L'introduction en bourse de Cerebras était attendue au tournant. Après au moins deux ans d’attente, le fournisseur américain de puces IA a fini par lancer - et réussir - son IPO. Jeudi dernier, la société est ainsi parvenue à vendre 30 millions d’actions au prix unitaire de 185$. Après avoir connu un pic à 386$ lors de cette journée, l’action côtée au Nasdaq a fini ce vendredi en clôture par retomber à 279 $. La valorisation du groupe atteint désormais sur la base de ce dernier cours de bourse près de 76 Md$. Le montant de cette IPO est largement supérieur aux précédentes estimations qui tournaient en début de mois autour de 3,5 Md$. Cette introduction intervient après que Cerebras ait également levé 1 Md$ (serie H) en février dernier auprès d’investisseurs dont Benchmark, Fidelity Management Altimeter, AMD et Coatue. Il s’agit de l’une des plus importantes aux Etats-Unis après celle d'Uber en 2019 (8,1 Md$) et Facebook en 2012 (21,4 Md$).
Fondé en 2016 à Sunnyvale (Californie) par Andrew Feldman (CEO), Cerebras aurait réalisé en 2025 un chiffre d’affaires de 510 M$, en hausse notable par rapport aux 272 M$ de l’année précédente. Pour autant, la dépendance de son activité à la société IA des Emirats-Arabes Unis G42, qui constituerait 87 % de son chiffre d’affaires, inquiète quelque peu des analystes. La situation semble pourtant évoluer avec la récente annonce du partenariat avec OpenAI qui, cherchant à diminuer sa dépendance avec Nvidia, avec l’achat de puces pour un montant estimé à près de 10 Md$. « La croissance de Cerebras est impressionnante, mais les investisseurs doivent examiner attentivement la concentration des revenus et la rentabilité avant de s’engager », a averti Patrick Moorhead, analyste en chef chez Moor Insights & Strategy.
Des performances élevées comme le prix
Cerebras propose des puces IA spécialisées en inférence dont la troisième génération de son modèle WSE (wafer-scale engine) embarque 4 000 milliards de transistors, 900 000 cœurs pour une performance théorique de 125 pétaflops. Cette puce est fabriquée par TSMC, sur la base d’un processus de gravure de 5nm, et se retrouve dans les serveurs IA CS-3 de la société. Elle vient en concurrencer directe de l’accélérateur B200 de Nvidia que l’on retrouve quant à lui dans ses serveurs DGX. Parmi les avancées de Cerebras en termes de performance IA, des chercheurs ont mis en avant l'utilisation de la communication die-to-die sur puce pour réduire la latence, davantage de bande passante et une consommation énergétique moindre. Des capacités qui ont un coût, un serveur CS-3 pouvant atteindre entre 2 et 3 M$ contre moins de 600 000 $ pour le DGX B200.
Si les performances du WSE-3 s’avèrent plus élevées que celle du B200, elles ont toutefois leur revers. « L'équipe de Cerebras a mis l'ingénierie à contribution pour résoudre des problèmes tels que le rendement, l'alimentation électrique, la dissipation thermique, ainsi que l'assemblage et le conditionnement. À première vue, ces problèmes semblent résolus, mais cela augmente considérablement le coût du système, car des matériaux, des techniques et des outils spéciaux ont été développés pour y remédier », poursuivent les chercheurs. « La fiabilité à long terme de ces solutions doit être examinée, car elles constituent un risque pour la fiabilité globale du système. »

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