thinking y sont déjà revenus, a souligné le DG français. Cette fois, avec Leonardo Center, l’objectif n’est pas de s’arrêter au Proof of concept, mais de concrétiser un pilote. Pourquoi installer le centre en région parisienne ? « Nous avons 2 000 collaborateurs chez SAP France, dont 1000 en R&D à Levallois-Perret et 350 à Mougins sous le soleil, il y a 10 000 consultants chez nos partenaires qui mettent en œuvre nos produits et 91 écoles et universités pour répandre la culture de la technologie de l’information », a pointé Marc Genevois.

Au coeur du centre Leonardo, l'atelier de design thinking illustre la démarche de co-innovation engagée par SAP avec son client Cafés Richard. (crédit : LMI/MG)

Brainstorming, maquette, pilote...

« Il ne faut pas considérer les technologies Leonardo comme isolées les unes des autres », a insisté de son côté Tanja Rueckert, présidente de la business unit IoT & Digital Supply Chain de SAP, lors de l'inauguration du centre. Elles doivent s’associer, en lien avec l’ERP. Tanja Rueckert voit trois façons pour les entreprises d’en tirer bénéfice : en améliorant l’exécution des processus et en dopant ainsi l’activité existante, en se mettant à faire les choses différemment, ou bien en s’ouvrant à des activités complètement différentes.

Des espaces de design thinking jouxtent des ateliers techniques au 20ème étage de la tour SAP. (crédit : D.R.)

Concrètement, les clients qui seront accueillis au centre Leonardo entreront rapidement dans le vif du sujet. « Après une étape de brainstorming, on part très vite sur une étape de maquette pour arriver une étape de pilote, différente du PoC qui reste sur la table alors que le pilote est opérationnel dans la vraie vie », nous a ensuite exposé Frédéric Puche, directeur du centre d’innovation de SAP France, lors de la visite du 20e étage du siège de Levallois. Au fil des salles, des espaces technologiques permettent de réfléchir sur la data intelligence, la collecte de données multisources, le machine learning ou le prédictif. Une boutique connectée présente des surfaces capacitives déclenchant des interactions au toucher. Des espaces industriels sont reconstitués pour évoquer des problématiques de robots connectés ou de jumeaux numériques (digital twin) dans la conception de produits ou les opérations de maintenance en réalité augmentée.

Des équipements sont accessibles pour réfléchir sur différents points, par exemple, comment déclencher un décollage de drône pour surveiller des opérateurs.

« Dans un espace atelier, nous allons tester certaines technologies que l’on va embarquer dans nos pilotes », nous a expliqué Frédéric Puche en citant par exemple les drones autonomes, gros sujet en ce moment. « Nous allons énormément travailler sur des mock-ups et si nous allons plus loin et produisons le code, nous avons créé une méthodologie et un outil, build », ajoute le directeur du centre d’innovation. Une fois le pilote fini, le client peut ensuite partir sur une démarche d’industrialisation avec des experts venant notamment de partenaires comme Capgemini.

Distribution d'eau connectée à Antibes, avec SAP et Sigfox

Lors de l’inauguration du Leonardo Center, pour illustrer l’intérêt de cet espace collaboratif, SAP France a fait témoigner trois de ses clients avec lesquels il a déjà engagé des démarches avancées de co-innovation. Patrick Duverger, DSI de la ville d'Antibes, est revenu sur le projet de réalité augmentée, démarré en 2014 avec SAP Labs France et SAP Canada. Celui-ci renseigne les touristes via une app mobile sur les monuments en recourant à des balises beacons. L’un des facteurs d’accélération des projets numériques réside dans la baisse des coûts des ressources associées. Le DSI d’Antibes l’illustre en rappelant qu’un beacon coûtait 300 € quand le projet a commencé, 30 € à la fin et 5 à 6 € maintenant. « La complexité se déplace de l’objet vers la donnée. Quand un beacon n’a plus d’intérêt, on en met un autre ailleurs, des centaines de données sont remontées par jour avec un millier de beacons, SAP nous permet de traiter toutes ces données pour connaître la fréquentation des lieux, le trafic, l’itinérance des personnes, de façon anonyme », a expliqué Patrick Duvergé. « On peut aussi faire du prédictif dessus pour anticiper des problèmes sur le trafic et la fréquentation ».

Patrick Duverger, DSI de la ville d'Antibes, expose les différents projets explorés avec SAP dans l'IoT. (LMI/MG)

Autre projet, Antibes travaille avec SAP et Sigfox sur une application de « smart water management » pour optimiser la distribution d’eau. « Nous avons des paramètres extrêmement serrés sur la distribution d’eau, l’objectif est de parvenir à une gestion intelligente du réseau ». Les données sont collectées dans Hana Cloud, agrégées et analysées. Il s’agit d’un sujet sensible qui exige la sécurisation et le chiffrement des données avant l’émission sur le réseau Sigfox. La ville travaille sur le chiffrement dans les puces avec SAP et Intel. « Désormais, il y a même du deep learning », a précisé le DSI. Leonardo a appris à reconnaître les différents types de vannes en analysant 70 photos.

Maintenance prédictive : Kafka pour simplifier les échanges

A la suite de la ville d’Antibes, SAP a donné la parole à l’équipementier automobile Faurecia, engagé depuis quelques années dans un programme numérique, a rappelé Eric Godard, DSI adjoint du groupe. A l'ère des voitures connectées, le sujet est vaste. Le projet présenté par José Gascon, chief architect chez Faurecia, a exposé le choix d’Apache Kafka pour optimiser le traitement de milliards de messages interapplicatifs par jour pour simplifier les échanges et tirer profit des analyses des big data pour des opérations de maintenance prédictive. L’analytique se fait sur un data lake d’entreprise qui regroupe toutes les données.

Troisième client à témoigner, Cafés Richard, dirigé par Côme Lefevre Dupreÿ. Cette entreprise française de torréfaction et de distribution de café aux professionnels s’est impliquée dans une démarche de design thinking avec SAP. La stratégie Leonardo lui apporte la partie cloud et IoT pour exploiter tous les contacts établis entre ses clients et son parc de machine. Cafés Richard veut tout à la fois connaître et anticiper les besoins de ses clients, leur proposer une analyse de leur consommation, des solutions automatisées et réduire ses délais d’intervention. « A l’issue de ce prototype, le contrôle des machines à distance sera activé », a notamment indiqué Thomas de la Fouchardière, directeur des opérations Services de la société de torréfaction.