« Des résultats de grande qualité » obtenus à travers une « gamme de produits extrêmement profonde ». C’est ainsi que Nicolas Dufourcq, directeur général de Bpifrance (reconduit pour 5 ans), a entamé ce matin, au siège social de la banque publique d’investissement, la présentation de son exercice 2017. Le compte d’exploitation ne sera livré que dans quelques semaines, mais on sait déjà que le résultat net est de 1 Md€ (contre 741 M€ en 2016). Comme à son habitude, le directeur général a exposé au pas de charge le bilan de l’année écoulée, au fil d’un exposé dense, englobant l’ensemble des activités de l’organisme bancaire : prêts, investissements, garanties aux banques, crédit court terme, aides à l’innovation, fonds, accompagnement…

En 2017, l’offre s’est enrichie sur plusieurs fronts. « Nous avons un nouveau métier, l’assurance export », a d’abord évoqué Nicolas Dufourcq. La filiale de Bpifrance qui s’en charge a démarré le 1er janvier 2017. Parmi les autres faits marquants de l’année, le DG a égrené le nouveau prêt sans garantie pour les TPE déployé dans 9 régions, le lancement de la French Fab pour les industriels (dont Nicolas Dufourcq arborait le logo au revers de sa veste), la création de l’accélérateur HealthTech pour les start-ups de l'e-santé, biotech et medtech, la montée en puissance du PSIM - Programme de soutien à l’innovation majeure –  qui fait suite au concours d’innovations de rupture lancé fin 2013 - ou, encore, le fonds FIEE pour investir dans le secteur de la transition énergétique avec, notamment, des solutions numériques et collaboratives.

Investissements en Capital Innovation : 255 M€ en 2017

Au sein des activités, le soutien à l’écosystème d’innovation est un enjeu majeur, rappelle Bpifrance. Si l’on se focalise sur cette partie, en 2017, le financement autour de l’innovation reste stable « à très haut niveau » par rapport à l’année précédente, à 1,3 Md€, a pointé le directeur de la banque publique. Il a bénéficié à 5 421 entreprises (6 041 en 2016) dont plus de 3 500 sont des PME. Quant à la partie investissement en capital innovation, elle a augmenté de 33% à 255 M€ sur un total de 80 opérations (dont 31 nouveaux investissements). La majorité des fonds investis ici viennent du PIA (programme d’investissements d’avenir de l’Etat). Sur ce terrain, lorsque l’on demande à l’établissement public s’il n’est pas trop puissant dans l’écosystème de start-ups, Nicolas Dufourcq répond « non », car les start-ups françaises de la French Tech ont levé 2,552 milliards d’euros en 2017 (à comparer aux 255 M€ investis par Bpifrance) « donc notre part reste très raisonnable », a-t-il souligné ce matin.

Parmi les financements à l’innovation réalisés l’an dernier, un projet comme Smart Angel – issu de l’appel PSPC, Projets de R&D structurant pour la compétitivité – a reçu 8 M€. Il vise à créer une solution pour surveiller des patients dans leur parcours de soins à travers une médecine « prédictive, préventive, personnalisée et participative », décrit l’entreprise Evolucare (200 salariés, 21 M€ de CA) qui le porte. Du côté des Bourses French Tech, qui permettent de soutenir des créations d’entreprise (jusqu’à 45 000 €), 701 projets ont été financés pour 18,7 M€. Enfin, les prêts d’amorçage investissement constituent un autre type de financement (rappelons que les entreprises peuvent en combiner plusieurs). Dans cette catégorie, Bpifrance a par exemple soutenu Quantilia, une fintech BtoB, à hauteur de 600 000 €, en complément d’une levée de 1 M€ réalisée par un fonds partenaire.

12 M€ investis par le PSIM dans des levées de série A

Sur la partie Capital Innovation, 2017 a vu une montée en puissance du fonds Large Venture « en réponse aux besoins du marché de capital croissance », souligne Bpifrance qui a investi dans Doctolib (35 M€ levés en novembre), Younited Credit (emprunts en ligne) ou encore dans la start-up nantaise Iadvize, spécialisée dans le marketing conversationnel, qui a réussi un 3ème tour de table de 32 M€ en octobre dernier. Concernant les fonds consacrés aux levées de série A, le PSIM (Programme de soutien à l’innovation majeure) a investi plus de 12 M€. Des start-ups comme Snip, Bioserenity ou Wandercraft qui a réalisé un exosquelette pour recréer la marche naturelle (levée de 15 M€ en septembre) en ont bénéficié. Le fonds Ecotechnologie a misé sur Apix Analytics et Safety Line. Le fonds Ville de Demain s’est engagé dans Ector et Stanley Robotics. Quant au fonds Ambition numérique, il est entré au capital de Mano Mano (achats en ligne de produits de bricolage), Intercloud et Vekia (12 M€ en septembre). La banque publique a également fait des cessions, par exemple en vendant sa participation dans la biotech Vexim, « générant 10,5 M€ de plus-value », explique-t-elle.

Sur le terrain des fonds de fonds, l’année a été historique, met par ailleurs en exergue Bpifrance, avec 56 fonds partenaires souscrits pour 1,03 Md€. « L’écosystème français est très très actif dans ce domaine », a insisté Nicolas Dufourcq. Il y a près de 4 000 entreprises en portefeuille sur 366 fonds partenaires. « Pour 1 euro souscrit par Bpifrance, 5 euros sont souscrits par des tiers, contre 4 euros en 2016, indique l’établissement bancaire.

Une boîte à outils complète pour l'export

Bpifrance a par ailleurs un rôle important dans l’accompagnement des entreprises à l’international. Dans ce domaine, « nous avons maintenant une boîte à outils tout à fait complète », a indiqué le directeur général. Celle-ci va de l’aide à la prospection des marchés, avec Business France, jusqu’à la sécurisation des projets et l’implantation. Une panoplie d’assurances (prospection, crédit, change, investissement) borde le parcours. « Cela permet d’accompagner le client dans le continuum », explique Nicolas Dufourcq en commentant « C’est très puissant. Il reste ensuite à l’incarner. Dans chaque délégation régionale de Bpifrance, il y aura un délégué à l’international ». En 2017, sur l’assurance crédit et l’assurance change, le nombre de dossiers PME a augmenté de 38% et 33%. Et la banque propose désormais l’assurance prospection pour aider les entreprises réalisant moins de 500 M€ de chiffre d’affaires à se lancer à l’international. « Vous n’avez pas les moyens de subir un échec, vous ne rembourserez l’indemnité que si vous réussissez votre prospection », assure l’organisme public dans une vidéo diffusée ce matin. On peut y souscrire en quelques clics et obtenir une réponse sous 48 heures. Une start-up comme Navya, spécialisée dans les véhicules autonomes, en a bénéficié l’an dernier.  

2017 a également été la « grande année du crédit export acheteur », a poursuivi le DG. Les volumes de crédit export ont atteint 186 M€ contre 28 M€ en 2016. « Nous avons décollé, nos équipes sont aguerries, le marché bancaire nous a accueilli ». Parmi les exemples de missions export réalisées l’an dernier dans le secteur des technologies avec Business France, un programme d’accélération a immergé des start-ups à Détroit dans le secteur du véhicule connecté. En Europe de l’Est, une mission a concerné Agrotech, en partenariat avec Crédit Agricole. Au Moyen-Orient, une mission Smart City a été réalisée avec Société Générale aux EAU et en Arabie Saoudite.

Fonds Definvest sur la défense, Patient Autonome sur l'e-santé

La page de 2017 tournée, Bpifrance a exposé ses objectifs, multiples, pour 2018. Sur la partie PME, la banque veut notamment renforcer les fonds propres des secteurs stratégiques de l’industrie et des services. Le fonds Definvest va être déployé avec la DGA dans le domaine de la Défense. Interrogé par LMI, Nicolas Dufourcq a précisé qu’il s’agirait d’un fonds « relativement modeste de 50 M€ » - à cheval entre le capital risque et le financement - qui permettra en particulier d’investir dans des start-ups de la cybersécurité, ainsi que dans des entreprises plus mûres « qui détiennent des diamants pour la souveraineté nationale ». Le fonds France Investissement Energie Environnement (FIEE) fait également partie des projets PME, de même que le doublement du fonds France Investissement Tourisme (FIT) qui passe de 100 à 200 M€.

En matière de capital innovation, le secteur des biotech/medtech sera soutenu par la création des fonds Patient Autonome, InnoBio 2, Ecotechnologies 2, Ambition Numérique 2 et Frontier Venture. La banque publique va par ailleurs mettre en place un hub Health Tech pour les start-ups de la e-santé.

Favoriser les levées supérieures à 20 M€

Le fonds Large Venture est porté à 1 Md€ pour favoriser « les levées supérieures à 20 M€ », à l’instar de celles réalisées avec Doctolib, Younited Credit et Iadvize. « Nous n’avons pas en France, et c’est une faiblesse, les levées à 100 M€ que l’on voit aux Etats-Unis et, même, en Angleterre », a déploré Nicolas Dufourcq en rappelant que la dernière grosse levée à plus de 100 M€ a été Sigfox (150 M€ en novembre 2016), l’opérateur de réseau IoT basse consommation. Le directeur général de Bpifrance évoque la levée de fonds de 66 M$ réalisée outre-Atlantique la semaine dernière par les Français Mathilde Collin et Laurent Perrin qui proposent, avec leur start-up Front, une boîte mail à partager en équipe. « C’est cette puissance-là que notre écosystème va devoir comprendre. Le focus sera beaucoup sur les deep tech et l’IA ».

Sans surprise, le capital innovation sera donc particulièrement axé sur l’intelligence artificielle et la robotique, mais aussi les objets connectés, les nouvelles mobilités, les Villes de demain et les énergies vertes. Du côté des fonds de fonds, les décisions d’engagement sont de 800 M€. Cela inclut le Fonds Digital de 200 M€ géré pour le compte de la Caisse des dépôts.

4 000 entreprises à accélérer à horizon 2020

Le dernier point abordé ce matin sur les objectifs 2018 concerne le lancement de trois accélérateurs de plus, en partenariat avec des régions. Ils seront situés en Ile-de-France, dans le Grand Est et dans le Centre-Val de Loire. « Le ministre de l’Economie Bruno Le Maire nous a demandé d’équiper la France d’un réseau d’accélérateur », a exposé Nicolas Dufourcq. « C’est une tâche gigantesque. En 2017, plus de 200 entrepreneurs sont passés dans nos accélérateurs. En 2018, il y en aura pas loin de 900 et nous allons monter vers les 4 000 promis au ministre d’ici 2020 », a prédit le dirigeant de la banque publique.