La première décennie d’Apple regorge de produits emblématiques, non seulement dans l’histoire de la marque, mais aussi dans celle de la technologie. La société est souvent citée comme l’initiatrice de l’informatique personnelle, ayant lancé des produits qui ont donné les moyens d’agir à des générations d’utilisateurs et montré l’exemple de la manière dont la technologie peut être utilisée par le grand public. Cette époque a vu naître trois plateformes informatiques différentes – c’est dire à quel point l’avenir était incertain. À la fin de la décennie, le Macintosh et son système d'exploitation avec son célèbre Finder et sa barre de menus allait s’imposer - après bien des péripéties - comme la priorité de la firme à la pomme, formant à terme la base de macOS, d'iOS, de watchOS, de visionOS et de tvOS. Voici comment les 10 premières années d'Apple, de 1976 à 1985, ont façonné l’avenir.

Avril 1976 : Apple I

L'Apple 1 est vraiment le projet de Steve Wozniak, passionné par les calculatrices et les ordinateurs.(Crédit Foundry)

L’ordinateur qui a tout déclenché n’était même pas livré avec un boîtier : l’Apple I n’était qu’une carte mère, et les acheteurs devaient concevoir leur propre boîtier, généralement en bois, ce qui a donné lieu à des configurations uniques qui auraient fait grimacer Jony Ive. (« Du bois ? N'importe quoi. ») Apple a fabriqué environ 200 ordinateurs équipés d'un microprocesseur CMOS Technology 6502 cadencé à 1,02 MHz avec 4 Ko de RAM, et a commercialisé l'Apple I au prix de 666,66 $HT, qui a ensuite été ramené à 475 $HT.

En raison de sa rareté et de son influence historique, l’Apple I est parfois mis en vente aux enchères, et les enchères atteignent des centaines de milliers de dollars. Mais sa valeur dans l’histoire de la technologie est inestimable : bien que d’autres ordinateurs l’aient précédé, l’Apple I a déclenché la révolution de l’informatique personnelle et a fermement installé la firme comme une entreprise technologique destinée non seulement aux professionnels, mais à tout le monde.

Juin 1977 : Apple II

L’Apple II a marqué une rupture parce qu’il était vendu comme un produit fini, avec son boîtier, son clavier et une alimentation, alors que beaucoup de micro-ordinateurs concurrents restaient encore de simple kit à monter. (Crédit RR Auction)

Le deuxième ordinateur de la firme de Cupertino, l'Apple II, fut son premier succès grand public. Il fut conçu pour séduire le grand public, et pas seulement les passionnés qui avaient investi dans un Apple I. Steve Wozniak y apporta des améliorations qui renforcèrent son utilité, et même si son prix de 1 298 $HT était plus élevé que celui de ses concurrents, l'Apple II fut un énorme succès.

À quel point ? Ce système est souvent cité comme l’un des plus grands ordinateurs de tous les temps, voire le plus grand. La société a poursuivi la gamme Apple II pendant 16 ans, et bien que le Macintosh soit finalement devenu la principale plateforme de l’entreprise, il a ouvert la voie que les Mac d’aujourd’hui continuent de suivre.

Janvier 1983 : Apple Lisa

Une petite mise en scène avec John Couch et Steve Jobs montrant du doigt un Lisa. (Crédit Computer History Museum)

L'Apple Lisa (pour Local Integrated Software Architecture, bien que Steve Jobs reconnût plus tard que c'était en hommage à sa fille Lisa Brennan-Jobs) ) fut le premier ordinateur personnel doté d'une interface utilisateur graphique - inspirée des travaux du Xerox PARC (Palo Alto Research Center) - qui utilisait une approche centrée sur les documents et permettait même aux fichiers de porter le même nom (ce qui était inconcevable dans les premières interfaces informatiques). Sa conception tout-en-un comprenait un processeur Motorola 68000 à 5 MHz, épaulé par un maximum de 2 Mo de RAM, et un écran monochrome de 12 pouces. Nommé d'après la fille de Steve Jobs, dont il était séparé, son prix initial était de 9 995 $HT.

L'héritage de Lisa est aussi compliqué que la relation que S. Jobs entretenait avec celle qui lui a donné son nom, mais on ne peut nier son importance. En 1980, Steve Jobs fut écarté du projet Lisa et a rejoint le projet Macintosh emmené par Jef Raskin et Bill Atkinson, qui reprit de nombreuses caractéristiques de Lisa, notamment son interface graphique. Bruce Daniels, qui joua un rôle majeur au sein des équipes de développement de Lisa et du Macintosh, déclara un jour : « Tous les membres de l’équipe Mac étaient prêts à dire que s’il n’y avait pas eu de Lisa, il n’y aurait jamais eu de Mac. »

Décembre 1983 : ImageWriter

L'ImageWriter a joué un rôle clé dans la promotion de l'interface graphique et de la publication assistée par ordinateur (PAO), en permettant une sortie WYSIWYG fidèle à l'écran du Macintosh. Crédit Computer History Museum)

Apple avait déjà commercialisé des imprimantes avant 1983, mais l’ImageWriter fut la première à fonctionner à la fois avec l’Apple II et le Macintosh (qui ne devait arriver qu’un mois plus tard). C’était l’une des premières imprimantes matricielles, ce qui lui permettait d’imprimer des graphiques en basse résolution ; beaucoup d’autres imprimantes utilisaient des mécanismes à roue à marguerite destinés à produire uniquement du texte.

Ce n’est qu’avec l’ImageWriter II en 1985 que le projet a pris son essor, et Apple l’a finalement abandonné après 11 ans. L’ImageWriter II présentait un design plus élégant et raffiné, une vitesse et des modes d’impression améliorés, et pouvait imprimer en couleur si l’on changeait le ruban. Au milieu des années 1980, les imprimantes laser commençaient à transformer l’édition, et l’Apple LaserWriter est devenu la norme du secteur.

Janvier 1984 : Macintosh 128K

L'histoire du Macintosh est une  bataille d'égos, d'idées visionnaires et de retournements internes chez Apple, qui s'étend sur près de cinq ans, de 1979 à 1984.(Crédit Foundry)

Le Macintosh 128K a donné le coup d'envoi de l'activité principale d'Apple et ouvert de nouvelles possibilités aux utilisateurs du monde entier. Mais le Macintosh était, au départ, considéré comme un projet de recherche chez Apple ; l'entreprise se concentrait davantage sur le Lisa. Tout cela a changé lorsque Steve Jobs, déterminé à « laisser une empreinte dans l'univers », a pris la tête de l'équipe Macintosh. Voici pourquoi 1984 n’était pas comme 1984 : le premier Macintosh était équipé d’un processeur Motorola 6800 à 8 MHz, prenait en charge jusqu’à 1 Mo de RAM et disposait d’un écran monochrome intégré de 9 pouces. Le système 1.0 fonctionnait à partir d’une disquette de 400 Ko, et le Disk Swapper’s Elbow est devenu un signe distinctif qui a soudé ces premiers utilisateurs.

Dans cette brochure publicitaire de 1984, Apple présentait sa gamme de micro-ordinateurs et tentait de positionner le Macintosh et le Lisa comme une famille unifiée, mais le Lisa sera finalement abandonné dès 1986, laissant le Macintosh seul héritier de cette révolution graphique. (Crédit Computer History Museum)

Cela fait 40 ans qu’il a fait ses débuts, mais les fonctionnalités essentielles de System 1 - le Finder, la barre de menus et le Panneau de configuration - font toujours partie du macOS 26 d’aujourd’hui, ce qui témoigne de la polyvalence de l’idée originale.

Mars 1985 : LaserWriter

La LaserWriter a été lancée le même jour qu'Aldus PageMaker, le premier logiciel de mise en page professionnel.(Crédit Wikipédia)

Lorsque le Macintosh a été lancé, il est immédiatement apparu qu’il était conçu pour le travail créatif, mais il fallait un périphérique abordable pour satisfaire les professionnels qui souhaitaient des impressions de haute qualité de leurs créations. La LaserWriter a répondu à ce besoin et a inauguré ce que Paul Brainerd a appelé la « publication assistée par ordinateur ». La LaserWriter a fait découvrir au monde PostScript, le langage de description de page d’Adobe qui permettait aux imprimantes de reproduire des graphiques avec la qualité exigée par les professionnels. Elle était également connectable en réseau (AppleTalk, puis Ethernet), ce qui permettait à plusieurs Mac de s’y connecter et d’imprimer. Cette connectivité en réseau a contribué à compenser son prix de 6 995 $HT.

Voici la première partie d’une série en cinq volets consacrée aux 50 ans de lancements de produits Apple.