C’est au milieu des années 1970 que SAS, cofondé par son CEO Jim Goodnight, a commencé à fournir aux entreprises des outils statistiques pour extraire de leurs données des informations à exploiter et les transformer en action. Quatre décennies plus tard, sa plateforme native cloud Viya tire profit du milliard de dollars investi dans l’intelligence artificielle par l’éditeur américain. Elle applique les fonctions analytiques et d’apprentissage machine à des volumes de données toujours plus importants et complexes, a souligné Jim Goodnight en introduction de SAS Global Forum, en mai dernier. Viya 4.0 repose sur une architecture conteneurisée orchestrée par Kubernetes. Ses capacités de traitement massivement parallèles répondent à la demande des organisations d’analyser les données à travers des centaines de modèles différents, explique le CEO. 

« Nous avons conçu le système pour gérer les big data, pour les garder en mémoire car tous les modèles non linéaires et la plupart des modèles d’apprentissage machine requièrent plusieurs passages des données », rappelle-t-il. En gardant les données en mémoire, les traitements peuvent être accélérés par un facteur 100 ou plus. « Une fois que les données sont analysées et qu’un modèle est créé sur la plateforme, il peut être envoyé immédiatement en production, ce que d’autres ne peuvent pas faire sans code additionnel ou réécriture », indique le dirigeant. « Avec la pandémie, des entreprises ont fait de l’analyse de données une priorité pour délivrer des services vitaux aux citoyens, planifier la demande, etc. Le monde a soudainement changé, forçant l’innovation et repoussant les limites autant que possible. » 

Utilisation accrue de la vision par ordinateur

Le télétravail installé dans le paysage, tant pour les équipes de R&D qu’au sein des entreprises, il a fallu répondre à la demande pour adapter les capacités analytiques et les rendre plus agiles, a exposé Jim Goodnight lors d’un échange en amont de la conférence, et qui a confirmé en particulier une énorme demande pour le machine learning. Le CEO pointe l’utilisation accrue de l’intelligence artificielle dans différents domaines de la reconnaissance visuelle. Dans la recherche sur le cancer, à Amsterdam, l’University Medical Center recourt à l’IA de SAS à travers la vision par ordinateur et l’analyse prédictive pour mieux identifier les patients pouvant bénéficier d’une chirurgie vitale. Aux Etats-Unis, c’est dans la recherche sur les cultures que la technologie est exploitée (l’analyse des données agricoles a constitué l’un des premiers projets de SAS il y a plus de quarante ans). « Tout ce qu’un humain peut voir, nous pouvons entraîner un ordinateur à le voir aussi et à l’identifier. » 

Ainsi, l’initiative Rainforest de SAS, en partenariat avec IIASA (International Institute for Applied Systems Analysis), utilise les capacités de visualisation de l’IA pour évaluer l’amplitude des dommages entraînés par la déforestation de la forêt amazonienne, à partir de photos aériennes et satellite. Ici, la participation de chacun a été sollicitée pour que l’œil humain aide le modèle à apprendre à détecter ce qu’il n’a pas encore appris à reconnaître. Identification aérienne également sur le réseau électrique pour surveiller l’impact de la pousse des arbres au-dessous des pylônes. « Nous entraînons des drones qui survolent ces parcours recherchant la végétation sur laquelle les entreprises doivent intervenir », décrit le dirigeant de SAS.

« La plupart des modèles d’IA sont similaires aux modèles statistiques »

Parmi les applications du machine learning, les entreprises adoptent aussi la technologie de chatbot de SAS pour créer des agents de conversation en interne plutôt que d’en sous-traiter le développement. « On voit apparaître de plus en plus de bots basés sur cette technologie », indique le CEO. Parmi les exemples récents, outre-Atlantique, SAS a notamment développé avec l’ITRC (Identity Theft Resource Center) un assistant virtuel pour aider les victimes de fraude et de vol. Les chatbots interagissent avec l’écosystème Viya en combinant reporting, visualisation, analytique et IA à travers une interface de conversation no-code. 

Pour Jim Goodnight, pionnier de l’analytique, l’IA vient apporter un autre niveau de profondeur à l’analyse de données. Elle excelle dans le domaine de la voix, transformée en texte, et du texte vers la voix, en utilisant pour le faire des réseaux neuronaux profonds, très complexes. La plupart des modèles d’IA sont identiques aux modèles statistiques, indique le CEO. « Les réseaux neuronaux sont très similaires aux modèles non linéaires que nous avons faits pendant des années », décrit-il.

Une ouverture au cloud public engagée avec Azure

Autour de sa plateforme Viya, SAS développe une approche multicloud. L’éditeur a d’abord noué l’an dernier un partenariat important avec Microsoft, en retenant Azure comme cloud de référence. Plus récemment, en mai, il a étendu son support des clouds publics à AWS et Google Cloud. « Nous allons réaliser de plus en plus d’intégration avec eux », annonce Jim Goodnight en soulignant l’effort de R&D requis pour prendre en charge les différentes technologies d’infrastructure en présence. Le choix d’environnements couverts inclut aussi le support de la plateforme Red Hat OpenShift basée sur Kubernetes pour les déploiements hybrides. La version 4 de la plateforme Viya, sortie fin 2020, est intégrée nativement avec des services d’Azure tels qu’Active Directory, Azure Kubernetes Services et Azure Synapse, ce dernier associant datawarehouse et analyse des big data. SAS et Microsoft collaborent aussi sur des solutions verticales, par exemple dans le secteur public et dans l’Internet des objets. Dans l’IoT, la ville de Cary, en Caroline du Nord, s’est appuyée sur ce partenariat pour améliorer la prévision et la surveillance des inondations lors des épisodes de fortes précipitations. La solution combine Azure IoT et les capacités analytiques edge-to-cloud IoT et d’intelligence artificielle de SAS.

Si les entreprises migrent vers le cloud, les trois quarts des clients de SAS utilisent néanmoins encore leurs solutions sur site. Beaucoup ont développé leur propre infrastructure de cloud en interne, comme les grandes banques, rappelle Jim Goodnight. Interrogé sur la façon dont il voit ses clients évoluer vers le cloud, le CEO estime que c’est difficile à dire. Il constate que certains trouvent que le cloud pourrait être plus coûteux pour eux que d’exploiter les solutions on premise. Pour certains, l’expérience cloud pourrait être menée pendant quelques années avant de comparer les coûts pour voir ce qu’il est préférable de garder, entend-il. « Nous sommes flexibles, nous proposons les deux. » Concernant les partenariats avec des fournisseurs de cloud locaux pour les problématiques de souveraineté des données, il revient aux filiales locales de SAS d’en étudier la faisabilité, compte tenu de la R&D à engager pour le réaliser. « Mais nous sommes certainement disposés à évaluer toute opportunité de ce type qui se présente à nous », expose le dirigeant.

Une centaine de milliers d’étudiants chaque année

Interrogé sur les évolutions dans le domaine de l’analytique, Jim Goodnight voit se poursuivre une utilisation accrue de l’IA. Il évoque les modèles GAN, generative adversarial networks, qui peuvent par exemple recréer de façon très réaliste une personne qui parle. Il s’agira alors de pouvoir analyser les vidéos pour déterminer leur authenticité.

Enfin, pour apporter la maîtrise des fonctionnalités de data science qu’il développe, SAS a toujours été très impliqué sur le terrain de l’éducation et de la formation. « Une partie de notre démarche dans ce domaine est de nous assurer que les universités enseignent les technologies SAS », souligne Jim Goodnight. « Nous fournissons des documentations sur la façon de les enseigner et de les utiliser, ainsi que différents cours. Nous avons probablement une centaine de milliers d’étudiants dans le monde chaque année qui suivent ou obtiennent un diplôme sur l’expérience SAS. Nous avons plus de 80 diplômes de maîtrise en analytique avancée qui sont délivrés dans le monde entier. Et le salaire moyen des diplômés SAS est d’un bon niveau. À cause de la pandémie, une grande partie de nos programmes s’est faite en ligne et le coût n’est généralement pas très élevé. L’utilisation de nos cours en ligne a fortement augmenté l’an dernier. »