Alors que l’IA s’impose comme un levier majeur de transformation des entreprises, une étude menée par Saegus et Odoxa met en lumière un décalage persistant entre maturité technologique et préparation des collaborateurs. Menée auprès de 1 005 français de 18 ans et plus et de 101 professionnels des technologies, du numérique et de l’innovation, l’étude dresse un constat clair : l’IA s’impose comme une évolution majeure du travail, mais les organisations peinent à suivre sur le plan humain. Si 88 % des experts du numérique estiment que l’IA générative va profondément transformer les métiers dans les prochaines années, seuls 17 % jugent les dispositifs de formation et d’accompagnement à la hauteur des enjeux. Derrière cet écart, les auteurs pointent un déséquilibre structurel : l’adoption technologique avance plus vite que la montée en compétences. Une « dette d’acculturation » qui risque, selon eux, de limiter la capacité des entreprises à transformer leurs investissements en gains concrets de productivité et de valeur.
Des cadres en première ligne
Le phénomène est particulièrement visible chez les cadres, qui apparaissent comme les plus lucides sur l’ampleur des changements à venir. 61 % d’entre eux anticipent une refonte profonde de leurs missions, signe d’une recomposition progressive des fonctions dites de “cols blancs”. Cette perception s’inscrit dans un climat d’inquiétude plus large autour de l’impact de l’IA sur l’emploi. 77 % des français estiment que la technologie détruira davantage d’emplois qu’elle n’en créera, une vision partagée par 70 % des professionnels du numérique eux-mêmes. Un alignement inhabituel entre grand public et experts, qui traduit une forme de réalisme sur la phase de transition actuelle : les gains de productivité liés à l’automatisation pourraient, dans un premier temps, dépasser les créations de tâches à forte valeur ajoutée.
Le risque d’un ROI sous-exploité
Pour les entreprises, le principal enjeu ne serait donc plus uniquement technologique, mais organisationnel. L’écart entre déploiement des outils IA et adoption réelle par les métiers fait peser un risque direct sur le retour sur investissement des projets engagés. Sans montée en compétences structurée, les cas d’usage restent souvent limités à des expérimentations ou à des gains de productivité ponctuels, sans transformation en profondeur des processus.
Autre enseignement de l’étude : la vitesse d’évolution du secteur impose un rythme inédit aux organisations. Là où les précédentes révolutions technologiques s’inscrivaient dans le temps long, la fenêtre d’adaptation se réduit désormais à 24 à 36 mois. Dans ce contexte, 66 % des experts estiment que les entreprises françaises n’adoptent pas suffisamment rapidement les usages de l’IA. Un diagnostic partagé par 57 % des salariés, révélateur d’un sentiment d’inertie organisationnelle.
De l’expérimentation à la transformation systémique
Pour Saegus, cabinet de conseil spécialisé dans la stratégie IA et la transformation des usages, les entreprises doivent dépasser la phase d’expérimentation pour engager une refonte structurelle de leurs processus. « On ne peut plus se contenter d’empiler des licences logicielles. La question n’est pas de réduire les effectifs, mais d’utiliser l’IA comme une libératrice de capacité humaine pour adresser des besoins jusque-là inaccessibles », souligne Marc Trilling, président et cofondateur de Saegus. Sans rattrapage sur l’acculturation et la formation, préviennent les auteurs de l’étude, le risque est de voir se creuser un fossé durable entre potentiel technologique et réalité d’usage.

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