Récemment remis en selle et redémarrant son activité sous la houlette de l’Etat, Bull redécolle avec Airbus. Après avoir fait confiance à HPE pour ses deux systèmes HPC (dont il est client depuis 24 ans), la société aéronautique et spatiale a changé son fusil d’épaule en 2024 en se tournant vers Eviden Bull. Le contrat signé à l’époque - pour 5 ans - prévoyait la livraison de deux supercalculateurs, pour remplacer ceux installés sur ses deux sites à Toulouse et à Hambourg. Si la mise en service du premier a eu lieu en décembre 2025, on était sans nouvelle de celle concernant son site allemand, qui vient finalement d'être annoncée. Mais si Bull a communiqué seulement hier, la livraison de ce deuxième supercalculateur de classe exascale Sequana HX3000 a en fait eu lieu le 1er janvier dernier, nous a indiqué une porte-parole de l’avionneur. Soit presque en même temps que le premier. La fourniture de ces systèmes Bull se base selon un modèle de HPC as a service pour un prix global de 100 M€. « Nous avons remporté l'appel d'offre grâce à notre rapport qualité-prix », a expliqué à The Register Bruno Lecointe, directeur HPC, IA et calcul quantique de Bull.

Le Sequana HX3000 de Bull (lancés en 2022) est une plateforme modulaire et ouverte, capable d'atteindre jusqu'à 1 ExaFlop en double précision pour les simulations scientifiques, et jusqu'à 10 ExaFlops en demi-précision pour les workloads IA. Il affiche une densité de calcul de 1,6 PFlops par mètre carré, soit jusqu'à 6 fois supérieure à celle de son prédécesseur, le XH2000. Son programme OpenSequana permet d'intégrer les puces (CPU, GPU, voire QPU pour le quantique) des principaux fournisseurs : AMD, Intel, Nvidia, ainsi que le processeur français SiPearl. Pour la configuration d'Airbus, ce sont des lames de calcul dotées de processeurs Epyc AMD (Genoa et Turin) et de GPU Nvidia, qui ont été retenues. Interrogé sur des précisions techniques complémentaires, ni Airbus ni Bull n'ont été en mesure de répondre à nos questions. Précisons qu'en novembre dernier, Eviden avait lancé le Sequana XH3500, successeur direct du XH3000, offrant 80% de puissance électrique supplémentaire et 30% de capacité de refroidissement en plus par mètre carré, dans le même encombrement. Selon notre confrère britannique, les Sequana HX3000 d'Airbus s'appuient sur une infrastructure de stockage IBM et ses appliances Storage Scale System, ainsi qu'une interconnexion InfiniBand NDR (Next Data Rate) Nvidia supportant jusqu'à 400 Gbps par port. L’efficacité énergétique du système est optimisée grâce aux technologies de refroidissement liquide direct à eau tiède dont l’échange thermique permet de chauffer des bâtiments voisins.

Des débouchés en jumeaux numérique, algorithmes quantiques et IA

Ces deux systèmes HPC, pré-intégrés dans des datacenters modulaires (dans l’usine de Bull à Angers) décuplent les capacités du groupe pour ses besoins de calcul et de simulation par rapport aux précédents modèles de HPE. Conçus pour fonctionner comme un seul système, leurs charges de travail sont pour autant indépendantes même si un planificateur de tâches sélectionne un site ou l'autre en fonction des ressources disponibles. « La plateforme associe une partition de plusieurs centaines de milliers de cœurs CPU, permettant ainsi de tripler la capacité de calcul par rapport à l'infrastructure précédente », indique la porte-parole d’Airbus. Ces environnements aideront les ingénieurs du groupe pour améliorer ses produits et concevoir la prochaine génération de ses solutions aéronautiques. Il servira plus précisément à ses besoins en matière de simulation de conception aérodynamique, aéroacoustique (cockpit, fuselage, cabine, etc.), mécanique des structures, et propulsion.

Selon notre confrère The Register, le groupe compte aussi dessus dans le cadre de ses projets de jumeaux numériques « grâce auxquels les hélicoptères et autres aéronefs qu’il développe seront non seulement conçus à l’aide du système, mais dont la cellule entière sera également simulée sur ordinateur [...] L'un des outils qu'il est susceptible d'utiliser est le logiciel de dynamique des fluides computationnelle (CFD) CODA, développé conjointement par le Centre aérospatial allemand (DLR), l'Office national de l'aéronautique et de l'espace (ONERA) et Airbus lui-même. » L'avionneur envisagerait par ailleurs de s'appuyer sur Bull aussi pour développer des algorithmes quantiques et IA.