L'Europe navigue à vue dans un océan numérique dominé par les États-Unis. C'est le constat implacable que dresse Fabrice Willot dans son ouvrage “ La souveraineté numérique européenne, utopie ou trajectoire de survie ? ”, publié aux éditions Larcier-Intersentia. Des systèmes d'exploitation aux processeurs, en passant par les plateformes cloud - AWS, Azure, GCP -, le Vieux Continent s'est laissé enfermer dans une dépendance structurelle dont il mesure aujourd'hui le coût stratégique. Les administrations publiques, les hôpitaux, les infrastructures critiques fonctionnent sur des briques technologiques (composants, code, support, control plane et métadonnées) qui échappent au savoir-faire européen. Une vulnérabilité que les conflits et les tensions irano-russo-sino-américaines ont brutalement mise en lumière.
Des leviers pour reprendre la main
Face à ce tableau sombre, Fabrice Willot ne cède ni à la résignation ni à l'utopie. Il identifie plusieurs axes d'action structurants : renforcer le financement des acteurs européens du cloud souverain comme Scaleway ou Hetzner, accélérer les programmes de R&D sur les semi-conducteurs via l'European Chips Act, et inscrire la souveraineté numérique comme critère obligatoire dans les marchés publics. L'auteur plaide également pour une convergence réglementaire et industrielle entre États membres, seule à même de constituer une masse critique face aux hyperscalers américains. Un ouvrage qui tombe à point, alors que Bruxelles et les gouvernements européens peinent encore à transformer ces incantations en actes industriels concrets.
Fabrice Willot - La souveraineté numérique européenne, utopie ou trajectoire de survie ?
Editions Edi Pro Corporat, 192 pages

Commentaire