C’est en plein coeur de Paris à la Maison de la Mutualité que Huawei a donné rendez-vous jeudi dernier à ses clients et partenaires à l’occasion de son Forum Innovation Data Infrastructure de Paris 2026. Pour l’occasion il a passé en revue ses dernières avancées en stockage pour répondre aussi bien aux projets data et IA des entreprises et fait le point sur sa stratégie. Parmi les annonces, la dernière génération d’OceanStore Dorado (fichier, bloc et objet) passe - enfin - au full flash convergé. Une arrivée tardive, mais que le groupe compte bien compenser par une fonction qui selon lui n’existe pas ailleurs sur le marché. « Nous sommes les seuls sur ce marché à proposer ce type d’offre avec du PCA actif-actif en SAN, NAS et S3 », a indiqué dans un point presse Benoit Fixe, CTO de l’activité Data Center solutions chez Huawei France. Parti en retard sur le stockage objet, le CTO estime par ailleurs l'avoir rattrapé. « Je considère que l'on s'est remis au niveau par rapport à un standard sur le stockage objet », explique Benoit Fixe.
Il existe 5 modèles de baies OceanStor Dorado full flash (3000, 5000, 6000, 8000, et 18000), chacune ayant bien sûr des caractéristiques propres en termes de contrôleurs sur base Arm développés par la filiale maison HiSilicon (jusqu'à 16 pour la 3000 et 128 pour la 18000), de cache (128 à 256 Go pour la 3000 et 2 à 6 To pour la 18000), de capacité (1 Po pour la 3000 et 24 Po pour la 18000), de modules I/O supportés (6 pour la 3000 et 28 pour la 18000)... Le système de stockage convergent full flash OceanStor Dorado embarque par ailleurs un algorithme FlashLink pour améliorer la gestion des lecteurs SSD. Il permet aux puces des contrôleurs et aux lecteurs d'améliorer notamment la performance des E/S. Grâce à des algorithmes améliorés et à l'adoption innovante de SmartNIC basés sur DPU (Data Processing Unit), ce système de stockage prend également en charge la séparation des flux de données et des flux de contrôle, permettant ainsi à de très grands volumes de données de circuler directement vers la mémoire et les lecteurs. Avec à la clef moins de goulots d'étranglement liés à la bande passante et à la puissance de calcul du CPU, avec jusqu'à 50 % de performance en plus à matériel comparable selon le fournisseur.

Dans sa configuration maximale, le système de stockage OceanStore Dorado all flash se compose de 4 armoires Dorado 18000. (Crédit DF)
Le modèle d'OceanStore Dorado full flash présenté dans sa plus grande configuration couple 4 armoires Dorado 18000 (il avait en fait été dévoilé lors du dernier Mobile World Congress de Barcelone en début d’année), apporte une grande scalabilité, toujours selon le CTO de Huawei France. « Nous avons jusqu’à 128 contrôleurs certifiés en détection anti-ransomware et une prise en charge multi-protocoles SAN, NAS et S3 sur un même pool, avec PCA actif actif et symétrique, et un bucket lun accessible en lecture et écriture avec compression et déduplication 4 à 5:1. » A noter qu'il est possible d'ajouter des modules KV cache (OceanDisk 1800) pour étendre la mémoire cache du GPU et gagner en rapidité, ce qui a par exemple permis à un client allemand du fournisseur chinois de diviser par deux le nombre de serveurs et de GPU. A noter que Huawei propose également des cartes d’extension DPU pour accroitre la modularité du système pour améliorer les entrées-sorties front end dans des domaines variés : compression et déduplication, anti-ransomware... Tout dernièrement, Huawei a par ailleurs annoncé des SSD embarquant des puces Die on Board (DoB) au lieu de 3D NAND avec 290 à 400 couches produites par Samsung, SK Hynix ou Micron, indisponibles pour cause de sanctions américaines, afin de monter des mémoires NAND directement sur le circuit imprimé, explique TomsHardware. Par ailleurs selon Blocks & Files, cela a permis d'augmenter la densité pour contourner les limites des conditionnements BGA/TSOP. Les capacités annoncées vont de 61,44 à 122,88 To avec une version à 245 To en cours de développement, explique notre confrère.

Une carte d'extension de 256 To pour le système d'inférence et de training IA A800 est dans les tuyaux. (Crédit DF)
Autre système passé en revue, mais déjà lancé il y a plusieurs mois, l’A800, pour optimiser la partie inférence et le training d'entreprises qui ont déjà de l'expérience en workloads IA et cherchent à les optimiser. « Pour commencer à faire de l'IA, deux serveurs NAS et une baie full flash suffit », assure Benoit Fixe. L'A800 n’a pas encore de clients en France, mais un MSP l'étudie pour un cas d'usage orienté augmentation des temps de réponse. Ce système peut facilement être étendu avec des cartes DPU 128 To à 256 To (à l'état de prototype aujourd'hui) dont nous avions déjà évoqué l'existence au MWC 2025.
Une supply chain résiliente dans un contexte pénurique de mémoire
A l’heure où de très nombreux fournisseurs de solutions de stockage (Dell Technologies, HPE, Netapp...) rencontrent des problèmes d’approvisionnement entretenus par une demande très forte sur le marché de la mémoire, d’autres arrivent contre vents et marées à sortir la tête de l’eau. C’est le cas de Huawei, passé en quelques années de la position d’outsider à celle de leader sur le marché des solutions de stockage full flash. « Nous avons fait un super premier trimestre et une très bonne année 2025 », se félicite Benoit Fix. Une remontada qui s’explique par la capacité du fournisseur chinois à maitriser de bout en bout la chaine de production d’un système de stockage. « Nous sommes totalement autonomes, alors que nos compétiteurs achètent et sont dépendants d’autres fournisseurs, nous avons une meilleure maitrise sur l’augmentation des coûts, la R&D et la fabrication contrairement à d’autres qui vont prendre du matériel au tout venant », poursuit Benoit Fix.

« Les prix de la mémoire ne resteront pas à des niveaux élevés et après la saturation des besoins en IA, ils baisseront peut-être légèrement », a indiqué dans un point presse Yuan Yuan, vice-président de Huawei et président de l’activité Data Storage. (Crédit DF)
Une consommation énergétique contenue
Si cette situation profite à plein pour l’instant à Huawei, on peut toutefois se demander si cela perdurera. Car avec une situation pénurique face à l’explosion de la demande et l’envolée des prix, les coûts des systèmes full flash ont grimpé en flèche. Avec pour conséquence une opportunité pour les solutions hybrides mêlant également disques durs, de retrouver les faveurs des entreprises cherchant à tout prix à baisser les coûts. « Est-ce que nous avons besoin de proposer du full flash et de l’hybride ? Avant les clients ne voulaient pas avoir cette réflexion mais sont aujourd’hui obligés d’y réfléchir », explique Benoit Fix. « Quand on arrive sur des appels à projets avec en face 3 solutions hybrides et que nous sommes les seuls en full flash avev un grand gap de prix, il faut être capable de faire la même chose. » La situation est toutefois amenée à évoluer : « Les prix de la mémoire ne resteront pas à des niveaux élevés et après la saturation des besoins en IA, ils baisseront peut-être légèrement », a indiqué dans un point presse Yuan Yuan, vice-président de Huawei et président de l’activité Data Storage.
Au-delà de la maitrise de la chaine d’approvisionnement pour respecter les délais de livraison, Huawei répond aussi à un autre enjeu, à savoir proposer des systèmes relativement compacts et peu énergivores, ce dernier point ressortant comme une demande de plus en plus forte. « Nous pouvons fournir une configuration SSD pour le stockage objet à 0,25 watt par téraoctet, ce qui est la consommation la plus faible par unité de stockage par rapport aux autres fournisseurs », a assuré Yuan Yuan. « Et en termes de densité, nous pouvons également proposer 100 pétaoctets de stockage. »

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