En direct de Palo Alto - Depuis plusieurs années, le petit monde d’Internet bouillonne autour des technologies blockchain : chiffrement, traçabilité, certification des transactions, cryptoactifs et autre tokens. Après la phase découverte, les projets ont gagné en maturité dans les entreprises pour notamment assurer la fluidification des échanges tout en assurant une traçabilité immuable. Mais l’arrivée progressive du Web3, une vision initiée en 2014 par l'un des créateurs de la blockchain Ethereum, Gavin Wood, suite à l’affaire Snowden, et aujourd’hui portée par la Web3 Foundation, relance aujourd’hui les travaux autour des technologies blockchain. Le Web3, tel qu'il est envisagé par la Fondation Web3, sera un Internet public où les données et le contenu sont enregistrés sur des blockchains, tokenisées, ou gérées et accessibles sur des réseaux distribués peer-to-peer. Sur le papier, le Web3 promet d'être une version décentralisée et immuable du web, sans intermédiaires et construite avec la même vérifiabilité cryptographique qui a donné naissance aux crypto-monnaies, aux jetons non fongibles (NFT) et à de nouveaux types d'applications décentralisées reposant sur un grand livre distribué, ou Dapps. Comme nous l’a expliqué Colin Evran, directeur de l’écosystème développeurs chez Protocol Labs, « le Web3 introduit réellement la réécriture de la confiance dans les interactions Internet, notamment en apportant la vérifiabilité aux primitives sous-jacentes du stockage et de l'informatique cloud ».

Fondé en 2014 par Juan Benett, Protocol Labs ambitionne de participer à la construction de la prochaine génération d'Internet. La start-up est à l’origine du protocole IPFS (InterPlanetary File System) et de libp2p qui sont deux des primitives fondamentales du Web3. IPFS est une couche d'adressage de contenu qui réduit tout contenu sur le Web à un hachage cryptographique unique, et est utilisé par la plupart des objets du Web3, tandis que libp2p est un protocole réseau peer-to-peer « Notre équipe compte environ 400 personnes et englobe vraiment certains des principaux chercheurs, ingénieurs et développeurs de l'écosystème du Web3. Nous sommes en fait un peu un studio où nous incubons et finançons des centaines de start-ups dans l'écosystème occidental qui s'appuient sur notre technologie » a poursuivi Colin Evran. « Nous sommes soutenus par certains des principaux investisseurs de la Silicon Valley, mais ce que Protocol Labs essaie de faire, c'est d'accélérer la transition vers le Web3 ». Avant d’arriver à cet eldorado, il est nécessaire d’assurer la transition avec une sorte de Web 2.5. C'est ce sur quoi Protocol Labs avec sa plateforme Filecoin :  un réseau de stockage cryptographique décentralisé reposant sur la blockchain. « Aujourd'hui, Filecoin est vraiment une couche de stockage de données évolutive, mais ce que nous essayons de faire, c'est d'ajouter tout un tas de services différents, des marchés de stockage à l'extraction, au calcul sur les données, aux smart contrats sous-jacents, et d'avoir plus de souplesse dans notre architecture pour qu'elle devienne la couche de stockage de données évolutive pour le lancement du Web3 », nous a assuré M. Evran. Parmi les clients actuels citons Audius, Fleek Storage, Huddle01, Inflow Music, Mona (Métaverse), NetStorage, Numbers Protocol ou encore Slate.

Protocol Labs étend bien étendre le champs d'action de sa plateforme Filecoin. (Crédit S.L.)

La concurrence s'affiche aussi 

Avant d’aborder la partie technique de ce sujet, précisons que Protocol Labs n’est pas la seule compagnie a travaillé sur un service de stockage et de sauvegarde décentralisé basé sur la blockchain. Depuis 2015, Storj Labs développe une plateforme utilisant utilise une architecture décentralisée en mode peer-to-peer avec de la blockchain pour stocker des données chiffrées sur les ordinateurs des utilisateurs du monde entier. Anciennement baptisé Tardigrade (ce n’est plus le cas), ce service de stockage objets compatible S3 ambitionne de concurrencer la plateforme d'Amazon avec une approche qu'elle dit plus rentable et plus résiliente. Protocol Labs a choisi une autre approche en s’adressant aux développeurs et aux providers possédant – ou louant – leurs datacenters, et désirant proposer un service de stockage secondaire reposant sur Filecoin, exploitant les protocoles open source IPFS et libp2p.

« Aujourd'hui, il y a 4 500 fournisseurs de services dans le monde entier qui ont embarqué 17 exaoctets de stockage, ce qui est une énorme quantité de données. AWS a commencé en 2006. Google Cloud et Microsoft Azure quelques années plus tard, et ça leur a pris jusqu'en 2012 pour atteindre cette capacité. Donc environ six ans pour que ces grands acteurs atteignent collectivement environ 15 exaoctets de fichiers stockés alors que nous avons atteint ce jalon en un peu plus d'un an. Aujourd'hui, si vous faites un zoom sur l'espace Web3, le Filecoin est dominant avec près de 99% de la capacité de stockage dans l'espace Web3 », nous a expliqué Chris Garcia, directeur marketing chez Protocol Labs. « Nous voyons Filecoin se développer globalement, mais les régions à plus forte croissance sont en fait l'Amérique du Nord, qui a augmenté d'environ 89% au T2 et T3 2022, Hong Kong, Singapour et la Slovénie. Et nous remarquons une certaine croissance en Europe aussi, car nous avons en quelque sorte répandu le message et les acteurs du stockage du monde entier comprennent notre proposition de valeur et comment ils peuvent gagner de l'argent ». C’est en fait le fonds de commerce de Protocol Labs, qui ne propose pas de plateforme de stockage, mais fournit les briques logicielles assurant l’ossature des services de ChainSafe, PikNik ou Seal. Protocol Labs annonce pas moins de 4 000 fournisseurs de services cloud exploitant Filecoin, mais impossible de les trouver sur leur site. 

Un modèle économique rôdé

Revenons sur le modèle économique de Protocol Labs. « Il y a deux façons pour un fournisseur de stockage dans le réseau Filecoin de gagner de l'argent. La première est de récupérer les frais de transaction. C'est la façon normale de faire. La deuxième est similaire à Bitcoin, ils gagnent une récompense similaire à la façon dont les mineurs de Bitcoin gagnent une fraction de Bitcoin chaque fois qu'ils prouvent et maintiennent le consensus dans la blockchain. Donc aujourd'hui, les 16 exaoctets de capacité de stockage, ils rapportent déjà pas mal d'argent à la blockchain elle-même, mais ils peuvent gagner énormément plus d'argent pour acheter le stockage d'ensembles de données réels et obtenir des honoraires des clients », a indiqué M. Garcia. Et, Protocol Labs empoche une commission de 15% sur les transactions réalisées avec sa plateforme avec son cryptoactif baptisé FIL.

« Aujourd'hui, il y a environ 230 pétaoctets de stockage sur le réseau Filecoin, c'est environ 9 fois plus que ce qu’au début de l'année et ces données réelles augmentent d'environ 20% par mois. Et cela couvre environ 1000 clients uniques dans le monde entier. Ce sont des données majeures du Web2 pour des plateformes majeures du Web3 comme Open See qui stocke différentes choses. Les transactions quotidiennes engagées ont atteint environ deux à trois pétaoctets par jour le mois dernier ». Si Protocol Labs assure garantir un rendement de 20% à ses partenaires, la start-up empoche une commission de 15% sur les opérations réalisées avec Filecoin.

La feuille de route de Filecoin répond aux demandes des clients. (Crédit S.L.)

Objectif : devenir neutre en carbone en 2022

Un mot pour conclure sur la consommation d'énergie de ces plateformes de stockage exploitant une technologie blockchain, ici Filecoin. La blockchain - surtout avec le Bitcoin -  consomme beaucoup d'énergie, et un acteur comme Ethereum a pris conscience du problème avec son programme baptisé The merge. Protocol Labs a décidé de s’attaquer à cet épineux sujet dès l’origine et assure sensibiliser les fournisseurs de services participant à son programme ESPA. « Notre blockchain est la plus transparente dans l'espace Web3 où les fournisseurs de stockage peuvent vérifier l'état de la consommation d'énergie qu'ils utilisent à travers le réseau. Et en raison du mécanisme de consensus de Filecoin, il est incroyablement économe en énergie pour poster des preuves sur la blockchain, contrairement à de nombreuses blockchains comme Bitcoin et autres. Notre objectif cette année est de devenir neutre en carbone », nous a assuré Chris Garcia.