Comme beaucoup d’éditeurs d’ERP, Epicor met le cap sur le cloud et vient de dévoiler le calendrier au cours duquel il arrêtera la fourniture de ses anciens outils sur site. L’entreprise lancera les dernières versions de Kinetic, Prophet 21 et BisTrack à partir de la fin 2026. Par ailleurs, elles proposera différents niveaux d’assistance selon un calendrier échelonné qui débutera plus tard cette année. Epicor affirme qu’en contrepartie les entreprises pourront avoir accès à des outils et des fonctions exclusives notamment sur l’IA dans la version Cloud sans avoir à maintenir d'infrastructure.
Mais, selon les analystes, cette décision posera des défis à certaines sociétés, en particulier celles qui opèrent dans des secteurs hautement réglementés et sensibles aux données. « Ces entreprises ne doivent pas considérer ce changement comme une simple décision d'hébergement, mais bien comme un changement de modèle opérationnel à long terme », a fait remarquer Manish Jain, directeur de recherche principal chez Info-Tech Research Group. « Ce ne sont pas les clients qui choisissent le cloud, ce sont les fournisseurs qui suppriment les alternatives », a-t-il ajouté.
Un changement progressif
Dans le détail, l’éditeur précise que « les clients utilisant les versions sur site de Kinetic, Prophet 21 et BisTrack continueront à bénéficier d'une assistance », a précisé le fournisseur, mais les versions finales seront déployées entre 2026 et 2028, en fonction de la plateforme. Les entreprises passeront ensuite à un « support actif » jusqu'en 2029 au plus tard, et un « support soutenu » débutera dès 2027. Plus de 20 000 entreprises utilisent Epicor Cloud. « En général, Kinetic est utilisé par les petites et moyennes industries qui ont des exigences complexes en matière de production, de supply chain et d’atelier » a expliqué Robert Kramer, vice-président et analyste principal chez Moor Insights & Strategy. « Les grossistes et les distributeurs industriels qui ont besoin d'une gestion rigoureuse des stocks, des prix et des commandes s'orientent vers Prophet 21, tandis que BisTrack est populaire dans les secteurs de la distribution de matériaux de construction, de bois et de fournitures de chantier », a-t-il précisé. « Epicor ne va pas désactiver les systèmes sur site du jour au lendemain », a rassuré M. Kramer, mais toutes les dernières fonctionnalités, les améliorations de la plateforme et les investissements à long terme dans la feuille de route seront exclusivement basés sur le cloud.
Le calendrier est le suivant :
Pour Kinetic: La dernière version sur site est prévue pour janvier 2028. Le support actif qui offre un accès complet à l'assistance téléphonique Epicor, aux mises à jour de sécurité, à l'examen des nouveaux problèmes, etc., sera proposé jusqu'au 31 décembre 2029. Enfin, le support continu qui offre une assistance téléphonique limitée, l'accès à la dernière version (mais pas aux nouveaux modules) et une base de connaissances en ligne, débutera le 1ᵉʳ janvier 2030.
Pour Prophet 21 : la version version sur site est prévue pour mai 2028. Le support actif sera proposé jusqu'au 30 juin 2029 et le support continu démarrera à partir du 1er juillet 2029.
Pour BisTrack: la version finale sur site de BisTrack Web Browser & API est prévue pour juillet 2028. Le support actif sera maintenu jusqu'au 30 juin 2029 et le support continu sera effectif à compter du 1er juillet 2029.
Pour BisTrack Desktop : la version finale sur site est prévue pour décembre 2026. Le support actif sera proposé jusqu'au 31 décembre 2028 et le support continu sera mis en place à compter du 1ᵉʳ janvier 2029.
Pour BisTrack UK 3.9 (2017): le support actif sera maintenu jusqu'au 31 décembre 2026 et le support continu sera effectif à compter du 1ᵉʳ janvier 2027.
Des avantages et des risques
« Cette décision profitera aux clients qui souhaitent se moderniser et tirer parti des systèmes ERP de demain : l'IA agentique et l'approche par les évènements », a fait valoir M. Kramer de Moor Insights & Strategy. Parmi les avantages, il cite une infrastructure plus simple, des mises à niveau plus prévisibles et l'accès à des fonctionnalités supplémentaires sans avoir à gérer des serveurs, des bases de données ou des correctifs, ni à effectuer des mises à niveau chronophages et coûteuses en ressources. « Rester sur site devient une décision de maintenance viable, et non une décision de croissance », a déclaré l’analyste. Les entreprises gagneront en liberté pour innover et « adapter dynamiquement leurs coûts » à leurs revenus grâce à l’unité économique, a souligné M. Jain d'Info-Tech. « Cette évolution sera présentée comme favorable aux entreprises qui privilégient la rapidité, l'évolutivité et la réduction de la gestion des infrastructures, en particulier celles dont les capacités IT sont limitées pour maintenir des environnements ERP avec une fiabilité de production », a-t-il ajouté. « Pour les entreprises dont les activités sont continues, dont les calendriers sont serrés ou qui ont besoin d'un temps d'arrêt limité, le risque opérationnel passe de l’IT interne à l'architecture, aux accords de niveau de service (SLA) et à la réponse aux incidents du fournisseur », a-t-il expliqué. « À l'avenir, les entreprises devront planifier des cycles de mise à niveau dirigés par les fournisseurs, une dépendance accrue aux feuilles de route des versions et un contrôle réduit sur l'infrastructure », a-t-il souligné.
Les ERP cloud (qu'il s'agisse d'Epicor, de Microsoft ou de SAP) ne suppriment pas les risques, ils les remodèlent. Les entreprises troquent les pannes localisées sur site contre des dépendances à l'échelle de la plateforme qui peuvent paralyser des chaînes de valeur entières si la résilience et la gouvernance ne sont pas délibérément conçues pour ça. « Pour les entreprises qui s'appuient sur ces solutions, le changement stratégique consiste à passer de la flexibilité de déploiement à la gestion des dépendances, et de nombreux DSI ne consacrent pas suffisamment de ressources à cette transition », a fait remarquer M. Jain. « Les secteurs hautement réglementés ne seront pas exclus », a-t-il noté. Ils seront plutôt contraints d'adopter et de combiner des noyaux ERP cloud avec des contrôles de données plus stricts, des exigences de résidence et des mécanismes de gouvernance compensatoires. Ou, s'ils exigent une souveraineté stricte des données, ils devront peut-être passer à des clouds souverains. « Demain, les secteurs réglementés ne seront pas bloqués par le cloud, mais par l'architecture », a avancé M. Jain. « À mesure que les options sur site disparaissent de l'espace ERP, la conformité devient un défi technique. »
Les entreprises doivent s'adapter au cloud
Dans l'ensemble, les fournisseurs d'ERP se sont tournés vers des modèles axés sur le cloud. Ce qui leur permet « d'accélérer l'innovation, de standardiser les plateformes, d'intégrer des capacités d'IA et, surtout, de maintenir des revenus récurrents », a fait valoir M. Jain. Les éditeurs ont considéré les architectures sur site comme des obstacles à la réalisation de ces objectifs. Concentrer le développement dans le cloud est devenu le principal moyen pour les fournisseurs de procéder à des mises à jour continues, d'intégrer des analyses basées sur l'IA et d'assurer la sécurité à grande échelle sans « imposer des projets de mise à niveau perturbateurs tous les deux ou trois ans », a déclaré M. Kramer. « Le maintien de plateformes parallèles sur site et dans le cloud ralentit l'innovation et augmente les coûts, c'est pourquoi les fournisseurs essaient désormais de tracer une ligne plus claire », a-t-il souligné.
Cette décision permettra à Epicor de concentrer l'ingénierie, la sécurité et l'innovation sur un seul modèle de déploiement au lieu de « fragmenter les efforts entre les versions cloud et sur site », a-t-il indiqué. Les clients renoncent à une partie du contrôle et acceptent de dépendre d'un service centralisé. Selon M. Kramer, les plateformes cloud sont résilientes, mais les pannes ne sont plus des événements locaux que les clients peuvent atténuer grâce à des solutions de secours internes ou des contournements. Pour les secteurs réglementés ou sensibles qui ne peuvent pas passer entièrement au cloud public, « cela ne signifie pas qu’ils sont au pied du mur, mais cela réduit les options à long terme », a-t-il déclaré. Les déploiements hybrides, privés et souverains deviendront le juste milieu, mais ils comportent leurs propres défis, nécessitant une planification plus réfléchie, une gouvernance plus forte et une responsabilité plus claire. « Au fil du temps, même les entreprises hautement réglementées seront poussées à moderniser leur utilisation des ERP », a fait remarquer M. Kramer. « Non pas parce que les solutions sur site cessent de fonctionner, mais parce qu'elles cessent progressivement d'évoluer pour répondre aux nouvelles exigences commerciales et réglementaires. »

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