Pendant vingt ans, les entreprises ont appris à vivre avec le vendor lock-in : une base difficile à migrer, un ERP autour duquel tout finit par s’organiser, un cloud dont les services propriétaires deviennent trop coûteux à remplacer. Avec l’IA, nous sommes en train de reproduire la même erreur beaucoup plus vite.
Un modèle est choisi. Puis viennent ses prompts, ses outils, sa mémoire, ses connecteurs, ses agents. Quelques mois plus tard, changer de fournisseur ne consiste plus à changer une API : il faut déplacer le système entier.
IOS et Android n'ont pas eu besoin de s'éliminer
Le parallèle avec les smartphones est plus utile que l’opposition simpliste entre modèles propriétaires et open source. iOS existe toujours. Android aussi. Apple privilégie un environnement intégré et contrôlé ; Android un écosystème plus ouvert et adaptable.
L’IA suivra probablement le même chemin. Les meilleurs modèles propriétaires continueront à justifier leur prix sur certaines tâches. Les modèles ouverts gagneront là où le coût, la souveraineté ou la personnalisation comptent davantage. La vraie question n’est donc pas quel camp gagnera. C’est : pourra-t-on passer de l’un à l’autre ?
Le modèle devient une couche interchangeable
OpenRouter en donne une bonne illustration. La plateforme agrège aujourd’hui des centaines de modèles et plusieurs dizaines de fournisseurs derrière une interface unique. Une requête peut être routée selon le prix, les performances ou la disponibilité.
Le mouvement est clair : nous achetons de moins en moins « un modèle » et de plus en plus une capacité adaptée à une tâche.
Le MCP pousse la même logique côté outils. Le protocole permet à différents modèles et agents de se connecter aux mêmes données et logiciels sans reconstruire chaque intégration. Là encore, la couche modèle se découple du reste du système.
L’ouverture est une propriété de l'architecture
Éviter le lock-in ne signifie pas tout héberger soi-même. Une entreprise peut utiliser Claude pour une tâche, un modèle OpenAI pour une autre et un modèle ouvert localement pour des données sensibles.
Les bonnes questions sont ailleurs : où sont les données ? Les instructions sont-elles récupérables ? Peut-on changer de modèle sans réécrire le workflow ? Les outils reposent-ils sur des interfaces standard ? Les évaluations appartiennent-elles à l’entreprise ?
Le meilleur modèle de septembre 2026 n'est pas le sujet
Le sujet est de pouvoir utiliser le meilleur de mars 2027.
C’est là que devrait se trouver la propriété intellectuelle : dans les données, les règles, le contexte, les évaluations et les connexions avec le système d’information. Pas dans la dépendance à une API.
Les entreprises qui gagneront ne seront probablement ni celles qui auront choisi l’open source contre le propriétaire, ni celles qui auront parié sur le bon fournisseur. Ce seront celles qui auront construit suffisamment ouvert pour ne plus avoir besoin de parier.

Commentaire