Il est assez rare de voir des levées de fonds de jeunes pousses françaises crever les plafonds. C'est pourtant ce que parvient à faire la start-up française Pasqal, nichée sur le plateau de Saclay, qui était déjà parvenue à séduire les investisseurs en juin 2021. Ils avaient injecté 25 M€ dans le cadre d'un tour de table serie A. Cette fois, la levée est beaucoup plus impressionnante et atteint la barre des 100 millions d'euros. Un changement de braquet qui interroge au point de se demander si tout cela ne va pas trop vite, avec le risque d'une trajectoire à la Sigfox devenu aujourd'hui l'ombre de lui-même ? « C'est une course de vitesse, sur un secteur où nous avons des concurrents extrêmement sérieux, nous avons donc l'exigence d'aller vite et de saisir toutes les opportunités », nous a expliqué Georges-Olivier Reymond, président exécutif et co-fondateur de Pasqal. « La technologie tient ses promesses même si les conditions économiques environnantes sont aujourd'hui devenues plus difficiles », avoue-t-il.

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Le système quantique de Pasqal. (crédit : Pasqal)

Le principal contributeur à ce nouveau tour de table (serie B) n'est cependant pas français. Ni même européen, mais singapourien. En l'occurrence il s'agit de Temasek, un fonds asiatique géant possédant plus de 280 milliards de dollars d'actifs. Encore une absence de prise de risque de la part des investisseurs hexagonaux ? Un constat qui ne surprend malheureusement pas en dépit depuis des années des multiples appels du pied de l'exécutif pour exhorter les investisseurs à ouvrir grand leurs vannes... Ont aussi participé à cette levée : le fonds du Conseil européen de l'innovation (EIC) ainsi que Wa'ed Ventures et le fonds Large Venture de Bpifrance, d'ailleurs aussi présent lors du premier tour avec Quantonation, Runa Capital, Daphni et Eni Next qui ont tous remis au pot.

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Installation du système quantique Pasqal. (crédit : Pasqal)

Les fonds levés doivent permettre à Pasqal d'accélérer sa recherche et développement et développer son activité en Europe mais aussi au Canada et aux Etats-Unis ainsi qu'en Asie. La jeune pousse va par ailleurs aussi doubler ses effectifs qui vont passer de 100 à 200 personnes. La société a conçu un système quantique intégrée dans une armoire de la taille d'un supercalculateur (2mx3m) basée sur une technologie d'atome unique. « Il est possible de piéger des atomes uniques et de contrôler la façon dont plusieurs centaines parlent entre eux », nous a précisé Georges-Olivier Reymond. « On arrange des atomes dans l'espace suspendu dans le vide et, grâce à des faisceaux de lumière, on contrôle leur position. Ces atomes seront vus comme des points lumineux sur une image. Nous pouvons ainsi recréer des formes ». Au-delà de la performance scientifique, Pasqal applique sur son matériel une interface de programmation pour piloter tous les composants optiques et les lasers avec de contrôler les qubits.

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Le coeur du réacteur du système Pasqal. (crédit : Pasqal)

Actuellement, un seul système Qubit Pasqal est en production, sachant qu'un deuxième est en construction très avancée pour une disponibilité dans les prochains mois. Trois autres modèles sont dans les tuyaux. Parmi les premiers utilisateurs, on trouve EDF et Crédit Agricole, qui recourent aux systèmes Pasqal pour leurs besoins respectifs en optimisation des flux des réseaux et de gestion des risques. « On a développé toute l'interface logicielle qui peut être facilement prise en main », assure Georges-Olivier Reymond. Pour les mois qui viennent, le dirigeant est assez serein, estimant le marché du quantique à plus de 800 milliards de dollars. Avec un argument de poids pour séduire les clients français et européens : « tous les composants que l'on achète sur étagère sont en très grande majorité européens, aucun composant clé ne provient d'un fournisseur étranger », (r)assure Georges-Olivier Reymond.

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Interface Pulser de Pasqal. (crédit : Pasqal)